MARQUISE DE MAINTENON

(FRANÇOISE D'AUBIGNÉ)

(1635-1719)

Petite-fille du célèbre Agrippa d'Aubigné, Mme de Maintenon, que le

roi Louis XIV surnomma la Raison, eut une existence pénible dans ses

commencements, et non dénuée d'épines dans sa dernière période, malgré

son côté brillant.

Venue au monde dans la prison de Niort, où sa mère partageait la

captivité de son mari, Constant d'Aubigné; emportée aussitôt née par

sa tante, Mme de Villette, elle fut bientôt ramenée à la prison de

Château-Trompette, dans le préau de laquelle elle fit ses premiers pas.

De la Martinique, où son père fut envoyé (nous dirions aujourd'hui

exporté) par suite de sa mauvaise conduite, après avoir été près d'être

jetée à la mer comme morte pendant la traversée; ballottée en France

et de nouveau à la Martinique; laissée, après la mort de son père, en

otage à un créancier, qui finit par la mettre à la porte; rapatriée par

le consul à l'âge de douze ans, toute seule; ballottée de nouveau entre

sa grand'tante maternelle, qui faisait retomber sur elle l'animosité

que la famille de Condillac avait vouée à sa mère pour son mariage

contre leur gré; sa bonne tante de Villette, qui lui faisait embrasser

le protestantisme; son autre parente, l'altière Mme de Neuillant,

qui la contraignait à se convertir au catholicisme en lui faisant

panser les chevaux et garder les dindons; enfin, revenue auprès de sa

mère, obligée d'aller, s'enveloppant d'une mante, chercher la soupe

distribuée à la porte d'un presbytère... sa mère morte, reprenant sa

vie d'humiliations chez Mme de Neuillant, et, pour échapper à cette

tutelle tyrannique, épousant, sans dot, le cul-de-jatte Scarron...

Telle fut la première partie de l'existence de la future Mme de

Maintenon. Le philosophe poète se dit qu'avec une telle femme il

pourrait conjurer la pauvreté.

C'est à cette époque qu'en donnant à dîner chez son mari il lui

arrivait de faire oublier à ses convives, par l'attrait de sa

conversation, les plats qui manquaient. Après la mort du pauvre

poète, envers lequel elle se conduisit avec dévouement, elle obtint

une place de gouvernante des enfants du duc du Maine; Louis XIV put

apprécier son bon sens et son tact parfait. Ici encore, sa vertu et

son esprit la servirent; elle avait plus de cinquante ans quand le roi

l'épousa secrètement. Elle utilisa le temps de son influence à de sages

institutions. Elle fonda l'établissement d'éducation des demoiselles

de Saint-Cyr, écrivit des _Lettres et Entretiens sur l'éducation_ qui

sont fréquemment consultés dans les cours pédagogiques. C'est à ce

titre qu'elle appartient à la littérature. «Elle avait fait, nous dit

M. Gréard, membre de l'Académie française et vice-recteur de la

Sorbonne, son _bréviaire_ de l'_Éducation des filles_, de Fénelon; elle

fut la première à s'emparer de ce livre, qui devait être d'abord une

consultation privée.»

Elle fut une moraliste. Obligée d'amuser un roi inamusable, il paraît

qu'elle s'ennuyait fort elle-même, ce qui peut paraître surprenant

chez une personne aussi raisonnable et qui avait tant d'occupations

sérieuses.

Anthologie féminine · 第 86 / 537 题