Le 27 août 1645.
_Je vous suis très redevable de la bonté que vous avez eue de
prendre part à la joie que le bonheur de Monsieur mon frère m'a
donnée. C'est une marque très obligeante de l'honneur que vous me
faites de m'aimer, que je n'ai point de paroles pour vous exprimer
le ressentiment que j'en ai. Je crois que vous ne doutez pas de ma
reconnaissance là-dessus; c'est pourquoi j'en quitterai le discours
pour vous donner des nouvelles de M. le maréchal de Grammont, comme
vous me l'ordonnez. Je vous dirai donc qu'il est prisonnier, mais pas
blessé, à ce que l'on m'a assuré. On espère que sa prison ne sera
pas longue. Car nous avons pris le général Glen, contre lequel on
croit qu'on l'échangera promptement, les ennemis ayant grand besoin
d'un homme de commandement parmi eux, et ayant perdu, par la mort
de Mercy et par la prison de celui-ci, tous les plus considérables
qu'ils eussent; ce qui fait croire qu'ils ne feront nulle difficulté
de rendre M. le maréchal de Grammont contre Glen, qu'on leur devait
offrir tout à l'heure. Voilà tout ce que j'en ai appris. La pauvre
Mme de Montausier est fort affligée de Pisany, à ce qu'on m'a dit. Je
suis ravie que Trie vous soit agréable et que le séjour ne vous en
soit pas incommode. Je souhaite pourtant de tout mon cœur que vous le
quittiez bientôt, afin qu'en vous voyant souvent on puisse profiter
du temps qui reste à vous avoir encore ici..._