(1566-1645)
On l'appelait la _fille d'alliance_ de Montaigne, dont elle a édité les
œuvres en 1595, avec une «extrême superstition», selon ses propres
paroles; il semble que la piété légendaire qu'elle avait pour son
père adoptif soit son principal titre à passer à la postérité. Les
biographies donnent peu de détails sur elle, et si l'on interroge
Staaf sur son livre intitulé _l'Ombre_, il vous répond: «Un livre de
poésies.» Eh bien! non, il y a confusion. Désireuse de lire ces poésies
en vieux langage, j'ai demandé à la Bibliothèque nationale ce volume de
Mlle de Gournay, et ce ne sont nullement des poésies, mais bel et bien
de la prose et des conseils moraux, excellents à lire.
Ce volume, édité par _Libert, rue Saint-Jean-de-Latran_, en MDCXXVI, a
pour épigraphe, et comme pour justifier son nom:
_L'homme est l'ombre d'un songe
Et son œuvre est son ombre._
Voici quelques titres de chapitres que j'ai relevés.
--_Si la vengeance est licite..._
--_Antipathie des âmes basses et hautes..._
--_Abrégé d'institution pour le prince souverain_, où je copie ces
lignes bien dignes d'être méditées:
Tu ne te peux rendre trop souple et soubmis à ceux qui te seront
donnez, pour t'apprendre à soubmettre après toy-mesme et les choses
à toy; et ne crois pas y soubmettre jamais les choses à ton poinct
qu'en travaillant à te rendre aimable et desirable partout où tu te
voudras rendre puissant.....
Nos esprits hument les esprits qui leur sont familiers ny plus ny
moins que nos corps hument l'air un instant et s'en nourrissent. Des
maux faicts avec plaisir, le plaisir passe et le mal demeure, et des
biens faicts avec peine, le bien demeure et le mal passe...
[Illustration]