(MARGUERITE-ÉLÉONORE-CLOTILDE DE VALLON-CHALYS)
(1405-1494)
L'origine des délicates poésies connues de Clotilde de Surville est
contestée, par le motif qu'on n'en mentionne nulle trace dans les
ouvrages du temps. On les attribue au marquis de Surville, capitaine
au premier régiment de France, fusillé en 1798, lequel n'aurait fait
que pasticher les rondeaux de Charles d'Orléans, en assurant qu'il
les avait trouvées dans des papiers de son aïeule. La famille Millet,
descendante des Surville, vivant aujourd'hui, proteste énergiquement,
avec documents à l'appui; malheureusement elle ne peut produire les
manuscrits mêmes, qui ont été égarés.
Suivant le précepte «dans le doute abstiens-toi», nous croyons devoir
soumettre néanmoins ici quelques pièces au jugement du lecteur, et il
dira comme nous:
_Se non è vero, è bene trovato._
D'abord, les _Verselets à mon premier-né_[18] mis en musique et tant
chantés vers 1805:
O cher enfantelet, vrai pourtraict de ton pere,
Dors sur le seyn que ta bousche a pressé!
Dors, petiot, cloz, amy, sur le seyn de ta mere,
Tien doulx œillet par le somme oppressé.
Bel amy, cher petiot, que ta pupille tendre
Gouste ung sommeil qui plus n'est fait pour moy!
Je veille pour te veoir, te nourrir, te défendre;
Ainz qu'il m'est doulx ne veiller que pour toi...
Et un triolet extrait de la pastorale héroïque de _Rosalyre_:
Tant au loing du roy de mon cœur
C'est trop, hélaz! languir seulette!
N'ay plus ny parler, ny couleur,
Tant au loing du roy de mon cœur!
N'a donc pitié de ma langueur,
Lui qui n'oyoit que sa poulette?
Tant au loing du roy de mon cœur
C'est trop, hélaz! languir seulette!
[18] Les _Poésies de Clotilde de Surville_ ont été publiées par M.
Ch. de Vanderbourg, membre de l'Académie française, en 1803. Un des
motifs faisant croire à une supercherie littéraire, c'est qu'il est
parlé dans ces poésies des satellites de Saturne, dont le premier ne
fut découvert par Huygens qu'en 1655. Ensuite, on n'alternait pas
encore à cette époque les rimes masculines et féminines, quoique
M. de Vanderbourg en donne des exemples dans des prédécesseurs de
Clotilde, mais que les bibliographes récusent également.