NOUS commençons notre _Anthologie_ avec les premiers écrivains féminins
qui se sont servis de la langue française proprement dite, laissant de
côté la savante et touchante Héloïse[3], ainsi que d'autres auteurs
dont les écrits en latin ou en langue romane sortent de notre cadre.
Nous arrêterons cette première période à Mlle de Gournay, qui termine
la série des femmes écrivains du XVIe siècle. Nous avons pensé qu'il
serait curieux et intéressant de tirer de l'obscurité quelques noms
oubliés, et d'étendre dans une certaine mesure l'exposé de cette
naïve et suave littérature qui va du Moyen âge à la Renaissance et
ne manque ni de charme ni de richesse, en _cette parleur la plus
delitable_[4] d'une langue qui sort de l'enfance et marche rapidement à
la virilité. De par la loi constamment observée dans les développements
de l'humanité, la prose est toujours précédée par la poésie, aussi les
poètes abondent-ils, rimant, non sans art ni harmonie, des pensées
sérieuses et élevées mêlées à la plus exquise sensibilité, dans les
gracieux rondeaux et virelais, les chevaleresques ballades et les
récits épiques.
[3] Lire l'excellente traduction des _Lettres d'Héloïse_, publiée
avec le texte latin et précédée d'une introduction sur le _Paris au
Moyen âge_, par M. A. Gréard, de l'Académie française.
[4] Brunelli Latini, _Livre du Trésor_.
[Illustration]