Mon cher Huret,
Si vous le voulez bien, je résumerai vos deux premières questions en
une seule.
L’Opéra-Comique, sous n’importe quelle direction, aurait dû, et devrait
partager équitablement ses spectacles en trois parts:
1º Le répertoire ancien, élagué de certains ouvrages par trop démodés;
2º Les œuvres modernes françaises des jeunes et des gens arrivés;
j’assimile, bien entendu, au répertoire ancien les œuvres classées des
musiciens morts, comme par exemple: _Mireille_, _Mignon_, _Carmen_,
_Lakmé_, etc.
Et 3º les ouvrages étrangers choisis _judicieusement_ parmi les plus
appréciés et sans souci de la nationalité.
Jusqu’à présent, l’Opéra-Comique n’a pas suffi à la production
française, c’est incontestable. Combien de compositeurs, déjà vieux
à l’heure actuelle, se sont découragés et n’ont plus écrit, parce
qu’aucun directeur ne les accueillait!
Il en est de même à présent.--Je pourrais vous en citer plusieurs, des
jeunes, qui ont des titres sérieux à invoquer et qui vous diront:
«A quoi bon travailler? Non seulement on ne nous joue pas, mais on
ne veut même pas nous entendre; et il est bien évident que si l’on
ne joue pas ceux que l’on entend _par hasard_, on jouera encore bien
moins un auteur sans audition de son œuvre.--Il est vrai qu’il y a la
contre-partie: les amateurs. Eux obtiennent _quelquefois_ l’exécution
d’un ouvrage, mais _toujours_ une audition.--Or, l’audition c’est
l’espoir! Et l’espoir pour un jeune musicien, si vous saviez quelle
grande chose ça peut être!»
Résumé: Opéra-Comique insuffisant jusqu’alors; Théâtre lyrique
absolument nécessaire.
Maintenant, tout dépendra dans l’avenir du nouveau directeur de notre
théâtre national.
A vous cordialement,
Georges MARTY.
«LA VILLE MORTE»