_Quelle part faire au répertoire ancien, aux étrangers, aux jeunes
musiciens français?_
Les _chefs-d’œuvre_ du passé doivent garder leur place au répertoire.
Qui oserait le contester? Il serait antiartistique et inintelligent de
les exclure. La Comédie-Française et l’Odéon n’agissent pas autrement,
dans leur domaine propre. Quant aux étrangers, il serait très étroit
de prétendre leur fermer nos théâtres. Notre École nationale ne peut
que gagner à les accueillir et le goût du public se perfectionne au
contact des œuvres produites chez nos voisins. Mais le directeur d’une
scène subventionnée doit être particulièrement prudent à l’endroit des
étrangers et n’accepter que des ouvrages d’une valeur incontestable
et même supérieure. On lui pardonnera de se tromper sur le mérite
d’un compositeur français; mais accueillir un étranger sans talent
soulèverait les plus vives réclamations.
La dernière question: celle du Théâtre lyrique, n’est pas nouvelle.
Mais les circonstances présentes lui donnent une actualité toute
particulière.
Non, certes, l’Opéra-Comique ne saurait suffire à la production des
compositeurs français. Considérez le nombre des ouvrages qui ont vu
le jour à Bruxelles, à Carlsruhe, à Monte-Carlo, à Lyon, à Angers, à
Rouen... et ailleurs; voyez le nombre, plus grand encore, de ceux qui
dorment dans les cartons. Plusieurs sont signés de noms consacrés par
le succès. On peut affirmer qu’il y a là plus d’une œuvre d’un intérêt
très vif. Voilà qui suffit à rendre le Théâtre lyrique nécessaire. Il
faut qu’on mette fin à une situation dont l’École française souffre
cruellement depuis vingt ans. Toutes les objections tombent devant ce
fait qu’il est _nécessaire_.
Et maintenant, _que doit être l’Opéra-Comique sous la prochaine
direction_?
On comprend que son rôle devra être tout différent, suivant que
le Théâtre lyrique sera ou non rétabli. Supposez qu’il revive. Ne
voyez-vous pas que le plus grand nombre des partitions inédites va
s’y diriger et que, dès lors, l’Opéra-Comique sera moins assiégé?
Le nouveau directeur pourra se borner à choisir, dans la production
contemporaine, ce qui lui semblera mieux convenir au goût de son
public. C’est ainsi qu’à prendre les choses d’un peu haut, la direction
de l’Opéra-Comique trouvera son profit à la résurrection du Théâtre
lyrique.
Arthur COQUARD.