M. Arthur Coquard.

_Quelle part faire au répertoire ancien, aux étrangers, aux jeunes

musiciens français?_

Les _chefs-d’œuvre_ du passé doivent garder leur place au répertoire.

Qui oserait le contester? Il serait antiartistique et inintelligent de

les exclure. La Comédie-Française et l’Odéon n’agissent pas autrement,

dans leur domaine propre. Quant aux étrangers, il serait très étroit

de prétendre leur fermer nos théâtres. Notre École nationale ne peut

que gagner à les accueillir et le goût du public se perfectionne au

contact des œuvres produites chez nos voisins. Mais le directeur d’une

scène subventionnée doit être particulièrement prudent à l’endroit des

étrangers et n’accepter que des ouvrages d’une valeur incontestable

et même supérieure. On lui pardonnera de se tromper sur le mérite

d’un compositeur français; mais accueillir un étranger sans talent

soulèverait les plus vives réclamations.

La dernière question: celle du Théâtre lyrique, n’est pas nouvelle.

Mais les circonstances présentes lui donnent une actualité toute

particulière.

Non, certes, l’Opéra-Comique ne saurait suffire à la production des

compositeurs français. Considérez le nombre des ouvrages qui ont vu

le jour à Bruxelles, à Carlsruhe, à Monte-Carlo, à Lyon, à Angers, à

Rouen... et ailleurs; voyez le nombre, plus grand encore, de ceux qui

dorment dans les cartons. Plusieurs sont signés de noms consacrés par

le succès. On peut affirmer qu’il y a là plus d’une œuvre d’un intérêt

très vif. Voilà qui suffit à rendre le Théâtre lyrique nécessaire. Il

faut qu’on mette fin à une situation dont l’École française souffre

cruellement depuis vingt ans. Toutes les objections tombent devant ce

fait qu’il est _nécessaire_.

Et maintenant, _que doit être l’Opéra-Comique sous la prochaine

direction_?

On comprend que son rôle devra être tout différent, suivant que

le Théâtre lyrique sera ou non rétabli. Supposez qu’il revive. Ne

voyez-vous pas que le plus grand nombre des partitions inédites va

s’y diriger et que, dès lors, l’Opéra-Comique sera moins assiégé?

Le nouveau directeur pourra se borner à choisir, dans la production

contemporaine, ce qui lui semblera mieux convenir au goût de son

public. C’est ainsi qu’à prendre les choses d’un peu haut, la direction

de l’Opéra-Comique trouvera son profit à la résurrection du Théâtre

lyrique.

Arthur COQUARD.

Loges et coulisses · 第 141 / 162 题