L’Opéra n’ayant pas pour mission de faire débuter les jeunes
compositeurs (si ce n’est parfois avec un ballet), il ne leur reste
donc qu’un théâtre: l’Opéra-Comique.
C’est cet unique théâtre qui est le point de mire de tous les jeunes
auteurs, et cet unique théâtre, jusqu’à ce jour, ne les joue pas, ou
peu; de là cette soi-disant décadence de la musique de théâtre en
France, actuellement, chez les jeunes.
Le nouvel Opéra-Comique devra donc sortir de sa réserve excessive et
ouvrir toutes grandes ses portes à la nouvelle génération; c’est son
devoir vis-à-vis l’art lyrique français.
Jouer les jeunes ne veut pas dire qu’il faille sacrifier nos aînés et
le répertoire ancien, loin de là, il s’agit seulement d’augmenter le
nombre d’actes à représenter annuellement.
Quant aux musiciens étrangers, leur place n’est pas à l’Opéra-Comique,
elle est au Grand Opéra si leur œuvre en est digne, ou au futur
Lyrique; un besoin impérieux s’impose, celui d’avoir un théâtre
où l’éclosion des œuvres françaises ne puisse être retardée par
l’audition d’une œuvre étrangère, à moins que la direction de
l’Opéra-Comique ne veuille donner cette œuvre étrangère en dehors du
nombre d’actes exclusivement réservés aux jeunes qui sont au moins
vingt à même de tenir la scène avec leurs œuvres; or, en admettant que
l’on ne puisse donner d’eux que trois ouvrages nouveaux par an (soit,
huit à dix actes), il faudrait donc attendre sept ans pour qu’une
première série d’auteurs nouveaux soit épuisée, et je fais un chiffre
minimum. Un second théâtre est donc nécessaire, le besoin d’un Théâtre
lyrique s’impose... mais il est à craindre qu’il continue à s’imposer
longtemps encore!
C’est au nouveau directeur qu’il appartiendra d’ouvrir l’ère musicale
d’un nouveau siècle.
Je crois la partie belle.
Voici, cher monsieur Huret, ce que j’ai à répondre à vos questions.
Bien cordialement à vous,
Charles SILVER.