M. Alfred Bruneau.

Ce que doit être l’Opéra-Comique, mon cher Huret? Un théâtre français,

tout à fait français. Et, par là, j’entends un théâtre non pas

réservé à nos seuls compositeurs, qu’il importe cependant de placer

au premier rang, mais mené par un esprit de large et fière générosité

française, c’est-à-dire respectueux au même degré de nos vieilles

gloires authentiques et des indiscutables gloires universelles;

conservateur du génie national tel que nous le transmettent nos

vrais maîtres d’aujourd’hui; brave, audacieux, aventureux, ouvert

à la jeunesse de chez nous, à l’inconnu, à l’espoir, à l’avenir de

notre pays, et aimable aussi, par tradition de galanterie, pour les

voyageuses originales et belles. Ah! mon cher Huret, combien je désire

que l’Opéra-Comique, qui, vivant de la sorte, n’empêcherait point le

Lyrique de renaître, soit ce théâtre si éminemment français, et comme

je serai heureux d’honorer en notre journal, la plume à la main, les

nobles chefs-d’œuvre du passé et de saluer de mon enthousiasme les

plus vaillants musiciens de ce temps!

Mille bons souvenirs de votre collaborateur et ami,

Alfred BRUNEAU.

Loges et coulisses · 第 128 / 162 题