Ce que doit être l’Opéra-Comique, mon cher Huret? Un théâtre français,
tout à fait français. Et, par là, j’entends un théâtre non pas
réservé à nos seuls compositeurs, qu’il importe cependant de placer
au premier rang, mais mené par un esprit de large et fière générosité
française, c’est-à-dire respectueux au même degré de nos vieilles
gloires authentiques et des indiscutables gloires universelles;
conservateur du génie national tel que nous le transmettent nos
vrais maîtres d’aujourd’hui; brave, audacieux, aventureux, ouvert
à la jeunesse de chez nous, à l’inconnu, à l’espoir, à l’avenir de
notre pays, et aimable aussi, par tradition de galanterie, pour les
voyageuses originales et belles. Ah! mon cher Huret, combien je désire
que l’Opéra-Comique, qui, vivant de la sorte, n’empêcherait point le
Lyrique de renaître, soit ce théâtre si éminemment français, et comme
je serai heureux d’honorer en notre journal, la plume à la main, les
nobles chefs-d’œuvre du passé et de saluer de mon enthousiasme les
plus vaillants musiciens de ce temps!
Mille bons souvenirs de votre collaborateur et ami,
Alfred BRUNEAU.