M. Paul Meurice

travaille... pour les autres:

Veules, 9 août 97.

Mon cher confrère,

Vous me faites d’assez nombreuses questions. Permettez-moi de ne

répondre qu’à quelques-unes.

_Si, pendant les vacances, je travaille, ou si je m’amuse?_

Je m’amuse--en travaillant. Je vis maintenant fort retiré, fort isolé,

et je travaille beaucoup, n’ayant plus que ça à faire.

_A quoi je travaille et pour qui?_

A plusieurs choses pour plusieurs personnes. Pour mon compte

personnel, à un drame en vers et à un livre sur la question sociale

(l’objet de votre grande enquête) qui a été la méditation de toute

ma vie. Pour Victor Hugo, je rassemble les éléments du tome II de sa

_Correspondance_, qui doit paraître en octobre, et d’une nouvelle

série de _Choses vues_, qui paraîtra au printemps; de plus, je mets

au point scénique, pour Coquelin, un curieux _mélodrame_ de l’auteur

d’_Hernani_, qui est la comédie--ou la parodie--la plus amusante du

monde. Pour Vacquerie, je prépare une réimpression de _Profils et

Grimaces_, et je vais achever l’arrangement, commencé par lui, de son

_Tragaldabas_. Vous voyez que j’ai de la besogne.

Vous voulez bien me demander ensuite ce que je pense de l’état

actuel du drame.--_A quelle cause j’attribue le ralentissement de sa

vogue?_--Uniquement à la cherté des places. Mais peut-on croire et

dire que le drame périclite, quand on voit un artiste tel que Jules

Lemaître se laisser tenter par cette admirable forme du théâtre? Est-ce

que Victorien Sardou, est-ce que Jean Richepin ne sont pas dans toute

la force du talent? Et voici M. Rostand qui arrive et dont le _Cyrano

de Bergerac_ sera, je vous le prédis, un des grands succès de cet hiver.

Je vous serre cordialement la main, mon cher confrère,

Paul MEURICE.

Loges et coulisses · 第 110 / 162 题