est gai:
Samedi.
Mon cher Huret,
J’ai trouvé votre lettre, hier, en rentrant d’un court voyage à la
mer. Est-il encore temps de répondre à vos questions? Ma foi, au petit
bonheur.
_Où je passe mes vacances?_
A Montlignon (Seine-et-Oise). Un petit nid de verdure, au pied de la
forêt de Montmorency, où il n’y a pas de chemin de fer et presque pas
de bicyclistes. Le pays rêvé, quoi!
Un seul voisin: le beau-frère de Paul de Choudens, M. Humbert, un homme
charmant, que tous les auteurs et compositeurs connaissent bien. Avec
lui comme guide et compagnon je fais des promenades exquises en forêt,
et je vous assure bien que, dans ces moments-là, je ne pense guère à
Paris, ni à ses pompes, ni à _mes_ œuvres.
Je travaille cependant...--lorsqu’il pleut, par exemple!
_A quoi?_
A des vaudevilles.
_Pour qui?_
Mais pour les directeurs qui voudront bien m’honorer de leur
confiance... et j’espère qu’ils seront beaucoup.
_Si je suis d’avis qu’il faut ouvrir des salles supplémentaires pour
les Frédégondes de nos jours?_
Sûrement... certainement... tout de suite!... Au bout de huit jours
cela ferait un théâtre de plus pour le vaudeville.
_Si j’ai trouvé un moyen de faire disparaître les chapeaux de dames de
l’orchestre?_
Oui... non... peut-être bien. Voici: chaque dame serait tenue de
prendre deux fauteuils, un pour son... usage personnel et l’autre pour
son chapeau.
Cela ferait monter les recettes... et ce serait toujours un moyen de
lutter contre le tort que nous font les cafés-concerts.
_Si je trouve qu’on décore assez d’auteurs dramatiques?_
Non! non!! non!!! On devrait les décorer tous: je ne le suis pas.
_Ne va-t-on pas revenir aux spectacles coupés?_
Je le voudrais bien, mais ce moment est loin encore. Et cependant,
c’est là le vrai motif d’insuccès de bien des vaudevilles. Les auteurs
ayant un joli sujet à traiter sont obligés de l’écarteler en trois
actes, alors que, bien souvent, ledit sujet n’en comporterait qu’un ou
deux au plus. Il faut donc allonger la sauce... et, quelquefois elle
ne fait pas passer le poisson. Vous imaginez-vous _Le Roi Candaule_,
_Le Homard_, _l’Affaire de la rue de Lourcine_, et bien d’autres petits
chefs-d’œuvre, en trois actes?
Et voilà pourtant les bijoux que nous donneraient, sans doute encore,
les spectacles coupés!
_Ce que je pense de la Duse?_
Ah! non... pardon... ça ne fait pas partie de votre questionnaire...
Cordiale poignée de main,
Antony MARS.