paraît avoir trouvé le moyen d’empêcher les femmes de conserver leur
chapeau à l’orchestre:
Paris, 21 août.
Mon cher ami,
Vous m’avez demandé une lettre à bâtons rompus, à bâtons rompus je vous
réponds!
Et, d’abord, tâchons de nous ressouvenir de notre questionnaire car,
avec le souci d’ordre qui me caractérise, je l’ai tellement bien rangé
que je ne puis plus mettre la main dessus.
_Où je suis?_
Depuis huit jours à l’étranger, à Paris! Mais pas pour longtemps car
j’ai peur d’y oublier le français; la semaine prochaine je pars pour
le Midi; l’été est vraiment trop dur à Paris; il n’y a pas, il fait
trop froid.
_Les directeurs de théâtre ont-ils raison de lutter contre les
cafés-concerts?_
Évidemment! Comme les cafés-concerts auront raison de lutter contre les
théâtres.
_Les cafés-concerts font-ils vraiment du tort au théâtre?_
C’est indiscutable! _Champignol malgré lui_ a eu 560 représentations,
_le Dindon_, _l’Hôtel du Libre-Echange_, _Monsieur chasse_, _le Fil à
la patte_, quelque chose comme un millier de représentations: «Ah! sans
ces sacrés cafés-concerts!...»
_Quel sera le goût du snobisme au théâtre de «l’Œuvre» cet hiver?_
Il faudrait d’abord admettre que le snobisme ait un goût, et alors il
ne serait plus le snobisme. Or, comme il n’obéit pas à un goût mais à
un mot d’ordre, posez la question à ceux qui le donnent.
_Êtes-vous d’avis que le drame historique et en vers manque de
débouchés?_
Je ne crois pas tant qu’il manque de débouchés, je crois surtout qu’il
manque de spectateurs.
_Trouvez-vous qu’on décore assez d’auteurs dramatiques?_
Comme chevaliers, certainement. Maintenant, comme officiers...?
_Connaissez-vous un moyen d’empêcher les femmes de conserver leur
chapeau au théâtre?_
Je n’en vois qu’un. Déclarer que seules pourront garder leurs chapeaux
les femmes âgées de plus de quarante ans.
A vous, quand même,
Georges FEYDEAU.