est paresseux:
Vendredi.
Mon cher Huret,
Vous m’excuserez de répondre très brièvement à votre questionnaire.
Si je ne prenais ce parti radical, je devrais (mon pauvre ami!) vous
adresser tout un volume. Ne m’en veuillez pas de vous l’épargner.
La mise en scène de demain? Elle sera, n’en doutez pas, soignée,
méticuleuse, exacte. Le public le désire et il a raison. Il vient au
théâtre pour se dépayser et goûter des joies d’illusion. Le metteur en
scène et le décorateur doivent donc travailler à cette duperie savante:
plus on le trompe, plus le spectateur est ravi; et pour le bien _mettre
dedans_, il ne faut pas lui laisser le temps de la réflexion, ni lui
permettre de se reprendre. Donc pas d’_à peu près_.
Le Symbolisme? Je vous en parlerais si je savais ce que c’est.
J’attends une définition. Il m’apparaît que tout poète symbolise dès
l’instant qu’il exprime par des images concrètes certaines vérités
abstraites d’ordre psychologique et moral,--mais le théâtre, dit
_symbolique_ ou _symboliste_, connais pas!
Les spectacles coupés, excellente pratique à qui nous devrons la
disparition des innombrables productions généralement connues et
méprisées sous le nom de _lever de rideau_. Si les spectacles coupés
sont en faveur, tant mieux! Nous aurons peut-être alors des pièces en
un acte possibles.
Les chapeaux de femme? Bien simple! _Insuppressibles_, à moins que la
Commission d’incendie ne veuille s’en mêler et ne daigne reconnaître
à quels dangers fabuleux nous exposent ces pailles, failles, fleurs,
plumes et rubans. Nous serions alors sauvés, mon Dieu! à tous points de
vue! Infaillible, mais peu probable!
Votre ami,