soutient que toute la crise actuelle vient du prix trop élevé des
places:
Saint-Denis-sur-Loire, 10 août 1897.
Mon cher ami,
Voici une réponse à quelques-unes de vos questions.
Je suis partisan de la liberté des théâtres-nains de Montmartre et
d’ailleurs. Loin de nuire aux grands théâtres qui les persécutent,
ils y ramèneraient la foule, si le prix des places n’était surtout un
obstacle à la réalisation de ce vœu des directeurs.
En effet, sans parler des délicieuses pièces de Courteline, entre
autres, ce que les théâtres-nains offrent au public est tout de même
supérieur en général aux lamentables produits des cafés-concerts
réguliers. Le voilà, le véritable ennemi, sur lequel il s’agit de
reconquérir des spectateurs. J’estime que les théâtres-nains s’y
emploient et c’est pourquoi je voudrais qu’on leur fût plus clément.
Les grands théâtres, à la fin, y trouveraient leur compte.
Ces tentatives, en outre, répondent à votre question touchant un regain
possible des spectacles coupés. S’ils réussissent sur les petites
scènes de Montmartre, il n’y a, encore un coup, qu’une raison pour
qu’ils ne réussissent pas ailleurs: le prix trop élevé des places.
Trois pièces en un acte semblent un régal aux spectateurs qui payent
un fauteuil six francs. C’est quand il leur en coûte douze que leur
mauvaise humeur commence et qu’ils se plaignent de ne pas en avoir pour
leur argent. Une mise en scène extravagante leur devient alors assez
indifférente. Nous en avons eu la preuve l’hiver dernier.
Quant à savoir si le théâtre historique en vers manque de débouchés,
je crois qu’il faudrait retourner la proposition et se demander si les
débouchés ne manqueraient pas plutôt de drames historiques en vers.
Ce que je fais sur les bords de la Loire? De la bicyclette avec Capus,
et, tout seul, malheureusement, un acte intitulé: _La Cage_, pour
Antoine. Et puis je termine mon roman sur la Commune: _La Colonne_.
Bien à vous, cher ami,
Lucien DESCAVES.