résume:
Médan, 14 août 97.
Mon cher Huret,
Je suis bien paresseux, et répondre sérieusement à vos questions, ce
serait écrire tout un traité de littérature dramatique.
En principe, je n’aime guère les pièces à thèse. Mais, au théâtre
comme partout, l’unique point important est d’avoir du génie. Donc, le
théâtre d’une époque est ce que le génie veut, et le théâtre d’idée
peut triompher aujourd’hui, puis être battu demain par le théâtre de
passion, selon les auteurs et les pièces qui se produiront. On peut
souhaiter cela, mais le prévoir est difficile.
Personnellement, je crois que tout moraliste dramatique déforme la
vérité pour aider au triomphe de la cause qu’il plaide, et cela me
gêne, la vérité vraie seule est honnête. Seulement, je ne suis plus
assez sectaire pour condamner en bloc toutes les œuvres qui ne sont pas
de mon goût. Je me contente d’admirer quand il y a lieu.
Je suis pour le décor exact, pour la mise en scène exacte. Le théâtre
est la représentation de la vie, et cette représentation ne va pas
sans la vérité des milieux. Un personnage n’est complet que lorsqu’il
apporte avec lui l’air où il baigne, tout ce qui l’enveloppe et le
détermine.
Cordialement à vous,
Émile ZOLA.