M. Alfred Capus

comme à son ordinaire, déborde de bon sens:

Blois, 21 août 1897.

Mon cher Huret,

Vous l’avez l’art de poser des questions difficiles et insidieuses

et l’on ne peut s’en tirer avec vous que par la simplicité. En ce qui

concerne la première de ces questions: «Les cafés-concerts et les

établissements de Montmartre nuisent-ils aux théâtres et les directeurs

ont-ils raison de leur faire la guerre?» Je crois qu’en effet les

petites scènes de Montmartre font beaucoup de tort aux théâtres; mais

réciproquement les théâtres font un tort considérable aux petites

scènes de Montmartre. C’est la concurrence la plus légitime du monde.

Et qui sait d’ailleurs si tous ces établissements fantaisistes et

irréguliers ne sont pas les débuts de quelque chose d’important, par

exemple d’une forme nouvelle de nos plaisirs? Combien de spectacles

interdits d’abord par la police qui sont devenus officiels quelques

années plus tard!

Ce qu’on appelait autrefois le «spectacle coupé», demandez-vous en

second lieu, est-il définitivement mort, et le succès précisément des

petits théâtres d’à côté ne peut-il lui redonner la vogue?

Cela est très possible, sinon probable. Il est convenu aujourd’hui dans

le monde dramatique que le public ne va pas aux spectacles coupés.

Mais comme il y va, à Montmartre, je ne vois aucune raison essentielle

pour qu’il n’y retourne pas, sur le boulevard. Et le théâtre qui eût

donné le même soir _Le Plaisir de rompre_, de Jules Renard; _Un Client

sérieux_, de Courteline et _Le Fardeau de la liberté_, de Tristan

Bernard, n’aurait certainement pas fait une mauvaise spéculation, pour

parler simplement à ce point de vue.

Votre question sur la mise en scène, mon cher Huret, est une des

plus actuelles de l’art dramatique, mais elle exigerait plus de

développement que n’en comportent ces petites réponses «d’été». On

pourrait dire de la mise en scène ce que Brummel disait de l’élégance

du costume. Un homme est parfaitement habillé lorsqu’on ne peut faire,

sur sa toilette et sur la façon dont il la porte, aucune observation ni

en bien, ni en mal. De même, une pièce est bien montée, lorsque la mise

en scène ne se remarque pas et qu’elle semble naturelle et nécessaire à

l’action. L’idéal serait qu’à la fin du spectacle on ne se rappelât pas

si les décors étaient vieux ou neufs.

Vous êtes bien aimable, mon cher ami, de me demander aussi à quoi je

travaille. Je suis en train de terminer une comédie en quatre actes.

Poignée de main,

Alfred CAPUS.

Loges et coulisses · 第 77 / 162 题