14 février 1897.

Bientôt s’ouvrira dans les galeries Bernheim jeune, rue Laffitte,

l’exposition de peintures, sculptures, miniatures, dessins, etc.,

uniquement réservée aux artistes de tous les théâtres et aux musiciens

de tous les pays, et qui sera faite au profit de l’Œuvre des artistes

dramatiques et de l’Orphelinat des Arts.

Un Comité s’était organisé à cet effet, qui a à sa tête Mme Sarah

Bernhardt comme présidente, M. Max Bouvet, de l’Opéra-Comique, comme

vice-président, et MM. Albert Lambert fils et Gaston Bernheim jeune

comme secrétaires.

Cette exposition sera une surprise!

On ignore en effet, généralement, combien sont nombreux les artistes

dramatiques et lyriques qui, en pratiquant l’art difficile du

maquillage, en vivant au milieu du trompe-l’œil de la scène et des

décors, ont pris goût à la peinture et à la sculpture et aux autres

arts de l’œil et la main.

Ce qu’on verra là sera pour le moins curieux.

Déjà on sait les noms d’un certain nombre d’artistes qui concourent à

cette exposition, et qui ne craindront pas de soumettre leurs «œuvres»

à MM. Detaille et Bonnat, qu’on espère avoir dans le jury d’admission,

lequel jury recevra d’ailleurs tout ce qu’on lui enverra, ou alors

c’est qu’il n’y a plus d’égalité.

Mme Sarah Bernhardt, élève de J.-P. Laurens et de Clairin pour la

peinture, de Falguière pour la sculpture, et qui dès longtemps a fait

ses preuves, exposera le buste de Girardin, le masque de Damala mort,

et probablement le buste de M. Sardou, s’il est fini.

Le vice-président de l’Œuvre, M. Max Bouvet, l’un des meilleurs

artistes de M. Carvalho, est un professionnel de la peinture. Élève

de Cormon, il a exposé plusieurs fois aux Champs-Élysées, a même été

médaillé en 1893, pour un paysage que l’État a acheté ensuite. Je

causais l’autre jour avec lui de ses deux arts, et il m’a fait d’assez

originales confidences:

--Mais je préfère cent fois la peinture au théâtre, et j’ai bien

l’intention de me retirer de la scène, aussitôt que je le pourrai, pour

me consacrer exclusivement à la peinture. Quand je peins, moi, je n’ai

pas de besoins! Des toiles, de la couleur, des pinceaux, une pipe et du

tabac, voilà tout! Aussi, allez, dès que j’aurai cinq sous de côté, je

m’en irai! Je m’en irai bien loin, en Bretagne, peindre des crépuscules

au bord de la mer. Je reviendrai à Paris, de temps en temps, voir,

par comparaison, si je suis en progrès, chercher des critiques, me

retremper enfin, et puis, cela fait, je repiquerai des deux vers les

plages de l’Armorique, avec une joie!...»

On ne peut pas donner aujourd’hui la liste complète des œuvres qui

figureront à cette exposition. D’ailleurs, toutes les adhésions ne sont

pas encore arrivées. Mais ne sait-on pas que M. Mounet-Sully fait de la

sculpture, que même il s’amuse à sculpter quelquefois les figures qu’il

doit porter sur la scène? C’est ainsi qu’il exposera sans doute un

_Œdipe_, et, en plus, un médaillon de Pasteur. M. Albert Lambert fils

fait des dessins et des charges; M. Le Bargy exposera des illustrations

de _Don Juan_; Mlle Reichenberg dessine au crayon; Mme Pierson peint

des natures mortes; la regrettée petite Thomsen dessinait à ravir et

peignait des aquarelles délicieuses; M. Delaunay fils est peintre; Mme

Lerou, aquarelliste; Coquelin cadet a des crayons; M. Volny annonce

un immense dessin qui sera une copie de Cabanel: _Adam et Ève_, et un

portrait-aquarelle de M. George Ohnet.

M. Joliet dessine très bien; M. Albert Lambert père est sculpteur;

M. Saint-Germain dessine les chats avec une habileté surprenante; M.

Gobin, du Palais-Royal, est un paysagiste convaincu; M. Lassouche,

dessine des caricatures; M. Duquesne, le Napoléon de _Madame

Sans-Gêne_, fait de la peinture; M. Eugène Damoye et M. Dorival,

de l’Odéon, sont peintres également; Mme Jane Hading a, dit-on,

la spécialité des croquis mortuaires; M. Victor Maurel fait de

la peinture--d’idées et d’impressions mélangées; M. Fugère, de

l’Opéra-Comique, peint des paysages et des natures mortes; M. Mondaud,

baryton, a été peintre de fleurs, à Bordeaux; MM. Laurent, Lubert et

Viola, ténors, sont paysagistes; M. Gresse fils, basse, fait de la

caricature; M. Belhomme, basse, dessine; Mlle Nina Pack est peintre.

A citer encore: MM. Louis Fourcade, de l’Opéra (peinture); Montigny,

du Vaudeville (paysages); Fontbonne (paysages); Mme Renée de Pontry,

sculpteur, qui exposera les bustes de Christine Nilsson, du prince

Karageorgewitch (en bronze) et de Brémont (en marbre); Mlle Craponne,

du théâtre de Lyon, de la peinture; Mmes Netty, France, Virginie

Rolland, Jane Morey (du Vaudeville), MM. Alexandre fils, du Châtelet;

Prosper de Witt, de Bruxelles, etc., etc.

Mais il arrive tous les jours, de tous les coins de la France, des

adhésions nouvelles à la galerie de la rue Laffitte, on affiche des

placards dans tous les théâtres de la province et de l’étranger. Et,

quand s’ouvrira, du 15 au 20 avril, chez Bernheim, l’exposition des

Artistes, ce ne sera vraiment pas là un spectacle ordinaire. On pourra

s’y rendre de confiance: on en aura pour son argent.

* * *

Loges et coulisses · 第 66 / 162 题