ANNÉES THÉATRALES 1898-1899 et 1900

19 novembre: elle joue Simone, dans _Le Calice_, comédie en trois

actes, de F. Vandérem. Le 15 décembre, Georgette Lemeunier, dans la

comédie en quatre actes de Maurice Donnay. Le 25 février, Thérèse,

dans _Le Lys rouge_, d’Anatole France, et le 30 mars 1899, Mme de

Lavalette, dans la pièce en cinq actes d’Émile Moreau; puis, reprend,

en septembre, le chemin parcouru dans la précédente tournée, visite en

plus, cette fois, l’Italie, l’Espagne et le Portugal, est reçue par un

empereur, un roi et trois reines.

Le 30 décembre 1899, sans tapage, doucement, simplement, comme

quelqu’un de spirituel et d’avisé qui rentre dans une maison amie, elle

reparaît, souriante, dans _Ma Cousine_, où elle n’a jamais été plus

amusante, plus variée et plus jeune; puis en attendant qu’elle présente

aux spectateurs variés de l’Exposition divers spectacles préparés

pour elle, qu’elle reprenne _Zaza_, un de ses plus beaux rôles, et,

naturellement, l’universelle _Madame Sans-Gêne_, elle crée _Le Béguin_,

comédie en trois actes, de Pierre Wolff, et _La Robe rouge_, de Brieux,

deux œuvres d’un genre tout à fait différent, tout à fait opposé,

l’une continuant la jolie route parcourue depuis _Ma Camarade_ jusqu’à

_Viveurs_, _La Douloureuse_ et _Le Lys rouge_, l’autre suivant le

chemin tracé par _la Glu_, _Germinie Lacerteux_ et _Sapho_, un peu plus

avant dans la nature et dans la douleur.

* * *

On s’étonnera peut-être que, dans cette étude de la vie d’une

comédienne illustre, on n’a point donné une part plus grande à la

partie anecdotique, comme avaient coutume de faire les biographes du

siècle dernier et les petits journaux à cancans de la fin du second

empire. Les auteurs ont pensé que ce qu’il y avait de plus intéressant

à dire d’une grande artiste, c’était ce qui touchait à son art, et

que si l’on voulait bien compter le nombre des soirées occupées par

ses représentations, des journées prises par ses répétitions, du

temps employé à l’étude de ses rôles, à l’essayage de ses costumes,

cet essayage qui suffit souvent à occuper toute la vie d’une femme du

monde, on verrait qu’il lui reste bien peu de temps pour les bavardages

et les inutilités. Ils ne voient cependant aucune difficulté à dire à

ceux qui veulent tout savoir, que Réjane est mariée avec un des deux

auteurs de cet ouvrage considérable, qu’elle a deux beaux enfants, une

fillette: Germaine, intelligente et fine comme elle; un petit garçon:

Jacques, bon et tendre comme sa sœur, que, lorsqu’elle n’est pas avec

ses petits, ce qui est rare, au théâtre, ce qui n’arrive presque

jamais, on est sûr de la rencontrer chez les fleuristes à la mode,

les marchands d’étoffes, de tableaux, de bibelots anciens, cherchant

un éventail curieux, une dentelle unique, une fleur ou un bijou rare,

avec l’ardeur joyeuse qu’elle met en toutes choses, et dépensant la

prodigieuse activité de sa vie à conquérir là, comme dans son art,

l’exquis et le raffiné, enfin, ce qui fait la joie de travailler et de

vivre.

Loges et coulisses · 第 20 / 162 题