Après une série de représentations à Londres, Réjane quitte Paris le
22 septembre, sous la direction de l’impresario Dorval, et parcourt,
en octobre et novembre, le nord et l’est de l’Europe. A Copenhague,
elle est acclamée, dans _Maison de Poupée_, devant son auteur, le
vieil Ibsen. A Berlin, où elle ramène le goût des spectacles français,
ce qui lui valut des injures d’une presse disons... exagérée et
les félicitations des gens... plus calmes, elle obtint un succès
considérable et eut la joie de faire réussir _La Douloureuse_, qui
avait eu toutes les peines du monde à finir en allemand, quelques jours
avant son arrivée. A Saint-Pétersbourg, l’Empereur se souvenant des
fêtes franco-russes, où elle avait joué devant lui, à Versailles, lui
daignait envoyer un rubis incomparable, après avoir mis généreusement
son beau théâtre à sa disposition. A Moscou, à Odessa, à Bucharest,
à Budapest, à Vienne, à Munich, à Dresde, même accueil enthousiaste.
Le 14 décembre, elle finissait sa tournée par Strasbourg, et, le 16
décembre, elle assistait, au Vaudeville, à la lecture de _Paméla,
marchande de frivolités_, pièce en quatre actes et sept tableaux, que
Sardou venait de terminer à son intention. Une pièce à spectacle et à
costumes exige des répétitions nombreuses; en attendant la première,
qui eut lieu le 11 février 1898, elle reparut, le 21 décembre, dans
_Sapho_. Daudet n’eut pas la joie de la revoir dans ce rôle, la mort
le foudroya le jour de la répétition générale. 30 mars, reprise
de _Décoré_; 20 avril, bénéfice d’Alice Lavigne, dans laquelle
elle fit une conférence et joua, entourée des plus grands artistes
parisiens, _Le Roi Candaule_, de Henri Meilhac et Ludovic Halévy.
Aidée du généreux _Figaro_, elle fit réussir, au delà des proportions
accoutumées, cette représentation qui, en matinée, produisit plus de
cent mille francs. Le grand succès de _Zaza_, pièce en cinq actes, de
MM. Pierre Berton et Charles Simon, le 12 mai, finit heureusement cette
saison laborieuse.