LA PÉDÉRASTIE ACQUISE ET NON MORBIDE[122].

[Note 122: Pour notes historiques intéressantes, consulter Krauss,

_Psychologie des Verbrechens_, p. 114; Tardieu, _Attentats_; Maschka,

_Hdb._ III, p. 174. Ce vice paraît avoir pris son origine en Asie et

s'être propagé de là à travers la Crète en Grèce et y avoir été très

répandu à l'époque de l'antique Hellas. De là il parvint à Rome, où

il s'est développé. En Perse, en Chine (où il est même toléré), il est

très répandu, mais aussi en Europe. (Comparez Tardieu, Tarnowsky et

autres).]

La pédérastie représente une des pages les plus épouvantables de

l'histoire des débauches humaines.

Les motifs qui amènent à la pédérastie un homme qui primitivement a

des sentiments sexuels normaux et qui est sain d'esprit, peuvent être

très divers. Elle peut temporairement servir de moyen de satisfaction

sexuelle, à défaut du moyen normal, de même que, dans des cas rares,

il y a bestialité à la suite d'une abstinence forcée des jouissances

sexuelles normales[123].

[Note 123: Il ressort des faits recueillis par Lombroso que des

rapports sexuels entre des individus du même sexe, ont lieu aussi chez

les animaux forcés à l'abstinence. (_Le Criminel_, p. 20, etc.)]

Ce fait se produit à bord des navires à longue course, dans les

prisons, les bagnes, etc. Il est fort probable que, dans ces réunions

d'individus, il y en a qui sont d'une moralité très basse et d'une

sensualité très puissante, ou bien qu'il y a de véritables uranistes

qui deviennent les séducteurs des autres. La volupté, l'instinct

d'imitation, la rapacité font le reste.

Toutefois, preuve bien caractéristique de la puissance de l'instinct

génital, ces mobiles suffisent pour vaincre l'horreur de l'acte contre

nature.

Une autre catégorie de pédérastes est représentée par ces vieux roués

qui sont saturés des jouissances sexuelles normales et qui trouvent

dans la pédérastie un moyen de ranimer leur volupté, l'acte ayant pour

eux le charme de la nouveauté. Ils stimulent temporairement par ce

moyen leur puissance psychique et somatique abaissée. Cette nouvelle

situation sexuelle les rend, pour ainsi dire, relativement puissants,

et leur donne des jouissances que les rapports sexuels avec la femme

ne peuvent plus leur offrir. Avec le temps la puissance pour l'acte

pédéraste disparaît aussi. Alors ces individus peuvent en venir à la

pédérastie passive comme à un stimulant passager qui les met dans

la possibilité d'accomplir la pédérastie active, de même qu'ils ont

occasionnellement recours à la flagellation, à la contemplation de

scènes lascives. (Cas de bestialité cité par Maschka.)

La fin de l'activité sexuelle chez les individus atteints d'une telle

dégradation morale, consiste en faits d'impudicité de toutes sortes

avec des enfants, _cunnilingus_, _fellare_ et autres horreurs.

Cette sorte de pédérastie est la plus dangereuse, car les individus de

ce genre poursuivent avant tout et dans la plupart des cas les jeunes

garçons, et leur corrompent l'âme et le corps.

Les observations que Tarnowsky (_op. cit._, p. 53, etc.) a recueillies

à ce sujet dans la Société de Saint-Pétersbourg sont horribles.

Ce sont les pensionnats qui sont le théâtre et les foyers de la

pédérastie. De vieux roués et des uranistes jouent le rôle de

séducteurs. Au commencement il en coûte à celui qu'on séduit

d'accomplir cet acte dégoûtant. Il a d'abord recours à son imagination

et évoque l'image d'une femme. Peu à peu il s'habitue à cette

abomination. Finalement, semblable à l'homme détraqué sexuellement par

la masturbation, il devient relativement impuissant en présence de

la femme et en même temps assez libidineux pour se plaire à l'acte

pervers. Suivant les circonstances, cet individu devient un cynède

vénal.

Ces faits ne sont pas rares dans les grandes villes ainsi que nous

l'apprennent les observations recueillies par Tardieu, Hoffmann, Liman

et Taylor. Il ressort de nombreuses communications que j'ai reçues de

la part d'uranistes, qu'il existe une prostitution professionnelle,

de véritables maisons de prostitution pour l'amour entre individus

masculins.

Ce qui est encore digne d'être remarqué, ce sont les artifices de la

coquetterie que ces mérétrices mâles déploient sous forme de toilettes

de luxe, de parfums et de vêtements de coupe féminine, pour attirer

les pédérastes et les uranistes. Cette imitation intentionnelle des

particularités de la femme se retrouve d'ailleurs spontanément et

inconsciemment chez les invertis congénitaux et parfois dans les cas

d'inversion sexuelle (morbide) acquise.

Les lignes suivantes fournissent des renseignements intéressants et

précieux pour le psychologue et surtout pour les fonctionnaires de la

police, sur la vie sociale et les menées des pédérastes.

Coffignon, _La Corruption à Paris_, p. 327, divise les pédérastes

actifs en amateurs, entreteneurs et souteneurs.

Les amateurs (rivettes) sont des gens débauchés, mais souvent des

invertis congénitaux, appartenant au monde, ayant de la fortune et qui

ont des raisons de bien se garder que la satisfaction de leurs désirs

homosexuels soit connue. À cet effet, il vont dans les lupanars, les

maisons de passe ou dans les appartements particuliers des prostituées

féminines qui ont l'habitude d'être en bons termes avec les prostitués

masculins. C'est ainsi qu'ils se mettent à l'abri du chantage.

D'aucuns de ces amateurs ont assez d'audace pour se livrer dans des

lieux publics à leurs désirs abominables. Ils risquent d'être arrêtés,

mais moins facilement (dans les grandes villes) le chantage. On dit

que le danger augmente leur jouissance secrète.

Les entreteneurs sont de vieux pécheurs qui ne peuvent s'empêcher,

même au risque de tomber entre les mains des maîtres-chanteurs,

d'entretenir une maîtresse masculine.

Les souteneurs sont des pédérastes qui ont subi des condamnations,

qui soutiennent un petit «jésus», qui l'envoient en expédition pour

attirer des clients (faire chanter les rivettes), et qui, autant que

possible, surviennent au moment psychologique pour plumer la victime.

Souvent ils vivent ensemble par bandes; chacun remplit selon ses goûts

actifs ou passifs le rôle d'homme ou de femme. Dans ces bandes, il y

a de véritables noces, des mariages, des bénédictions nuptiales, avec

banquets et accompagnement des nouveaux mariés dans leurs chambres.

Ces souteneurs élèvent leurs petits jésus. Les pédérastes passifs sont

des «petits jésus», des «jésus», ou des «tantes».

Les petits «jésus» sont des enfants abandonnés et dévoyés que le

hasard amène dans les mains d'un pédéraste actif qui les séduit et

leur ouvre alors une carrière horrible pour gagner leur vie, soit

comme entretenus, soit comme les hétaïres masculines des rues avec ou

sans souteneur.

Les petits jésus les plus rusés et les plus recherchés sont élevés et

dressés par ceux qui enseignent à ces enfants l'art d'une mise et d'un

maintien féminins.

Peu à peu ils cherchent à se débarrasser de leurs professeurs et

exploiteurs pour devenir «femmes entretenues»; souvent ils arrivent

à cette émancipation par une dénonciation anonyme du souteneur à la

police.

La préoccupation du souteneur et du petit jésus est que ce dernier

garde, par toutes sortes d'artifices de toilette, son air juvénile

aussi longtemps que possible.

L'extrême limite d'âge est probablement la 25e année. Alors il devient

«jésus» et «femme entretenue»; dans ce cas, il est souvent entretenu

par plusieurs individus à la fois. Les «jésus» se divisent en

«filles galantes», c'est-à-dire ceux qui sont de nouveau tombés en la

possession d'un souteneur, et en «pierreuses» (coureurs ordinaires des

rues comme leurs collègues féminines), et enfin en «domestiques».

Ces derniers prennent une place de domestique chez des pédérastes

actifs pour servir à leurs désirs ou parfois aussi pour leur amener

des «petits jésus».

Une subdivision de cette catégorie de domestiques est composée

par ceux qui se placent comme femme de chambre petit jésus. Le but

principal de ces domestiques est de se procurer, étant en place, des

documents compromettants à l'aide desquels ils pourront faire plus

tard du chantage et se procurer, par cette extorsion, une existence

assurée pour leurs vieux jours.

La catégorie la plus détestable des pédérastes passifs est bien cette

des «tantes», c'est-à-dire des souteneurs de prostituées féminines,

qui ont une vie sexuelle normale, mais qui, monstres au moral,

pratiquent la pédérastie passive par âpreté au gain ou dans le but de

faire du chantage.

Les amateurs riches ont leurs réunions, leurs locaux où les passifs

apparaissent vêtus en femmes et où l'on fait les orgies les plus

horribles. Les garçons de service, les musiciens de ces soirées sont

tous pédérastes. Les filles galantes n'osent pas, sauf en temps de

carnaval, se montrer vêtus en femmes dans les rues, mais ils

savent afficher leur métier honteux par certaines marques dans leur

extérieur, dans la coupe féminine de leur mise, etc.

Ils attirent par gestes, par attouchements, etc.; ils mènent leurs

conquêtes dans les hôtels, les bains ou les bordels.

Ce que l'auteur dit du chantage est généralement connu. Il y a des cas

où des pédérastes se laissent extorquer toute leur fortune.

La note suivante coupée dans une feuille berlinoise

(_National-Zeitung_) du mois de février 1881, qui m'est tombée par

hasard entre les mains, paraît de nature à bien caractériser la vie et

les menées des uranistes.

_Le bal des mysogines._ Presque tous les éléments de la

société de Berlin ont leurs réunions: les gros, les chauves,

les célibataires, les veufs. Pourquoi les ennemis du sexe

féminin n'auraient-ils pas la leur? Cette espèce d'hommes,

très curieuse au point de vue psychologique, mais peu

édifiante au point de vue social, donnait ces jours derniers

un bal. L'affiche annonça: «Grand bal masqué viennois.»

On procédait avec une sévérité extrême à la vente et à la

distribution des billets: ces messieurs veulent être entre

eux. Leur rendez-vous est un grand local de danse bien connu.

Nous entrons dans la salle vers minuit. On danse ferme aux

sons d'un orchestre très bien tenu. L'épaisse fumée qui

voile les becs de gaz ne permet pas de voir ressortir assez

nettement les détails des mouvements du public. Ce n'est que

pendant l'entr'acte que nous pouvons passer une revue plus

minutieuse. Les masques sont en immense majorité; on ne voit

qu'isolément l'habit noir et la robe de soirée.

Mais qu'est-ce que c'est que cela? Une dame en tarlatan rose

qui passe près de nous avec un grand bruit de froufrou,

tient dans le coin de sa bouche un cigare allumé et lance des

bouffées de fumée comme un cuirassier. Elle porte une petite

barbe blonde à peine dissimulée par le maquillage. Maintenant

elle cause avec un «ange» fortement décolleté qui est planté

là, les bras nus derrière le dos et qui fume aussi. Ce sont

deux voix d'hommes et le sujet d'entretien est aussi très

masculin; il s'agit de ce «fichu tabac qui ne tire pas». Voilà

donc deux hommes en toilettes de femmes.

Un clown, comme on en voit tant, est là-bas près d'une colonne

en conversation très affectueuse avec une ballerine et enlace

d'un bras la taille irréprochable de cette dernière. Elle a

une coiffure à la Titus blonde, un profil très accentué et

à ce qu'il paraît des formes plantureuses. Les boucles

d'oreilles étincelantes, le collier avec le médaillon autour

du cou, les épaules et les bras pleins et arrondis ne laissent

aucun doute sur son authenticité jusqu'à ce que, avec un

mouvement brusque, elle se détache du bras qui la tient et

en bâillant dise d'une voix du plus bas creux: «Émile tu es

aujourd'hui trop ennuyeux.» Le professeur en croit à peine ses

yeux: la ballerine aussi est du sexe masculin!

Plein de méfiance nous continuons notre examen. Nous sommes

près de supposer qu'ici on joue «au monde renversé», car voilà

que nous voyons marcher ou plutôt trottiner un homme,--non

décidément cela n'en est pas un, bien qu'il porte une petite

moustache bien soignée. Ces cheveux bouclés et bien soignés,

cette figure maquillée et poudrée, avec des sourcils fortement

dessinés à l'encre de Chine, ces boucles d'oreilles d'or, ce

bouquet de fleurs qui couvre la partie comprise entre l'épaule

gauche et la poitrine et qui orne l'élégant _smocking_ noir,

ces bracelets d'or aux poignets et cet éventail élégant à

la main gantée de blanc: ce ne sont point les attributs d'un

homme. Et avec quelle coquetterie il manie son éventail, comme

il se dandine et se tourne, comme il trottine et chuchotte!

Et pourtant! Et pourtant la nature si bonne a créé homme cette

poupée! Il est vendeur dans une maison de confection de notre

capitale, et la ballerine que nous venions de voir à l'instant

est son «collègue».

Là bas, à une table de coin, on semble tenir grand cercle.

Plusieurs messieurs d'un âge mûr se pressent autour d'un

groupe de dames fort décolletées qui sont assises devant

des bouteilles de vin et qui, à en juger par leur hilarité

bruyante, ne lancent pas des plaisanteries très discrètes.

Qui sont ces trois dames? «Dames», dit en souriant mon guide

expérimenté; celle à droite, aux cheveux bruns et en costume

de fantaisie à demi-long, c'est la «marchande de beurre», de

son métier garçon coiffeur; la seconde, la blonde, en costume

de chanteuse de café-concert, avec un collier de perles, est

ici connue sous le nom de «Miss Ella sur la Corde», de son

métier un ouvrier tailleur pour dames; la troisième c'est la

fameuse «Lotte», si connue et si célèbre.

Mais il est impossible que cela soit un homme! Voyez cette

taille, ce buste, ces bras classiques, tout cet air et ces

manières ont un caractère décidément féminin!

On m'apprend que «Lotte» était autrefois comptable.

Aujourd'hui elle ou plutôt il est exclusivement «Lotte» et

il trouve son plaisir à tenir les hommes aussi longtemps que

possible en erreur sur son sexe. Lotte est en train de chanter

un couplet qui n'est pas tout à fait conforme à l'étiquette

d'une Cour impériale; elle fait entendre, grâce à un

entraînement et à un exercice de longues années, une voix

d'alto que bien des cantatrices pourraient lui envier. «Lotte»

a aussi très souvent «travaillé» dans la spécialité d'«actrice

comique». Aujourd'hui l'ancien comptable s'est tellement

absorbé dans son rôle de dame que, même quand il sort dans la

rue, il paraît toujours en toilette de femme, et les gens chez

lesquels il est logé, racontent qu'il se sert même d'une robe

de nuit de dame joliment brodée.

En examinant de plus près les assistants, j'ai découvert, à ma

grande surprise, plusieurs personnes de ma connaissance: mon

cordonnier que j'aurais pris pour tout autre chose plutôt que

pour un ennemi du beau sexe; il est aujourd'hui déguisé en

«Trouvère» avec épée et chapeau à plumes et sa «Léonore» en

costume de fiancée me donne habituellement au bureau de tabac

les «Havanne» et les «Upmann». Je reconnais bien distinctement

la «Léonore» qui pendant l'entr'acte s'est dégantée: voilà

bien ses grandes mains couvertes d'engelures. Tiens! voilà

aussi mon fournisseur de cravates! Il court dans un costume

bien risqué; il est en «Bacchus» et le céladon d'une dame

attifée d'une manière déplaisante, dame qui, à d'autres

heures, sert comme garçon de brasserie. Les «vraies» dames

qu'on rencontre ne sauraient faire le sujet d'une description

destinée à la publicité. Dans tous les cas celles-ci n'ont de

rapports qu'entre elles et évitent tout rapprochement avec

les hommes mysogines, pendant que ceux-ci restent et s'amusent

entre eux, et ne prennent aucun souci du sexe féminin.

Ces faits méritent l'attention pleine et entière des autorités

policières qui devraient être à même d'avoir légalement le même

pouvoir d'agir contre la prostitution masculine, que contre la

prostitution féminine.

Dans tous les cas, la prostitution masculine est de beaucoup plus

dangereuse pour la société que la prostitution féminine: c'est la plus

grande des hontes dans l'histoire de l'humanité.

Je sais par les renseignements d'un fonctionnaire supérieur de la

police de Berlin que celle-ci connaît jusque dans ses moindres détails

le demi-monde masculin de la capitale allemande et qu'elle fait tout

son possible pour combattre le chantage chez les pédérastes, car

souvent les maîtres-chanteurs ne craignent pas de commettre même un

assassinat.

Les faits que nous venons de citer justifient notre désir de voir le

législateur de l'avenir renoncer, du moins pour des raisons d'utilité,

aux poursuites judiciaires contre la pédérastie.

Il est à remarquer à ce sujet que le Code français laisse la

pédérastie impunie tant qu'elle ne constitue pas en même temps un

outrage public à la pudeur. Peut-être pour des raisons politiques et

sociales le nouveau Code italien aussi passe sous silence le délit

d'impudicité contre nature, de même que la législation hollandaise, et

autant que je sache les législations belge et espagnole.

Nous laissons de côté la question de savoir dans quelle mesure les

pédérastes d'élevage peuvent être considérés encore comme normaux

au physique et au moral. Il est probable que la plupart d'entre eux

souffrent de névroses génitales. Dans tous les cas, on trouve des

transitions qui se confondent presque avec l'inversion sexuelle

acquise. On ne peut pas, en général, mettre en doute la responsabilité

de ces individus qui sont encore bien au-dessous de la prostituée.

En ce qui concerne la forme de la satisfaction sexuelle, on peut, en

somme, caractériser les diverses catégories des hommes aimant

l'homme par ce trait que l'uraniste congénital ne devient

qu'exceptionnellement pédéraste, et qu'il y est amené éventuellement

après avoir essayé et épuisé tous les autres actes d'impudicité

possibles entre des individus de sexe masculin.

La pédérastie passive est idéalement et pratiquement la forme qui

correspond à l'acte sexuel. L'uraniste accomplit la pédérastie

active par complaisance. L'important est son inversion congénitale

et inaltérable. Il n'en est pas de même avec le pédéraste qui l'est

devenu par éducation. Il s'est comporté sexuellement d'une façon

normale ou du moins il a senti ainsi; et épisodiquement, à ses heures

de liberté, il a encore des rapports avec l'autre sexe.

Sa perversité sexuelle n'est ni primitive ni inaltérable. Il commence

par la pédérastie et finit éventuellement par d'autres pratiques

sexuelles qui sont encore possibles malgré la faiblesse du centre

d'érection ou du centre d'éjaculation. Son désir sexuel, quand il est

à l'apogée de la puissance, n'est pas pour la pédérastie passive, mais

pour l'active. Toutefois il consent, par complaisance ou par rapacité

d'hétaïre masculin, à se prêter à la pédérastie passive; parfois c'est

aussi un moyen de stimuler sa puissance en voie d'extinction afin de

pouvoir de temps en temps encore accomplir la pédérastie active.

Une chose bien dégoûtante que nous devrions mentionner encore c'est la

_pædicatio mulierum_[124] et même _uxorum_, selon les circonstances.

[Note 124: Comparez Tardieu, _Attentats_, p. 198; Martineau,

_Deutsche med. Zeitg._, 1882, p. 9; Virchow, _Jahrbuch_, 1881, p. 553;

Coutagne, _Lyon médical_, nº 35, 36.]

Des débauchés accomplissent ces actes d'un goût particulier sur des

filles vénales ou même sur leurs épouses. Tardieu cite des exemples

d'hommes qui, en dehors du coït régulier avec leurs épouses, faisaient

de temps en temps la pédication. Parfois la crainte de provoquer une

nouvelle grossesse peut pousser l'homme à cet acte et décider la femme

à le tolérer.

OBSERVATION 198 (_Pédérastie imputée mais non prouvée.

Renseignements puisés dans le dossier_).--Le 30 mai 1888 le

docteur chimiste S... a été dénoncé par une lettre anonyme

adressée à son beau-père comme entretenant des rapports

immoraux avec le fils du boucher G..., jeune homme âgé de

dix-neuf ans. On remit au docteur S... la lettre. Indigné

du contenu de cette missive, il alla trouver son supérieur

hiérarchique qui lui promit de procéder discrètement dans

cette affaire, de s'informer auprès de la police des propos

qui couraient dans le public et de ce qu'on en disait en

général.

Le 31 mai au matin, la police arrêta le jeune G..., qui était

atteint de blennorrhagie avec orchite et qui était couché dans

l'appartement du docteur S. où on le soignait. Le docteur S.

fit auprès du procureur des démarches pour obtenir la mise

en liberté de G.; il offrit même un cautionnement, ce qui fut

refusé. Dans sa requête adressée au tribunal, le docteur S.

prétend qu'il y a trois ans il fit dans la rue la connaissance

du jeune G., que depuis il l'avait perdu de vue, et qu'il ne

l'aurait retrouvé qu'à l'automne de 1887 dans le magasin de

son père. Depuis novembre 1887, c'est G. qui était chargé de

fournir la viande nécessaire pour la cuisine du docteur;

il venait le soir pour prendre la commande et le matin pour

livrer la marchandise. C'est ainsi que le docteur S. fit

une connaissance plus étroite de G., et peu à peu il eut des

sentiments amicaux pour ce jeune homme. Le docteur S. tomba

malade et resta la plupart du temps au lit jusqu'au 15 mai

1888; G. eut tant d'attentions pour lui que S. ainsi que sa

femme le prirent en affection à cause de son attitude gaie,

innocente et toute filiale. Le docteur S. lui montrait sa

collection d'antiquités, et tous deux passaient souvent

ensemble des soirées pendant lesquelles Mme S. leur tenait

compagnie. S. prétend encore avoir fait avec G. des essais

de fabrication de saucisses et de gelées, etc. Vers la fin

du mois de février, G. fut atteint de blennorrhagie. Comme le

docteur S. l'estimait comme un ami, qu'il aimait beaucoup à

soigner les malades et qu'il avait étudié la médecine pendant

plusieurs semestres, il s'occupa de G. et lui donna des

médicaments, etc. Comme G. était encore malade au mois de mai

et que, pour bien des raisons, il aurait été désirable qu'il

quittât la maison paternelle, M. et Mme S. le prirent chez eux

pour le soigner.

S. repousse avec indignation toutes les suspicions auxquelles

ces faits ont donné lieu; il invoque son passé honorable, sa

bonne éducation, la circonstance qu'à cette époque G. était

atteint d'une maladie dégoûtante et contagieuse et que

lui-même S. souffre d'une maladie douloureuse (calculs

néphrétiques avec coliques temporaires).

En face de cette version bien inoffensive du docteur S., il

faut cependant tenir compte des faits suivants qui ont été

établis par l'enquête judiciaire et sur lesquels s'est appuyée

la sentence du tribunal de première instance.

La liaison de S. et G. a provoqué, par son caractère choquant,

bien des commentaires chez les particuliers et dans les

cabarets. G. passait la plupart de ses soirées dans le cercle

de la famille de S. dont il est devenu pour ainsi dire un

familier. Tous deux faisaient souvent des promenades ensemble.

Pendant une de ces promenades S. dit à G. qu'il était joli

garçon et qu'il l'aimait beaucoup. S. prétend n'avoir touché

ce sujet que pour avertir G. de certains dangers. Quant à

leurs rapports dans la maison, il est établi que S. assis

sur le canapé, avait parfois enlacé de ses bras G. et l'avait

embrassé. Cette marque d'affection lui fut donnée aussi en

présence de Mme S. et de la bonne de la maison. Lorsque G. fut

atteint de blennorrhagie, S. lui montrait comment il fallait

faire les injections et, à cette occasion, il prenait dans sa

main le _membrum_ du jeune homme. G. déclare qu'en demandant à

S. pourquoi il l'aimait tant, celui-ci aurait répondu: «Je ne

le sais pas moi-même». Quand G. restait quelques jours

sans venir, S. s'en plaignait avec des larmes dans les yeux

aussitôt que G. faisait sa réapparition. S. lui disait aussi

que son ménage n'était pas heureux et, les larmes aux yeux,

priait G. de ne pas l'abandonner, car il était l'ami qui

devait remplacer sa femme.

L'acte d'accusation conclut de tous ces faits que la liaison

entre les deux accusés avait une tournure sexuelle. Si tout

se passait en public et de façon à être remarqué par tout le

monde, c'est une circonstance qui, selon l'acte d'accusation,

ne vient point à l'appui du caractère inoffensif de la

liaison, mais c'est plutôt une preuve de l'intensité de la

passion de S. On convient que l'accusé a des antécédents sans

tache, une conduite honorable et un coeur tendre. Il est

probable que la vie conjugale de S. n'était pas heureuse et

qu'il avait des disposions naturelles très sensuelles.

Au cours de l'instruction judiciaire, on a plusieurs fois

soumis G. à un examen médico-légal. Il est d'une taille

moyenne, avec un teint pâle, une constitution robuste. Le

pénis et les testicules sont très fortement développés.

On a constaté d'un unanime accord que l'anus, par suite du

manque de plis à son pourtour et du relâchement du sphincter,

était altéré pathologiquement, et que ces changements

permettaient avec une certaine probabilité de conclure à la

pratique de la pédérastie passive.

C'est sur ces faits que fut basée la sentence du tribunal.

L'arrêt a reconnu que la liaison existant entre les deux

accusés n'indiquait pas d'une manière certaine l'impudicité

contre nature, les constatations faites sur le corps de G. ne

suffisant pas en elles-mêmes à en fournir la preuve.

Mais, prenant dans son ensemble ces deux circonstances, le

tribunal s'est fait la conviction que les deux accusés étaient

coupables, et considéra comme établi que: «l'état anormal

de l'anus de G. n'a pu se produire qu'à la suite de

l'introduction réitérée du membre de l'accusé S. dans cette

partie du corps, et que G. s'est prêté complaisamment à

ces pratiques et a toléré l'exécution sur lui de ces actes

immoraux».

Ainsi le cas prévu par l'article 175 du R. St. G. semble

être établi. En fixant les peines on a tenu compte du degré

d'instruction de S., du fait que c'est lui qui a évidemment

séduit G.; pour ce dernier on a pris en considération qu'il

avait été séduit et qu'il était encore très jeune; pour tous

les deux, on admit comme circonstance atténuante leurs bons

antécédents, et, conformément à ces conditions, le Dr S. a été

condamné à huit mois de prison, le jeune G. à quatre mois.

Les accusés se sont pourvus en cassation auprès du tribunal

de l'empire à Leipzig et se préparaient, dans le cas où la

cassation serait rejeté, à recueillir des documents afin de

pouvoir demander la révision du procès.

Ils se soumirent à l'examen et à l'observation de spécialistes

célèbres. Ceux-ci déclarèrent que, d'après les constatations

faites sur l'anus de G., il n'y avait aucun indice d'actes de

pédérastie passive.

Comme les parties intéressées attachaient aussi une grande

importance au côté psychologique du cas, dont on ne s'était

pas du tout occupé pendant l'audience, l'auteur du ce livre

reçut la mission d'examiner et d'observer le Dr S. et son

coaccusé G.

_Résultats de mon examen personnel fait du 11 au 18 décembre

1888, à Gratz._--Le Dr S..., trente-sept ans, marié depuis

deux ans, sans enfants, autrefois chef du laboratoire

municipal à H., est né d'un père qui, à ce qu'on dit,

est devenu nerveux à la suite de surmenage. À l'âge de

cinquante-sept ans il a été atteint d'une attaque d'apoplexie;

à l'âge de soixante-sept ans, il est mort à la suite d'une

nouvelle attaque d'apoplexie. La mère vit encore: on la

dépeint comme une femme vigoureuse, mais qui depuis des années

souffre des nerfs. La mère de cette dernière est morte à un

âge assez avancé et, prétend-on, à la suite d'un abcès du

cervelet. Un frère du père de la mère aurait été buveur. Le

grand-père de l'accusé du côté paternel est mort prématurément

à la suite d'un ramollissement du cerveau.

Le Dr S... a deux frères qui jouissent d'une bonne santé.

Lui-même déclare qu'il est d'un tempérament nerveux et d'une

constitution robuste. Il prétend qu'après avoir eu, à l'âge

de quatorze ans, un rhumatisme articulaire aigu, il a souffert

pendant plusieurs mois d'une grande nervosité. À la suite, il

souffrait souvent de rhumatismes, ainsi que de battements de

coeur et de suffocations. Ces malaises disparurent peu à peu

sous l'influence de l'usage des bains de mer. Il y a sept

ans, il a attrapé une blennorrhagie. Cette blennorrhagie

est devenue chronique et lui a causé pendant longtemps des

douleurs de vessie.

En 1887, le docteur S. a subi son premier accès de colique

néphrétique. Ces accès se répétèrent plusieurs fois au cours

de l'hiver 1887-1888, jusqu'au 10 mai 1888 où un gros calcul

néphrétique se dégagea. Depuis ce moment, son état de santé

a été assez satisfaisant. Il prétend que, à l'époque où il

souffrait de la pierre, il avait pendant le coït, au moment de

l'éjaculation, une douleur aiguë dans l'urètre, de même quand

il urinait.

Quant à son _curriculum vitæ_, S. déclare qu'il a, jusqu'à

l'âge de quatorze ans fréquenté le lycée; mais, à partir

de cette époque, il a dû, à la suite d'une maladie

grave, continuer ses études sous la direction d'un maître

particulier. Ensuite, il a passé quatre ans dans l'officine

d'un droguiste; plus tard, il a, pendant six semestres, suivi

les cours de la Faculté de médecine; et, pendant la guerre de

1870, il a servi comme aide-volontaire de lazaret. N'ayant pas

son baccalauréat, il a abandonné l'étude de la médecine; il

a acquis le diplôme de docteur en philosophie; ensuite il a

servi comme assistant au musée minéralogique à K., plus tard

à H., et puis il s'est livré à des études spéciales de chimie

alimentaire et, il y a cinq ans, il a pris le poste de chef de

laboratoire municipal.

S... fait toutes ces dépositions d'une manière sûre et

précise. Il ne cherche pas à rappeler ses souvenirs en faisant

ses réponses; de sorte qu'on a de plus en plus l'impression

d'avoir affaire à un homme qui aime et qui dit la vérité,

d'autant plus que, dans les examens des jours suivants, les

dépositions furent toujours les mêmes. En ce qui concerne

sa _vita sexualis_, S. déclare avec modestie, décence et

franchise, que, à partir de l'âge de onze ans, il s'est

rendu compte de la différence des sexes, que jusqu'à l'âge de

quatorze ans il fut pendant quelque temps adonné à l'onanisme,

qu'il a fait son premier coït à l'âge de dix-huit ans, et

qu'il l'a pratiqué avec modération les années suivantes. Ses

désirs sexuels n'ont jamais été très grands, l'acte sexuel

était normal à tous les points de vue jusqu'à ces derniers

temps; il avait la puissance nécessaire et une sensation

voluptueuse satisfaisante. Depuis son mariage, conclu il y a

deux ans, il n'a coïté qu'avec sa femme qu'il a épousée par

inclination et qu'il aime encore beaucoup; il faisait l'acte

plusieurs fois par semaine.

Mme S..., qui a dû être entendue, confirme pleinement ces

dépositions.

À toutes les questions contradictoires au sujet d'un sentiment

sexuel pervers pour l'homme, le docteur S. répondit, dans les

examens réitérés, par la négative, toujours d'accord avec

ses dépositions et sans avoir la moindre hésitation dans

ses réponses; même lorsqu'on veut lui tendre un piège en

lui représentant que la preuve d'un sentiment sexuel pervers

serait fort utile pour le but qu'il veut atteindre avec

le nouvel examen médical, il persiste dans ses dépositions

antérieures. On fait cette constatation très précieuse que

S. ne sait rien des faits établis par la science sur l'amour

homosexuel. Ainsi on apprend que ses rêves accompagnés de

pollutions, n'ont jamais pour objet des individus du sexe

masculin, que les nudités féminines seules l'intéressent,

qu'aux bals il aime à danser avec des femmes, etc. On ne peut

découvrir chez S. aucune trace de quelque inclination sexuelle

pour son propre sexe. En ce qui concerne ses relations avec

G., il fait exactement les mêmes déclarations qu'il a faites

devant le juge d'instruction. Il ne saurait expliquer son

affection pour G. que par le fait qu'il est un homme nerveux,

sentimental, d'un coeur facile à toucher, et très sensible

aux prévenances aimables. Dans sa maladie, il se sentait isolé

et déprimé; sa femme était souvent absente, en visite chez ses

parents, et c'est ainsi qu'il est arrivé à conclure une amitié

avec G., jeune homme très poli et bon garçon. Maintenant

encore, il a un faible pour lui, et se sent dans sa compagnie

très rassuré et heureux.

Il eut déjà deux fois auparavant des amitiés de ce genre:

quand il était étudiant, pour un confrère du même corps

d'étudiants, un docteur A., qu'il a souvent enlacé de ses bras

et embrassé; plus tard pour un baron M. Quand il le perdait

de vue pendant quelques jours, il était inconsolable jusqu'aux

larmes.

Il a la même tendresse et le même attachement pour les bêtes.

Ainsi il a eu un chien qui est mort il y a quelque temps, et

qu'il a pleuré comme si c'était un membre de sa famille; il

embrassait souvent cet animal. (En évoquant ce souvenir, S...

a les larmes aux yeux.) Ces dépositions sont confirmées par le

frère du docteur, avec cette remarque que, en ce qui concerne

l'amitié de son frère avec A. et M., le moindre soupçon d'une

tendance sexuelle paraît exclu d'avance. Les interrogatoires

les plus prudents et les plus insistants, les procédés les

plus insinuants avec le docteur S. ne fournissent pas le

moindre point d'appui pour des suppositions de ce genre.

Il prétend n'avoir jamais eu non plus en présence de G., la

moindre émotion sexuelle, et encore moins une érection ou un

désir sexuel. Quant à son affection pour G..., poussée jusqu'à

la jalousie, il l'explique simplement par son tempérament

sentimental et par son amitié exaltée. G. lui est encore cher

aujourd'hui comme s'il était son fils.

Un fait bien caractéristique, c'est que S. déclare que lorsque

G. lui racontait ses bonnes fortunes auprès des femmes, il ne

se sentait péniblement touché que parce qu'il craignait que G.

courût risque de se rendre malade par ses excès et de

ruiner sa santé. Mais il n'a jamais éprouvé un sentiment de

froissement personnel. Si aujourd'hui il connaissait pour G.

une brave fille, il souhaiterait de bon coeur de les marier,

et il aiderait à arranger ce mariage.

S. dit que ce n'est qu'au cours de l'enquête judiciaire qu'il

a reconnu avoir agi avec imprudence dans ses rapports sociaux

avec G. en donnant lieu aux cancans des gens. Il déclare

que ses relations d'amitié étaient publiques, parce qu'elles

avaient un caractère tout à fait innocent.

Il est à relever que Mme S. n'a jamais remarqué rien de

suspect dans les rapports de son mari avec G., tandis que

la femme la plus simple, guidée par son instinct, se serait

doutée de quelque chose. Mme S. n'a non plus fait aucune

objection à ce que G. fut reçu à la maison.

Elle fait valoir, à ce sujet, que la chambre dans laquelle G.

était couché pendant sa maladie, se trouve au premier étage,

tandis que l'appartement de la famille est au troisième;

que, de plus, S. ne restait jamais seul avec G., pendant que

celui-ci était à la maison. Elle déclare être convaincue de

l'innocence de son mari, et l'aimer toujours comme auparavant.

Le docteur S. avoue sans réticence avoir autrefois souvent

embrassé G. et avoir parlé avec lui de questions sexuelles.

G. est très ardent pour les femmes, et, étant donnée cette

circonstance, S., l'a souvent, par amitié, exhorté à ne pas se

livrer à ces excès, surtout quand G., comme c'était souvent

le cas, avait mauvaise mine à la suite de ses débauches

sexuelles.

Il est vrai qu'il a dit une fois que G. était un joli garçon;

mais cette remarque n'avait qu'un intérêt bien inoffensif.

C'est dans un débordement d'amitié qu'il a embrassé G., alors

que celui-ci avait fait preuve d'une attention particulière

ou lui avait fait un plaisir. Mais jamais il n'y avait éprouvé

aucune sensation sexuelle. Aussi quand il rêvait par-ci par-là

de G., c'était d'une façon bien innocente.

L'auteur de ce livre crut d'une grande importance d'étudier

aussi le caractère de G. L'occasion s'en est offerte le 12

décembre de l'année courante, et il en a largement profité.

G... est un jeune homme au corps délicat, développé

normalement pour son âge; il a vingt ans; il a une apparence

névropathique et sensuelle. Les parties génitales sont

normales et fortement développées. L'auteur croit devoir

passer sur les constatations faites sur l'anus de ce jeune

homme, car il ne se croit pas autorisé à émettre un jugement

sur le rapport médical. Quand on s'entretient quelque temps

avec G..., celui-ci fait l'impression d'un jeune homme

inoffensif, bon, dénué d'astuce, léger, mais pas du tout

corrompu moralement. Rien dans sa mise, ni dans son attitude

n'indique un sentiment sexuel pervers. On ne peut concevoir

le moindre soupçon d'avoir affaire à une courtisane du sexe

masculin.

G., amené in _medias res_, déclare que S. et lui ont

innocemment dit les choses qu'on leur reproche, et c'est

là-dessus qu'on a échafaudé tout le procès.

Au début l'amitié et surtout les embrassements de S. lui ont

paru étranges. Plus tard il s'est convaincu que c'était de la

pure amitié, et il ne s'en est plus étonné.

G. reconnut dans S. comme un ami paternel, et il l'aima parce

que ce dernier lui était agréable sans arrière-pensée.

Le mot «joli garçon» a été prononcé un jour que G. avait une

amourette et qu'il exprimait ses doutes sur son bonheur à

venir. C'est alors que S. l'avait consolé en lui disant: «Vous

avez une jolie tournure, vous ne manquerez pas de faire un bon

parti.»

Une fois S. s'est plaint à lui que sa femme avait un penchant

pour la boisson, et, en lui faisant cette confidence, il avait

les larmes aux yeux. Alors G. fut touché du malheur de son

ami. C'est à cette occasion que S. l'avait embrassé et l'avait

prié de lui conserver son amitié et de venir souvent le voir.

S. n'a jamais spontanément amené la conversation sur les

choses sexuelles. Comme G. lui demandait un jour ce que

c'était que la pédérastie, dont il prétendait avoir entendu

beaucoup parler en Angleterre, S. lui en avait donné

l'explication.

G. convient qu'il est homme de prédispositions sensuelles.

À l'âge de douze ans, il a été initié à la vie sexuelle

en entendant les propos des apprentis. Il ne s'est jamais

masturbé; à l'âge de dix-huit ans, il a fait le coït pour la

première fois, et depuis il a beaucoup fréquenté le bordel.

Il n'a jamais éprouvé une inclination pour son propre sexe, ni

aucune sensation sexuelle quand S. l'embrassait. Il a

toujours fait le coït d'une façon normale et avec volupté.

Ses pollutions dans ses rêves étaient toujours accompagnées

d'images lascives concernant des femmes. Il repousse avec

indignation l'insinuation qu'il s'est livré à la pédérastie

passive, et invoque à ce propos qu'il descend d'une famille

saine et honnête.

Avant que le bruit relatif à ces soupçons eût éclaté, il ne

se doutait de rien et ne pensait nullement à mal. Il donne

sur les anomalies de son anus, les mêmes essais d'explication

qu'on trouve dans le dossier du l'affaire. Il nie avoir fait

de l'auto-masturbation _in ano_.

Il est bon de remarquer que J. S., en entendant parler du

prétendu amour homosexuel de son frère, n'en aurait pas

été moins étonné que les autres personnes qui connaissaient

celui-ci de plus près. Il est vrai qu'il n'a pu comprendre lui

non plus ce qui attachait son frère à G., et que toutes

les représentations qu'il lui avait faites sur son attitude

étaient restées inutiles.

L'expert s'est donné la peine d'observer sans qu'on s'en

aperçût le docteur S. et G. pendant qu'ils soupaient à Gratz,

en compagnie du frère de S. et de Mme S. Cette observation

n'a pas fourni le moindre indice dans le sens d'une amitié

illicite.

L'impression générale que m'a faite le docteur S. fut celle

d'un individu nerveux, sanguin, un peu exalté, mais en

même temps de bon caractère, franc, et avant tout un homme

sentimental.

Le docteur S., est au physique, vigoureux, un peu replet; il

a une tête régulière et légèrement brachycéphale. Les parties

génitales sont très développées, le pénis est un peu gros, le

prépuce un peu hypertrophié.

_Conclusions._--La pédérastie est une forme insolite,

perverse, et l'on peut même dire monstrueuse, de la

satisfaction sexuelle, qui, dans la vie moderne, n'est

malheureusement pas rare, mais toutefois exceptionnelle parmi

les populations européennes. Elle suppose une perversion

congénitale ou acquise du sens sexuel en même temps qu'une

défectuosité du sens moral acquise par des influences

héréditaires ou morbides.

La science médico-légale connaît exactement les conditions

physiques et psychiques sur la base desquelles se produit

cette aberration de la vie sexuelle et, dans un cas concret,

surtout lorsqu'il est douteux, il paraît nécessaire d'examiner

si ces conditions empiriques et subjectives existent aussi

pour la pédérastie.

À ce sujet, il faut bien distinguer entre la pédérastie active

et la passive. La pédérastie active se rencontre:

Étude Médico-Légale: Psychopathia Sexualis avec recherches spéciales sur l'inversion sexuelle · 第 70 / 88 题