SATYRIASIS ET NYMPHOMANIE

On a appelé satyriasis (chez l'homme) et nymphomanie (chez la femme),

des états d'excitation psychique dans lesquels l'instinct génital,

accentué d'une manière morbide, tient le premier rang.

Moreau est d'avis que ces états sont d'un genre à part: il a

certainement tort d'admettre cette théorie. La complexité des

symptômes sexuels n'est toujours qu'un phénomène partiel d'une

psychose générale (manie, folie hallucinatoire).

L'essentiel, dans l'état d'excitation sexuelle, est un état

d'hyperesthésie psychique, avec participation de la sphère sexuelle.

L'imagination ne présente que des scènes sexuelles, avec des

hallucinations et des illusions, et un vrai délire hallucinatoire.

Les représentations les plus indifférentes provoquent des allusions

sensuelles, et l'accentuation voluptueuse de ces représentations et de

ces perceptions est augmentée à un vif degré. L'objet de la conscience

morbide prend un empire sur tous les sentiments et toutes les

tendances de l'individu; et il y a alors une excitation physique

générale, semblable à celle qui a lieu pendant le coït. Souvent les

parties génitales sont en turgor constant (priapisme chez l'homme).

L'homme atteint de rage sexuelle cherche à satisfaire son instinct à

tout prix, et, par là, il devient très dangereux pour les personnes

de l'autre sexe. Faute de mieux, il se masturbe ou commet des actes

de sodomie. La femme nymphomane cherche à attirer les hommes par

exhibition ou par des gestes lascifs; la simple vue d'un homme lui

cause une surexcitation sexuelle démesurée qui se traduit ou par

la masturbation, ou par des mouvements du bassin, ou en se frottant

contre son lit.

Le satyriasis est rare. On remarque plus souvent des cas de

nymphomanie, mais moins souvent à la ménopause. Elle peut se produire

même dans la vieillesse.

L'abstinence alliée à une stimulation continuelle de la sphère

sexuelle par des irritations psychiques et périphériques (_pruritus

pudendi_, oxyures, etc.) peut provoquer ces états, mais selon toute

probabilité seulement chez des individus tarés[101].

[Note 101: Comparez les cas intéressants de Marc-Ideler, II, p.

131.--Ideler. _Grundriss der Seelenkeilkunde, II_, p. 488-492.]

En affirmant qu'elle peut se produire aussi à la suite de

l'intoxication par les cantharides, on paraît se baser sur une

confusion avec le priapisme. La sensation voluptueuse qui se manifeste

au début dans le _priapismus ab intoxicatione cantharidis_ se change

bientôt en une sensation contraire. Le satyriasis et la nymphomanie

sont des états morbides psycho-sexuels aigus.

Il existe du reste des cas qu'on pourrait non sans raison appeler des

cas chroniques de satyriasis ou de nymphomanie.

Il faut classer dans cette catégorie de malades les hommes qui,

dans la plupart des cas, après l'_abusus Veneris_, surtout par la

masturbation, souffrent de _neurasthenia sexualis_, mais ont en même

temps un libido sexuel très développé. Leur imagination est, de

même que dans les cas aigus, surchauffée, leur âme remplie d'images

malpropres, de sorte que les choses même les plus sublimes y sont

souillées par des images et des scènes cyniques.

Les pensées et les désirs de ces gens ne visent que la sphère

sexuelle, et, comme leur chair est faible, ils arrivent, aidés par

leur imagination, aux plus grandes perversités sexuelles.

On peut appeler nymphomanie chronique les états analogues chez les

femmes, états qui mènent naturellement à la prostitution. Legrand

du Saulle (_La folie_, p. 510) rapporte des cas intéressants qui

évidemment ne peuvent s'expliquer autrement.

Étude Médico-Légale: Psychopathia Sexualis avec recherches spéciales sur l'inversion sexuelle · 第 60 / 88 题