De même que dans les cas de manie non périodique, il se produit
souvent aussi dans les accès périodiques une manifestation nette ou
même une accentuation morbide de la sphère sexuelle.
Le cas suivant rapporté par Servaes (_Archiv. f. Psych._), nous montre
que le sentiment sexuel peut alors avoir un caractère pervers.
OBSERVATION 159.--Catherine W..., seize ans, non encore
menstruée. Le père est d'une nature coléreuse et emportée.
Sept semaines avant son admission (3 décembre 1872),
dépression mélancolique et irritabilité. Le 27 novembre, accès
de folie furieuse qui a duré deux jours. Ensuite de nouveau
mélancolique. Le 6 novembre, état normal.
Le 24 novembre (vingt-huit jours après le premier accès
de folie furieuse), elle est tranquille, déprimée. Le 27
décembre, état d'exaltation (gaîté, rire, etc.), avec
rut amoureux pour sa garde-malade. Le 31 décembre, accès
mélancolique subit qui disparaît après une durée de deux
heures. Le 20 janvier, nouvel accès tout à fait analogue au
premier. Accès pareil le 18 février, en même temps traces des
_menses_. La malade avait une amnésie absolue pour tout ce qui
s'était passé pendant ses paroxysmes et apprit en rougissant
et avec un grand étonnement le récit des faits passés.
À la suite elle eut encore des accès avortés mais qui, grâce
à la réglementation des _menses_, au mois de juin, ont fait
place à un complet bien-être psychique.
Dans un autre cas rapporté par Gock (_Archiv. f. Psych._), où il
s'agissait probablement d'une folie cyclique chez un homme chargé
de lourdes tares, il se produisit pendant l'état d'exaltation un
sentiment sexuel pour les hommes. Cet individu se prenait alors pour
une femme; l'on peut se demander si ce n'est pas plutôt la monomanie
du changement de sexe que l'inversion sexuelle elle-même qui provoqua
les idées sexuelles du malade.
On peut rapprocher de ces sortes de cas, avec manifestation morbide
de la vie sexuelle comme phénomène partiel d'une manie, ceux plus
intéressants où un sentiment sexuel morbide et souvent pervers ne se
fait jour que sous forme d'accès périodiques, et constitue un état
analogue à la dipsomanie, accès qui sont le noyau de tous les troubles
psychiques, tandis que, dans les périodes d'intervalle, l'instinct
génital n'a ni une intensité anormale ni un caractère pervers.
Un cas assez net de cette _psychopathia sexualis_ périodique, liée au
processus de la menstruation, a été rapporté par Anjel (_Archiv. f.
Psych._, XV, fascicule 2).
OBSERVATION 160.--Dame tranquille, arrivant à la ménopause.
Lourdes tares héréditaires. Pendant sa jeunesse accès de petit
mal. Toujours excentrique, violente; principes moraux rigides;
mariage sans enfants.
Il y a plusieurs années, après de fortes émotions morales,
accès hystéro-épileptique; ensuite, pendant plusieurs
semaines, trouble mental post-épileptique. Puis insomnie
pendant plusieurs mois. À la suite, parfois, insomnies dues
à la menstruation et impulsion _pueros decimum annum nondum
agentes allicere, osculari et genitalia eorum tangere_. À
l'heure actuelle il n'y a pas de désir du coït et pas du tout
de désirs de se rapprocher d'un homme adulte.
La malade parle parfois franchement de cette impulsion,
demande à être surveillée, car elle ne pourrait pas répondre
d'elle. Dans les intervalles, elle évite anxieusement toute
conversation sur ce sujet, elle est très décente et n'a de
besoins sexuels d'aucun genre.
Pour ces cas encore peu connus de _psychopathia sexualis_ périodique,
Tarnowsky (_op. cit._, p. 38) a fourni des documents précieux; mais
les cas qu'il rapporte n'ont pas tous un caractère de périodicité.
Il cite des cas où des hommes mariés très bien élevés, et pères de
famille, étaient de temps en temps forcés de se livrer aux actes
sexuels les plus abominables, tandis que, dans les périodes
d'intervalle, ils étaient sexuellement normaux, abhorraient les actes
commis dans leur paroxysme et frémissaient en pensant au retour de
nouveaux accès auxquels ils devaient s'attendre.
Quand le paroxysme éclatait, le sentiment sexuel normal disparaissait;
il se produisait un état de surexcitation psychique accompagné
d'insomnie, avec idées et obsessions d'exécuter des actes sexuels
pervers, avec oppression anxieuse et impulsion de plus en plus forte à
des actes sexuels habituellement abhorrés par l'individu, mais dans
ce moment considérés comme une délivrance, puisqu'ils devaient faire
disparaître l'état anormal.
L'analogie avec les dipsomanes est parfaite. Pour d'autres cas
(concernant la pédérastie périodique), consulter Tarnowsky (_op.
cit._, p. 41). Le cas 46 qui y est rapporté peut être classé dans la
catégorie des épileptiques.
Le cas suivant, rapporté par Anjel (_Archiv. f. Psych._, XV, fascicule
2) est un des plus caractéristiques pour la manifestation périodique
de l'excitation sexuelle morbide.
OBSERVATION 161.--Homme de classe sociale supérieure,
quarante-cinq ans, très aimé de tout le monde, sans tare, très
estimé, d'une moralité rigoureuse, marié depuis quinze ans,
ayant eu autrefois des rapports sexuels normaux, père de
plusieurs enfants bien portants, vivant de la meilleure vie
conjugale, eut, il y a huit ans, une peur terrible. À la
suite de cet incident il eut pendant plusieurs semaines une
oppression angoissante, des palpitations de coeur. Ensuite
vinrent des accès singuliers à des intervalles de plusieurs
mois et même d'une année, accès que le malade appelle son
«rhume de cerveau moral». Il perd le sommeil; au bout de trois
jours perte de l'appétit, irritation d'humeur croissante, air
troublé, regard fixe, regarde devant lui un point fixe, grande
pâleur alternant avec la rougeur, tremblement des doigts,
yeux rouges et luisants avec une expression singulière de
lubricité, langage violent et précipité. Impulsion pour les
petites filles de cinq à dix ans, même ses propres filles.
Prière adressée à sa femme de mettre ses filles en sûreté.
Dans cet état, le malade se renferme dans sa chambre pendant
des jours entiers. Autrefois il avait l'obsession de guetter
dans les rues les petites filles sortant de l'école, et il
éprouvait une satisfaction particulière _iis præsentibus
genitalia nudare, se mingentem fingens_.
De crainte de scandale il se renferme dans sa chambre,
médite en silence, incapable de mouvement, de temps en temps
tourmenté par des idées angoissantes. La conscience ne semble
pas être troublée. Durée des accès: huit à quatorze jours.
Causes du retour inexplicables. Amélioration subite; grand
besoin de dormir; après la satisfaction de ce besoin, il
se sent très bien. Dans l'intervalle rien d'anormal. Anjel
suppose l'existence d'une base épileptique, et il considère
les accès comme l'équivalent psychique d'une crise
épileptique.