L'inversion sexuelle n'a eu pour la science jusqu'à ces derniers
temps qu'un intérêt anthropologique, clinique et médico-légal; on est
arrivé, grâce aux recherches plus récentes, à pouvoir penser aussi à
la thérapie de cette anomalie funeste qui, chez l'individu atteint,
constitue un si grave préjudice au point de vue moral, physique et
social.
La première condition d'une intervention thérapeutique, c'est la
différenciation exacte entre les cas de maladie acquise et ceux de
maladie congénitale, et le classement d'un cas concret dans une des
catégories qu'on a pu définir par la voie de l'empirisme scientifique.
Le diagnostic entre les cas acquis et congénitaux n'offre pas de
difficultés au début.
Si l'_inversio sexualis_ est déjà déclarée, l'étude rétrospective du
cas donnera les éclaircissements nécessaires sur la maladie.
La conclusion importante, au point de vue du pronostic, c'est-à-dire
de savoir s'il y a inversion congénitale ou acquise, ne peut dans ces
cas se déduire que d'une anamnèse minutieuse.
Il serait de la plus grande importance, pour juger du caractère
congénital de l'anomalie, d'établir si l'inversion sexuelle existait
longtemps avant que l'individu se soit livré à la masturbation. Une
enquête dans ce sens se butte à une difficulté: la possibilité d'une
indication inexacte de l'époque (erreur de mémoire).
Prouver que le sentiment hétérosexuel a existé avant la période
de début de l'auto-masturbation ou de l'onanisme mutuel, est chose
importante pour la constatation d'une inversion sexuelle acquise.
En général, les cas acquis sont caractérisés de la façon suivante:
1º Le sentiment homosexuel ne se montre dans la vie de l'individu
que secondairement, et peut être dû parfois à des incidents qui ont
troublé la satisfaction sexuelle normale (neurasthénie onaniste, états
psychiques).
Il est cependant probable que dans ce cas, malgré un libido sensuel et
grossier, les sentiments et les penchants pour l'autre sexe, surtout
au point de vue de l'affection psychique et du sens esthétique, ne
reposent _ab origine_ que sur une base très faible.
2º Tant que l'inversion sexuelle ne s'est pas manifestée par des
faits, le sentiment homosexuel est jugé par la conscience comme
vicieux et morbide, et l'individu ne s'abandonne que faute de mieux à
cette anomalie.
3º Le sentiment hétérosexuel reste pendant longtemps prédominant, et
l'individu ressent péniblement l'impossibilité de le satisfaire. Ce
sentiment s'efface à mesure que le sentiment homosexuel se fait de
plus en plus fort.
Dans les cas congénitaux, au contraire, on observe les phénomènes
suivants:
_a_) Le sentiment homosexuel vient en première ligne et domine la
_vita sexualis_. Il apparaît comme une satisfaction naturelle et
prédomine aussi dans les songes de l'individu.
_b_) Le sentiment hétérosexuel a manqué de tout temps, ou si, dans le
cours de la vie de l'individu, il se manifeste aussi (hermaphrodisme
psycho-sexuel), il n'est qu'un phénomène épisodique, ne trouve pas de
racines dans l'âme de l'individu, et n'est qu'un moyen accidentel pour
satisfaire des impulsions sexuelles.
D'après ce qui procède, la différenciation entre les divers autres
groupes d'invertis congénitaux et les cas d'inversion acquise ne
rencontrera guère de difficultés.
Le pronostic des cas d'inversion sexuelle acquise est de beaucoup
plus favorable que celui des cas congénitaux. Dans les premiers, c'est
vraisemblablement l'effémination complète, la transformation psychique
de l'individu dans le sens de ses sentiments sexuels pervers qui
constitue la limite au delà de laquelle il n'y a plus rien à espérer
pour la thérapeutique. Dans les cas congénitaux, les diverses
catégories énumérées dans ce livre représentent autant de degrés
divers de la tare psychosexuelle, et la guérison n'est possible
qu'avec la catégorie des hermaphrodites, et seulement probable (voir
plus loin le cas de Schrenk-Notzing) dans les états de dégénérescence
plus grave.
La prophylaxie de ces états n'en serait que plus importante:
empêchement pour les congénitaux de procréer de pareils malheureux;
préservation pour les invertis acquis des influences nuisibles qui,
d'après l'expérience, pourraient amener cette fatale aberration du
sentiment sexuel.
D'innombrables héréditaires deviennent la proie de ce triste mal,
parce que les parents et les précepteurs ne se doutent même pas
des dangers que la masturbation peut avoir pour les enfants, sur un
terrain pareil.
Dans beaucoup d'écoles et de pensionnats il y a pour ainsi dire un
apprentissage de la masturbation et de l'impudicité. Aujourd'hui on se
préoccupe trop peu de la situation physique et morale des élèves.
S'acquitter du programme d'études, voilà la principale chose.
Qu'importe si en même temps maint élève sombre au physique et au
moral!
Avec une pruderie ridicule on cache d'un voile épais aux jeunes gens
qui grandissent la vita sexualis: mais on ne fait pas la moindre
attention aux mouvements de leur instinct génital. Combien peu de
médecins sont consultés par leurs clients souvent les plus lourdement
tarés pendant la période de développement des enfants.
On croit tout devoir abandonner à la nature. Par moments celle-ci
s'agite trop violemment et conduit par des voies dangereuses les
jeunes gens qui manquent de conseils et de secours.
Il ne nous paraît pas à propos d'approfondir ici le côté
prophylactique de la question[96].
[Note 96: Les paroles suivantes, que m'a écrites le malade de
l'observation 88 de la 6e édition, sont dignes d'attention sous le
rapport de la prophylaxie: «Si jamais on arrivait, non pas à détruire,
comme chez les Spartiates, les jeunes gens malingres pour avoir
une bonne sélection dans le sens des idées darwiniennes, mais à
reconnaître notre inversion sexuelle à l'âge de notre première
jeunesse, on pourrait peut-être, pendant cette période, guérir par
la suggestion, la pire de toutes les maladies! Il est probable que la
guérison pourrait être plus facilement obtenue dans la jeunesse que
plus tard.»]
Les parents et les précepteurs trouveront beaucoup d'indications et
d'instructions dans ce livre ainsi que dans les nombreux ouvrages
scientifiques sur la masturbation.
Voici les points à remplir dans le traitement de l'inversion sexuelle:
1º Combattre l'onanisme ainsi que les autres éléments nuisibles à la
_vita sexualis_.
2º Suppression de la névrose (_neurasthenia sexualis_ et
_universalis_) produite par des conditions anti-hygiéniques de la
_vita sexualis_.
3º Traitement psychique pour combattre les sentiments et les
impulsions homosexuels et développer le penchant hétérosexuel.
Le point principal de l'action devra viser à remplir la troisième
indication, surtout contre l'onanisme.
L'accomplissement des points 1 et 2 du programme ne suffira que dans
des cas très rares, quand l'inversion sexuelle acquise n'est pas
encore arrivée à un état avancé. Le cas suivant rapporté par l'auteur
dans le l'_Irrenfreund_ de 1884, nº I, en fournit un exemple.
OBSERVATION 132.--Z... 51 ans, de mère psychopathe, a été mis
dans son jeune âge à l'école des cadets où il a été entraîné à
l'onanisme. Il se développa bien au physique; il avait le sens
sexuel normal, et devint à l'âge de dix-sept ans légèrement
neurasthénique à la suite de pratiques de masturbation; il eut
des rapports sexuels avec des femmes et en éprouva du plaisir,
se maria à l'âge de vingt-cinq ans, mais fut atteint un an
plus tard de malaises neurasthéniques accentués et perdit
alors tout à fait son inclination pour le sexe féminin. Elle
fut remplacée par l'inversion sexuelle. Impliqué dans un
procès de haute trahison, il passa deux ans en prison et
ensuite cinq ans en Sibérie. Pendant ces sept années, la
neurasthénie et l'inversion sexuelle s'aggravèrent sous
l'influence de la masturbation continuelle. À l'âge de
trente-cinq ans, rendu à la liberté, le malade a dû depuis
visiter toutes sortes de stations thermales, à cause de ses
malaises neurasthéniques très avancés. Pendant cette
longue période, son sentiment sexuel anormal n'a subi aucun
changement. Il vivait pour la plupart du temps séparé de
sa femme, qu'il estimait beaucoup pour ses qualités
intellectuelles, mais qu'il fuyait parce qu'elle était femme,
de même qu'il évitait les contacts avec tout être féminin.
Son inversion sexuelle était purement platonique. L'amitié,
l'accolade cordiale, un baiser, lui suffisaient. Des
pollutions occasionnelles se produisaient sous l'influence de
rêves érotiques où il s'agissait toujours de personnes de son
propre sexe. Pendant la journée aussi, la plus belle femme
le laissait froid, tandis que la seule vue de beaux hommes
provoquait chez lui de l'érection et de l'éjaculation. Au
cirque et au bal il n'y avait que les athlètes et les
danseurs qui l'intéressaient. Dans ses périodes de plus grande
émotivité, l'aspect même des statues d'hommes lui provoquait
du l'érection. Incidemment il retomba à son ancien vice, à la
masturbation. Homme délicat de sentiment et cultivé au point
de vue esthétique, il avait la pédérastie en horreur. Il
considéra toujours son sentiment sexuel pervers comme quelque
chose de morbide, sans s'en estimer malheureux, étant donné
son libido et sa puissance manifestement affaiblis.
Le _status præsens_ a montré les symptômes ordinaires de
la neurasthénie. La taille, l'attitude et le vêtement ne
présentaient rien d'étrange. Le massage électrique eut un
succès extraordinaire. Au bout de quelques séances, le malade
était très ragaillardi au physique et au moral. Après vingt
séances, le _libido_ s'est réveillé de nouveau, non dans le
sens qu'il avait jusqu'ici, mais avec une tendance normale,
la même que le malade eut jusqu'à l'âge de vingt-cinq ans. À
partir de ce moment ses rêves érotiques n'eurent pour objet
que la femme, et un jour le malade me raconta avec joie qu'il
avait fait le coït et qu'il y avait éprouvé le même plaisir
qu'il y a vingt-six ans. Il cohabitait de nouveau avec sa
femme et espérait être délivré pour jamais de la neurasthénie
et de l'inversion sexuelle. Cette espérance s'est justifiée
pendant les six mois que j'ai encore eu l'occasion d'observer
le malade.
Ordinairement le traitement physique, même soutenu par la thérapie
morale, par des conseils énergiques d'éviter la masturbation, de
supprimer les sentiments homosexuels et d'éveiller les tendances
hétérosexuelles, ne suffit pas, même dans les cas d'inversion sexuelle
acquise.
Seul le traitement psychique--la suggestion--peut être efficace.
L'observation suivante montre un exemple intéressant et réconfortant
du succès obtenu par l'autosuggestion dans les formes atténuées de
l'anomalie.
OBSERVATION 133.--_Autobiographie d'un hermaphrodite
psychique.--Lutte victorieuse de l'individu contre ses
penchants homosexuels_.
Mon père a eu une attaque d'apoplexie, mais il guérit en
gardant une légère déviation de la figure. Ma mère était très
anémique et très mélancolique. Tous deux ont beaucoup souffert
d'hémorrhoïdes; mon père leur attribuait les maux de reins
dont il souffrait par moments, même après son mariage.
Je suis, si j'ose m'exprimer ainsi, un caractère passif. Étant
enfant je m'abandonnais à toutes sortes d'imaginations (les
religieuses y compris). Je mouillais mes draps et pendant mon
sommeil je m'amusais avec mes parties génitales, jusqu'au jour
où mon père, pour m'en empêcher, m'attacha les mains. (J'étais
à cette époque tout enfant et je ne me masturbais pas.) J'ai
toujours été timide et maladroit dans mes rapports avec les
autres. À l'âge d'environ quatorze ou quinze ans je fus poussé
à l'onanisme. L'impulsion et les désirs pour la femme qui
se sont manifestés lors de l'éveil de mon sentiment sexuel,
n'étaient au fond que de nature platonique; d'ailleurs je
n'avais pas d'occasions de me mettre en relation avec
des dames. À l'âge d'environ dix-huit ans j'ai essayé de
satisfaire d'une façon naturelle mon besoin sexuel, plutôt
poussé par la curiosité que par une impulsion intérieure. Sans
avoir eu jamais d'inclination pour la femme, j'ai depuis ce
temps satisfait mon besoin par des rapports sexuels chaque
fois que j'en ai eu l'occasion.
Peu après la période de la puberté, je devins très anémique
et je paraissais plus que mon âge. Alors des pensées
mélancoliques et des idées étranges se firent jour.
J'éprouvais une vraie volupté à me représenter dans l'état de
la plus grande humiliation possible. Il peut être intéressant
d'ajouter encore qu'à cette époque je luttais contre des
doutes religieux et que ce n'est que plus tard que j'ai trouvé
le courage de me placer au-dessus de la religion. Je tombais
amoureux des jeunes gens. Au commencement je résistai à ces
idées, mais plus tard elles sont devenues si puissantes que je
suis devenu un véritable uraniste. Les femmes me paraissaient
n'être que des êtres humains de seconde classe. J'étais dans
un état d'esprit désolant. Avec une lassitude de la vie,
des tendances à la misanthropie s'installèrent dans mon âme
malade. Un jour je lus l'ouvrage: _Was will das werden?_
(Qu'adviendra-t-il?) Et avant que j'aie pu m'en rendre compte,
j'étais devenu démocrate-socialiste, mais dans le sens idéal.
La vie avait de nouveau une valeur pour moi, car j'avais
un idéal: la lutte pacifique pour le relèvement social du
prolétariat. Cela produisit une puissante révolution dans
mon être. Comme dans mes meilleurs jours (à l'âge de seize
et dix-sept ans), je m'enthousiasmais pour l'art et notamment
pour le théâtre. À l'heure qu'il est, je travaille à un drame
et à une comédie, et je roule dans ma tête de grandes idées.
J'ai lu une remarque de Schlegel que Sophocle devait son
énergie et sa puissance de travail aux exercices physiques,
son sens artistique à la musique. Puis un autre passage:
«L'auteur dramatique doit être avant tout d'une intelligence
intacte.» Cela me tomba comme une lourde pierre sur l'âme; car
mes sentiments sexuels invertis ne pouvaient être sortis d'un
esprit sain et droit.
Je conçus alors l'idée de me faire traiter par l'hypnotisme,
mais la honte m'en empêcha. Je me dis alors que je devais
être, au fond, un être lâche et bien faible pour avoir si
peu de confiance en moi-même et je résolus sérieusement de
supprimer mes désirs uranistes. En même temps, je combattis
par un régime rationnel ma nervosité. Je faisais des parties
de canot; je fréquentais la salle d'armes, je marchais
beaucoup en plein air, et j'eus la joie, en me réveillant un
matin, de me trouver comme un homme tout à fait transformé.
Quand je pensais à mon passé entre vingt et vingt-six ans, il
me semblait que, pendant cette période, un homme tout à fait
étranger et dégoûtant avait logé dans ma peau.
J'étais tout étonné que le plus bel écuyer, le camionneur de
bière le plus vigoureux ne m'inspirassent plus aucun intérêt;
les musculeux tailleurs de pierres même me laissaient froid.
J'avais du dégoût en pensant que de pareils gens avaient pu
me sembler beaux. Ma confiance en moi-même s'augmente; je suis
très bon, c'est vrai, mais je suis d'un caractère foncièrement
actif. Mon extérieur s'est continuellement amélioré depuis
l'âge de vingt ans. J'ai maintenant l'air que comporte mon
âge. J'ai, c'est vrai, des rechutes dans mes désirs uranistes,
mais je les supprime avec énergie. Je ne satisfais mon
_libido_ que par le coït, et j'espère qu'en continuant ce
genre de vie rationnel l'envie du coït s'accroîtra.
Ordinairement c'est la suggestion par un tiers et la suggestion
provoquée par l'hypnose qui offrira des chances de succès.
Dans ces cas la suggestion posthypnotique doit désuggérer l'impulsion
à la masturbation ainsi que les sentiments homosexuels, et, d'autre
part, inculquer au malade la confiance dans sa puissance et lui donner
des penchants hétérosexuels.
La condition première est naturellement la possibilité d'amener une
hypnose suffisamment profonde. C'est précisément ce qui ne réussit
pas souvent chez les neurasthéniques; car ils sont trop excités,
embarrassés, et peu en état de pouvoir concentrer leur idées.
Ainsi dans un cas que j'ai rapporté (T. I, fascicule II, p. 58 de
_Internationale Centralblatt für die Physiologie und Pathologie der
Harn und Sexualorgane_), je n'ai pas réussi à obtenir l'hypnose bien
que le malade la désirât vivement et fît tout son possible pour y
parvenir.
Étant donnés les bienfaits énormes qu'on peut rendre à ces malheureux,
quand on se rappelle le fait de Ladame (voir plus loin), on devrait
dans de pareils cas faire tout son possible pour forcer l'hypnose,
seul moyen de salut. Le résultat fut satisfaisant dans les trois cas
suivants.
OBSERVATION 134. (_Inversion sexuelle acquise par la
masturbation._)--M. X..., négociant, vingt-neuf ans.
Les parents du malade étaient bien portants. Dans la famille
du père, aucune trace de nervosité.
Le père était un homme irritable et morose. Un frère du père
avait été un viveur et est mort célibataire.
La mère est morte à sa troisième couche, le malade avait six
ans; elle avait une voix grave et rauque, plutôt virile, et
était très brusque dans ses allures.
Parmi les enfants nés de cette union, il y a un frère du
malade qui est irritable, mélancolique et indifférent aux
femmes.
Étant enfant, le malade eut une rougeole avec délire. Jusqu'à
l'âge de quatorze ans, il était gai et sociable; à partir de
cette époque, il est devenu calme, solitaire, mélancolique.
La première trace de sentiment sexuel s'est fait remarquer
à l'âge de dix à onze ans; il fut alors initié par d'autres
garçons à l'onanisme et pratiqua avec eux l'onanisme mutuel.
À l'âge de treize à quatorze ans il eut sa première
éjaculation. Jusqu'à il y a trois mois, le malade ne s'est
aperçu d'aucune conséquence fâcheuse de l'onanisme.
À l'école il apprenait avec facilité; parfois il avait des
maux de tête. À partir de l'âge de vingt ans, il a eu des
pollutions, bien qu'il se masturbât tous les jours. Quand il
avait des pollutions, il rêvait de scènes d'accouplement; il
voyait comment l'homme et la femme accomplissaient l'acte. À
l'âge de dix-sept ans, il a été amené par un homme homosexuel
à pratiquer l'onanisme mutuel. Il y a éprouvé de la
satisfaction, car il a toujours eu d'énormes besoins sexuels.
Il s'est passé un temps assez long avant que le malade ait
cherché une nouvelle occasion d'avoir des rapports avec un
homme. Il s'agissait seulement pour lui de se débarrasser de
son sperme.
Il n'éprouvait ni amitié, ni amour pour les personnes avec
lesquelles il entretenait des rapports. Il n'éprouvait de
satisfaction que lorsqu'il était dans le rôle actif et qu'on
le manustruprait. Une fois l'acte accompli, il n'avait que du
mépris pour l'individu. Quand, avec le temps, le personnage
lui inspirait de l'estime, il cessait les relations. Plus
tard, il lui fut indifférent de se masturber ou d'être
masturbé. Quand il se masturbait lui-même, il pensait toujours
à la main des hommes sympathiques qui l'onanisaient. Il
préférait les mains dures et rugueuses.
Le malade croit que, sans la séduction, il se serait dirigé
dans les voies de la satisfaction naturelle de l'instinct
génital. Il n'a jamais éprouvé de l'amour pour son propre
sexe, mais il s'est plu à l'idée de cultiver l'amour avec des
hommes. Au commencement il a eu des émotions sensuelles en
face de l'autre sexe. Il aimait à danser; il se plaisait
avec les femmes, mais il regardait plutôt leur corps que leur
figure. Il avait eu aussi des érections en voyant une femme
sympathique, il n'a jamais essayé de faire le coït, car il
craignait l'infection; il ignore même s'il serait puissant en
présence d'une femme. Il croit que tel ne serait pas le cas,
car ses sentiments pour les femmes se sont refroidis, surtout
depuis cette dernière année.
Tandis qu'auparavant, dans ses rêves érotiques, il avait des
représentations d'hommes et de femmes, plus tard, il ne rêvait
plus que de rapprochements avec des hommes. Il ne peut se
rappeler d'avoir, ces années dernières, rêvé de rapports
sexuels avec une femme. Au théâtre, ce sont toujours les
figures féminines qui l'intéressent, de même au cirque et
au bal. Dans les musées, il se sent également attiré par les
statues masculines et féminines.
Le malade fume beaucoup, boit de la bière, aime la compagnie
des messieurs, est gymnaste et patineur. Les manières fates
lui ont toujours été odieuses; il n'a jamais eu le désir de
plaire aux hommes, mais plutôt le désir de plaire aux dames.
Il ressent péniblement son état actuel, l'onanisme ayant pris
trop d'empire. L'onanisme qui, autrefois, était inoffensif,
montre maintenant ses effets nuisibles.
Depuis le mois de juillet 1889, il souffre de névralgie des
testicules; la douleur se fait sentir surtout pendant la nuit;
il a souvent des tremblements la nuit, (irritabilité réflexe
exagérée): le sommeil ne le repose pas; le malade s'éveille
avec des douleurs dans les testicules. Il est maintenant
porté à se masturber plus souvent qu'autrefois. Il a peur de
l'onanisme. Il espère que sa vie sexuelle pourra encore être
ramenée dans les voies normales. Il pense à l'avenir; il a
même déjà noué une liaison avec une demoiselle qui lui
est sympathique, et l'idée de l'avoir comme épouse lui est
agréable.
Depuis cinq jours il s'est abstenu de l'onanisme, mais il
ne croit pas qu'il serait capable d'y renoncer par sa propre
force. Ces temps derniers, il était très abattu, n'avait plus
envie de travailler, se sentait las de la vie.
Le malade est grand, vigoureux, bien bâti, très barbu. Le
crâne et le squelette sont normaux.
Réflexes profonds très accentués, pupilles plus larges que
la moyenne, égales, réagissant très promptement. Carotides
de calibre égal. _Hyperæsthesia urethræ_. Les cordons
spermatiques et le testicule ne sont pas sensibles; les
parties génitales sont tout à fait normales.
On rassure le malade; on le console par l'espoir d'un avenir
heureux à la condition qu'il renonce à l'onanisme et qu'il
reporte son sentiment actuel pour son propre sexe vers les
femmes.
Ordonnance: demi-bains (24--20° R.), antipyrine, 1 gr. _pro
die_; le soir 4 grammes de bromure de potassium.
13 décembre. Le malade vient tout effrayé et troublé à la
consultation, disant qu'il ne pourra par sa propre force
résister à l'onanisme; il prie qu'on l'aide.
Un essai d'hypnose plonge la malade dans un profond
engourdissement.
Il reçoit les suggestions suivantes:
1º Je ne puis, ne dois et ne veux plus faire de l'onanisme;
2º J'ai en horreur l'amour pour mon propre sexe et je ne
trouverai plus beau aucun homme;
3º Je veux guérir et je guérirai; j'aimerai une brave femme,
je serai heureux et je la rendrai heureuse.
14 décembre. Le malade, en se promenant, a vu un bel homme et
s'est senti puissamment attiré vers celui-ci.
À partir de ce moment, tous les deux jours, séances
hypnotiques avec les suggestions sus-indiquées. Le 18
décembre, (quatrième séance) on réussit à obtenir le
somnambulisme. L'impulsion à l'onanisme et l'intérêt pour les
individus masculins diminuent.
Dans la huitième séance, on ajoute aux suggestions
sus-mentionnées celle de la «puissance complète». Le malade se
sent moralement relevé et physiquement renforcé. La névralgie
des testicules a disparu. Il trouve qu'il est maintenant au
zéro du sentiment sexuel.
Il croit être débarrassé de la masturbation et de l'inversion
sexuelle.
Après la onzième séance, il déclare n'avoir plus besoin des
séances médicales. Il veut rentrer chez, lui et épouser une
fille. Il se sent tout à fait bien portant et puissant. Le
malade est renvoyé au commencement du mois de janvier 1890.
En mars 1890, le malade m'écrit: «J'ai eu depuis encore
quelquefois besoin de rassembler toutes mes forces morales
pour combattre mon ancienne habitude et Dieu merci! j'ai
réussi à me délivrer de ce mal. Plusieurs fois déjà j'ai pu
accomplir le coït et j'y ai éprouvé un plaisir assez sérieux.
Je compte avec tranquillité sur l'avènement d'un avenir
heureux.»
OBSERVATION 135. (_Inversion sexuelle acquise. Amélioration
notable par le traitement hypnotique._)--M. P..., né en 1803,
employé d'un établissement industriel, est issu d'une famille
de patriciens très considérée en Allemagne centrale, famille
dans laquelle la nervosité et les maladies mentales étaient
fréquentes.
L'aïeul du côté paternel et sa soeur sont morts aliénés, la
grand'mère est morte d'apoplexie, le frère du père est
mort fou, la fille de ce dernier a péri d'une tuberculose
cérébrale; le frère de la mère s'est suicidé dans un accès de
folie. Le père du malade est très nerveux; un frère aîné est
gravement atteint de neurasthénie compliquée d'anomalie de la
_vita sexualis_; un autre frère est l'objet de l'observation
118 de la sixième édition de la _Psychopathia sexualis_, un
troisième frère a une conduite excentrique et aurait, dit-on,
des monomanies; une soeur souffre de crampes, une autre
soeur est morte en bas âge de convulsions.
Le malade est taré, car dès sa première jeunesse, il était
très bizarre, irritable, emporté; il faisait à son entourage
l'impression d'un individu anormal.
De très bonne heure, la _vita sexualis_ se manifesta chez lui
violemment, il est venu à l'onanisme sans y être entraîné. À
partir de l'âge de seize ans, ce garçon, très développé pour
son âge, fréquentait les bordels de la capitale, profitant de
ses sorties du dimanche et des jours de fêtes. Il faisait le
coït avec plaisir, et pendant les jours de la semaine, il se
satisfaisait par l'onanisme. À partir de l'âge de vingt
ans, le malade, devenu indépendant, fit des excès avec des
prostituées; il fut à la suite atteint de _neurasthenia
sexualis_, devint relativement impuissant, et ne trouva
plus de satisfaction dans le coït, à cause de sa faiblesse
d'érection et de l'_ejaculatio præcox_. Son _libido sexualis_
devint plus puissant que jamais; il le satisfaisait par
l'onanisme. Au commencement de l'année 1888, le malade fit la
connaissance d'un jeune homme.
«Par sa figure agréable, ses manières câlines et les belles
formes extérieures de son corps, il s'acquit toute mon
affection. J'avais le désir de lui adresser la parole et je me
réjouissais d'avance du moment où je pourrais le voir, j'étais
tout à fait amoureux de lui. Avec cette passion s'éteignit mon
amour pour les femmes. Cet homme pouvait m'exciter à un
tel point que pendant des minutes, je sentais ma mémoire
s'évanouir et que je ne pouvais que balbutier.
«Bientôt après, je fis la connaissance d'un monsieur qui
m'était sympathique aussi et qui devait avoir une influence
décisive sur le reste de ma vie. Il était homosexuel. Je lui
avouai que je n'éprouvais plus que du dégoût pour le sexe
féminin et que je me sentais attiré vers l'homme.
«Un jour que je demandais à mon camarade comment il s'y
prenait pour amener des soldats à se livrer à lui, il me
répondit que la principale chose était d'avoir de l'aplomb et
qu'alors on pouvait faire marcher n'importe qui. Vers la
fin de 1888, me rappelant ce conseil, je me rapprochai d'un
brosseur d'officier qui m'avait puissamment excité, bien que
jamais aucune éjaculation n'en eût résulté. Voyant que ce
soldat ne voulait pas se livrer, je n'insistai plus auprès de
lui. _Alium quondam militem in cubiculum allectum rogavi ut,
veste exuta, mecum in lectum concumberet. Rogatus fecit quæ
volui et alter alterius penem trivit_.
«Bien qu'après ce succès heureux j'aie encore abusé de
beaucoup de gens, je n'étais pour ainsi dire amoureux que d'un
seul. C'était un très joli garçon de dix-sept ans. Sa voix me
semblait si caressante, ses manières étaient si convenablement
tendres, qu'aujourd'hui encore je ne puis l'oublier. Dans mes
rêves je ne m'occupais que de beaux jeunes gens et souvent
ma sensualité réveillée m'empêchait de dormir des nuits
entières».
Au commencement de l'année 1889, les manières du malade
éveillèrent des soupçons d'amour homosexuel. Une dénonciation
dont il était menacé, le déprima profondément et il songea
à se suicider. Sur le conseil du médecin de la famille, il
partit pour la capitale. Comme le malade était incapable
de renoncer par sa propre volonté à ses goûts habituels, on
commença à lui appliquer le traitement hypnotique. On n'obtint
qu'un léger engourdissement qui n'eut qu'un succès minime,
étant données les séductions des anciens amants dans la
proximité desquels le malade se trouvait.
À cette époque, il ne manquait pas encore de principes moraux
solides. La situation s'améliora grâce à l'idée de sa famille
désolée, et par la crainte d'une poursuite judiciaire dont il
était sérieusement menacé.
Le malade se décida à essayer de se soumettre au traitement de
l'auteur de ce livre.
J'ai trouvé en lui un homme délicat, pâle, gravement
neurasthénique, qui désespérait de son avenir, mais qui
n'avait aucun stigmate extérieur de dégénérescence. Le malade
reconnaissait qu'il se trouvait dans une fausse position et
semblait vouloir faire tout son possible pour redevenir un
homme honnête et convenable.
Il regrettait profondément sa perversion sexuelle qu'il
jugeait comme morbide, mais qu'il croyait acquise. Il ne me
cacha nullement qu'en présence de jeunes gens il n'était plus
maître de lui et qu'il ne pouvait pas garantir non plus de
pouvoir s'abstenir de l'onanisme auquel il était forcé d'avoir
recours faute de mieux. Seule une volonté puissante pourrait
par suggestion l'en préserver.
Son amour homosexuel a consisté jusqu'ici exclusivement en
onanisme mutuel; l'érection ne se produit chez lui qu'au
contact des hommes aimés; l'éjaculation a lieu très tôt, mais
l'accolade seule ne suffit pas pour la provoquer. Il ne
s'est pas senti dans un rôle sexuel particulier vis-à-vis de
l'homme. Les parties génitales et les organes végétatifs sont
normaux.
En dehors des dispositions pour un traitement _contra
neurastheniam_, on a commencé, le 8 avril 1890, un traitement
hypnotico-suggestif.
L'hypnose réussit facilement par le simple regard et la
suggestion verbale. Après une demi-minute, le malade tomba
dans un profond engourdissement avec attitude cataleptiforme
des muscles. Le réveil eut lieu en lui suggérant qu'il se
réveillerait en comptant jusqu'à trois. Parfois, on pouvait
obtenir des suggestions post-hypnotiques. Les suggestions
intra-hypnotiques avaient pour sujet:
1º Défense de s'onaniser;
2º Ordre formel de considérer l'amour homosexuel comme
méprisable, dégoûtant et impossible;
3º Ordre de ne trouver de beauté que chez les dames, de
s'approcher d'elles, de rêver d'elles, de sentir du _libido_
et de l'érection à leur aspect.
Les séances ont eu lieu quotidiennement. Le 14 avril,
le malade m'annonça avec contentement et une sorte de
satisfaction morale qu'il a fait le coït avec plaisir et qu'il
avait éjaculé tardivement.
Le 16, il se sentit exempt de tendances onanistes, attiré vers
la femme et tout à fait indifférent envers les hommes. Il rêve
de charmes féminins et a des rapports avec des femmes.
Le 1er mai, le malade paraît tout à fait normal sexuellement
et il se sent comme tel. Il est devenu au physique un tout
autre homme, plein de courage et de confiance en lui-même.
Il fait le coït normal avec une satisfaction parfaite et il se
croit à l'abri de toute rechute.
Dans une lettre écrite plus tard M. P... dit:
«Ce qui n'est pas autrement remarquable, c'est que je suis
toujours délivré de ces aberrations. La seule chose qui me
rappelle encore cette période sombre, ce sont les rêves, rares
il est vrai, de mon passé désolé que je n'ai pas le pouvoir de
bannir et qui parfois occupent même agréablement mes pensées.
Par ma propre volonté, je l'espère, je réussirai pourtant
à m'en débarrasser bientôt tout à fait. Dans le cas où je
redeviendrais faible, vos exhortations instantes, j'en suis
sûr, feront que je résisterai avec énergie et que je ne
succomberai point.»
Le 20 octobre 1890 P... m'écrivait:
«Je suis complètement guéri de l'onanisme et l'amour
homosexuel ne trouve plus de sympathie en moi. Mais la
puissance complète ne semble pas encore rétablie, bien que je
vive avec un régime très réglé. Toutefois je me sens content.»
OBSERVATION 136. (_Inversion sexuelle acquise._)--Z...,
fonctionnaire, trente-deux ans, né d'une mère hystéropathe.
La mère de la mère souffrait également d'hystérie, et tous ses
frères et soeurs avaient des maladies de nerfs. Un frère est
uraniste. Z... était faiblement doué d'esprit; il apprenait
difficilement. En dehors de la scarlatine, il n'eut pas
de maladies d'enfance. À treize ans, il fut amené par des
camarades de pensionnat à pratiquer l'onanisme. Il était
sexuellement hyperesthésique; il commença à l'âge de dix-sept
ans à faire le coït qu'il pratiquait avec plaisir et puissance
complète. À l'âge de vingt-six ans, mariage par raison
d'argent et pour sa position sociale. Le ménage fut
malheureux. Après un ans, Mme Z..., à la suite d'une maladie
utérine très grave, devint incapable de supporter le coït.
Z... satisfaisait ses grands besoins avec d'autres femmes et,
faute de mieux, par la masturbation. Il s'adonna, en outre, à
la passion du jeu, mena une vie tout à fait dissolue, devint
gravement neurasthénique et essaya de ranimer ses nerfs usés
en buvant de grandes quantités de vin et de cognac. À ses
malaises essentiellement cérébrasthéniques se joignirent alors
des crises de rire et de pleurs; il devint très émotif. Son
_libido nimia_ subsistait toujours sans être diminué. Par
suite du dégoût qu'il avait toujours eu des prostituées et
de la crainte des maladies, il ne se satisfaisait
qu'exceptionnellement par le coït. Dans la plupart des cas, il
se soulageait par l'onanisme.
Il y a quatre ans, il s'aperçut d'un affaiblissement
progressif de l'érection et de la diminution du _libido_ pour
la femme. Il commença à se sentir attiré vers les hommes, et
les scènes de ses rêves érotiques n'avaient plus pour objet la
femme mais des individus masculins.
Il y a trois ans, comme un garçon de bain le massait, il
fut très excité sexuellement (le domestique avait aussi de
l'érection, ce qui frappa l'attention du malade). Il ne put
pas se retenir de se serrer contre le garçon, de l'embrasser
et de se faire masturber par lui, ce que celui-ci fit
volontiers. À partir de ce moment ce genre de satisfaction
sexuelle fut le seul qui lui convint. La femme lui est devenue
tout à fait indifférente. Il ne courait qu'après les hommes.
_Cum talibus masturbationem mutuam fecit, concupivit cum iis
dormire._ Il abhorrait la pédérastie. Il se sentait tout à
fait heureux, quand une lettre anonyme (datée du mois
d'août 1889) qui l'engageait à être prudent, le ramena à la
conscience de sa situation. Il fut profondément bouleversé,
eut des attaques hystériques, fut complètement déprimé, eut
honte devant les autres hommes, se sentit comme un paria dans
la société, médita un suicide, s'ouvrit à un prêtre qui le
rassura. Il tomba ensuite dans les idées religieuses, voulut
entre autres entrer dans un couvent par pénitence et pour
se guérir de ses aberrations sexuelles. En proie à cet
état d'esprit, le malade tomba par hasard sur mon livre
_Psychopathia sexualis_. Il fut épouvanté, honteux, mais il
trouva une consolation dans l'idée qu'il devait être malade.
Sa première idée fut de se réhabiliter sexuellement devant
lui-même. Il surmonta toute son aversion, essaya le coït dans
un bordel, ne réussit pas d'abord par suite de sa trop grande
excitation, mais finit par remporter un succès.
Comme ses sentiments d'inversion sexuelle ne disparaissaient
pas, bien qu'il s'efforçât de les refouler par toutes sortes
de moyens possibles, il vint me trouver et me demander
des soins médicaux. Il se sentait, dit-il, affreusement
malheureux, près du désespoir et du suicide. Il voyait devant
lui l'abîme et il voudrait être sauvé à tout prix.
Sa confession fut interrompue à plusieurs reprises par de
violents accès hystériques. Des affirmations rassurantes,
l'espoir du salut le calmèrent.
Au point de vue physique, la malade a le front un peu fuyant;
pas d'autres stigmates de dégénérescence. L'irritation
spinale, les réflexes profonds exagérés, la congestion de
la tête, indiquaient la neurasthénie. Du côté des parties
génitales point d'anomalies, mais l'_urethra_ était
hyperesthésié. Sa mine était troublée, son maintien relâché;
vie psychique désordonnée et sans aucune consistance.
Ordonnance: demi-bains, frictions, antipyrine, bromure.
Interdiction de s'onaniser, d'avoir des rapports avec des
hommes; interdiction d'avoir des pensées libidineuses portant
sur des hommes.
Le malade revient après quelques jours et se plaint qu'il
n'est pas assez fort pour exécuter ce programme. Sa volonté
est trop faible. Étant donnée cette situation précaire, il n'y
a que la suggestion hypnotique qui puisse porter remède.
_Suggestions_: 1º Je déteste l'onanisme, je ne puis et ne veux
plus me masturber.
2º Je trouve le penchant pour l'homme dégoûtant, détestable.
Jamais je ne trouverai plus l'homme ni beau, ni désirable.
3º Je trouve que seule la femme est désirable. Je ferai le
coït avec plaisir et avec puissance, une fois par semaine.
Le malade accepte ces suggestions et les répète d'une voix
balbutiante.
Les séances ont lieu tous les deux jours. À partir du 15
on réussit à obtenir l'état somnambulique avec suggestions
posthypnotiques à volonté. Le malade reprend une certaine
solidité morale et se rétablit au physique, mais des malaises
cérébrasthéniques le tourmentent encore; parfois il a encore
des rêves d'hommes pendant la nuit, et à l'état de veille des
penchants vers l'homme, ce qui le déprime.
Le traitement dure jusqu'au 21 septembre. Résultat: le malade
est guéri de l'onanisme; il n'est plus excité par les hommes
mais bien par les femmes. Coït normal tous les huit jours. Les
malaises hystériques ont disparu; les malaises neurasthéniques
sont très atténués.
Le 6 octobre, le malade m'annonce par lettre qu'il se porte
bien, et me remercie en paroles émues de l'avoir «sauvé d'un
abîme profond». Il se sent rendu à une nouvelle vie.
Le 9 décembre 1889, le malade revient pour être soumis de
nouveau à mon traitement. Il a eu, ces temps derniers, deux
fois des rêves érotiques d'hommes, mais à l'état de veille
il n'a éprouvé aucun penchant pour l'homme, il a pu aussi
résister à la tentation de se masturber, bien que vivant seul
à la campagne il n'eût pas d'occasions de faire le coït. Il a
plus que de l'inclination pour l'autre sexe, et ordinairement
il ne rêve que de personnes féminines; rentré dans la
capitale, il a fait le coït et en a éprouvé du plaisir. Le
malade se sent réhabilité moralement, presque débarrassé des
malaises neurasthéniques, et déclare, après trois nouvelles
séances hypnotiques, que maintenant il se croit tout à fait
guéri et à l'abri de toute rechute. Toutefois une rechute a eu
lieu au mois de septembre 1890. Le malade, après un surmenage
physique dans un voyage à travers de hautes montagnes et une
série d'émotions morales, et de plus par manque d'occasions de
faire le coït, était redevenu neurasthénique.
Il eut de nouveau des rêves d'hommes, se sentit attiré vers
des hommes sympathiques. Il se masturba plusieurs fois et
n'éprouva plus de vrai plaisir lorsque, rentré dans la ville,
il fit le coït. Du reste, par un traitement antineurasthénique
et une seule hypnose, on réussit vite à rétablir sa santé et à
rendre sa conduite normale.
Au cours des années 1890 et 1891, le malade eut encore par-ci
par là des tendances à l'inversion sexuelle et des rêves dans
ce sens, mais seulement lorsque, à la suite d'émotions morales
ou d'excès, la névrose se manifestait de nouveau. Dans ces
moments, le coït ne lui procurait plus de satisfaction. Le
malade s'est vu alors dans la nécessité de faire rétablir
l'équilibre par quelques séances hypnotiques, ce qui a
toujours facilement réussi.
À la fin de l'année 1891, le malade déclare avec satisfaction
que depuis son traitement il a su se maintenir à l'abri de la
masturbation et des rapports homosexuels, et que sa confiance
en lui-même, de même que son estime de lui-même, s'est
consolidée de nouveau.
Quant aux autres cas d'inversion acquise, guéris par l'emploi
de la suggestion hypnotique, consulter Wetterstrand, _Der
Hypnotismus und seine Anwendung in der praktischen Medicin_,
1891, p. 52; Bernheim _Hypnotisme_, Paris, 1891, etc., p. 38.
Les faits que nous venons de citer et qui montrent le succès de
la suggestion hypnotique en présence des cas d'inversion sexuelle
acquise, font supposer qu'il est possible de porter secours aussi aux
malheureux qui sont atteints d'inversion sexuelle congénitale.
Bien entendu, la situation dans ces derniers cas est tout autre, en
tant qu'il s'agit de combattre une anomalie congénitale, de détruire
une existence psycho-sexuelle morbide pour en créer à sa place une
nouvelle qui soit saine. Cet effet paraît _a priori_ impossible
à obtenir, du moins chez l'uraniste prononcé. Mais, ce qui est en
apparence impossible, devient possible par l'emploi d'artifices; cela
ressort du cas de Schrenck-Notzing que nous trouverons plus loin. Il
dépasse de beaucoup le cas que j'ai rapporté et dans lequel du moins
la désuggestion des sentiments homosexuels a réussi avec l'emploi de
l'hypnose.
Une observation analogue est rapportée par Ladame (voir plus loin).
Les conditions sont de beaucoup plus favorables chez l'hermaphrodite
psycho-sexuel, chez qui on peut du moins renforcer par la suggestion
et faire prévaloir les éléments et le sentiment hétérosexuel qui
existent chez l'individu malade.
OBSERVATION 137.--Je suis enfant illégitime, né en 1858. Ce
n'est que tard, en suivant les traces obscures de mon origine,
que j'ai pu avoir des renseignements sur l'individualité de
mes parents. Ces renseignements, malheureusement, sont très
incomplets. Mon père et ma mère étaient cousins. Mon père est
mort il y a trois ans; il s'était marié avec une autre femme
et avait plusieurs enfants qui, autant que je sais, sont bien
portants.
Je ne crois pas que mon père ait eu de l'inversion sexuelle.
Étant enfant, je l'ai vu souvent sans me douter que c'était
mon père. Il avait un aspect vigoureux et viril. D'ailleurs,
on dit qu'à l'époque de ma naissance ou auparavant, il aurait
eu une maladie vénérienne.
J'ai vu plusieurs fois ma mère dans la rue, mais j'ignorais
alors que c'était ma mère. Elle devait avoir environ
vingt-quatre ans, lorsque je suis venu au monde. Elle était
de grande taille, de mouvements brusques et énergiques et d'un
caractère résolu. On dit qu'à l'époque de ma naissance elle
a beaucoup voyagé, déguisée en homme, qu'elle a porté les
cheveux courts, fumé de longues pipes et en général qu'elle
s'est fait remarquer alors par ses allures excentriques. Elle
possédait une excellente instruction, avait été belle dans
sa jeunesse; elle est morte sans avoir été jamais mariée et a
laissé une fortune considérable.
Tout cela permettrait, le cas donné, de conclure à des
penchants homosexuels ou du moins à l'existence d'anomalies.
Ma mère a, plusieurs années avant ma naissance, donné le jour
à une fille. Cette soeur que je n'ai jamais connue, s'est
mariée très jeune; mais elle s'est empoisonnée après quelques
années de mariage, pour des raisons que j'ignore encore.
J'ai 1 m. 70 de taille; 0 m. 92 de tour; le tour de mes reins
est de 1 m. 02; je crois donc avoir le bassin un peu fortement
développé. Le pannicule graisseux a été très développé chez
moi de tout temps. La charpente osseuse est vigoureuse.
La musculature est bien faite, mais pas assez développée,
peut-être faute d'exercice ou peut-être sous l'influence
de l'onanisme que j'ai pratiqué de bonne heure et avec
persévérance: de sorte que je parais plus fort que je ne le
suis. Le système pileux, les cheveux et la barbe sont normaux.
Les poils des parties génitales sont quelque peu clairsemés.
Le reste du corps est presque glabre. Tout mon extérieur a
un caractère tout à fait viril. La démarche, le maintien, la
voix, sont d'un homme complet, et d'autres uranistes m'ont
souvent dit qu'ils ne se doutaient pas du tout de ma passion.
J'ai servi dans l'armée et j'ai toujours pris plaisir aux
exercices du cavalier, monter à cheval, faire de l'escrime,
nager, etc.
Ma première éducation a été dirigée par un prêtre. Je n'avais
guère de camarades de jeu pour ainsi dire. La vie de famille
de mes parents d'adoption était irréprochable. Au mois
d'octobre 1871, on m'a mis en pension. Là, j'ai commis les
premiers actes pervers sur lesquels j'aurai à revenir en
détail dans l'historique de ma vie sexuelle.
J'ai fait mes classes au lycée, puis mon service militaire
comme volontaire d'un an; j'ai étudié ensuite la science
forestière et je suis maintenant intendant d'un grand domaine.
Je n'ai appris à parler qu'à l'âge de trois ans et ce fait a
contribué à maintenir les gens dans la supposition que je suis
hydrocéphale. À partir de l'époque où j'allai à l'école,
mon développement intellectuel fut normal; j'apprenais même
facilement, mais je n'ai jamais pu concentrer mon activité
sur un point fixe. J'ai beaucoup de goût pour l'art et pour
l'esthétique, mais aucun goût pour la musique. Dans mes
premières années, j'avais le plus mauvais caractère qu'on
puisse imaginer. Il a changé complètement au cours de ces
derniers douze ans, sans que j'en puisse indiquer la cause.
Aujourd'hui rien ne m'est plus haïssable que le mensonge et
je ne dis plus rien de contraire à la vérité, pas même en
plaisantant. Dans les affaires d'argent je suis devenu très
économe, sans être pour cela avare.
Bref, aujourd'hui je ne pense qu'en rougissant à mon passé et
je ne me considérerai à juste titre comme un parfait galant
homme, que lorsque je pourrai être délivré de ma malheureuse
perversion ou perversité sexuelle. J'ai bon coeur, toujours
prêt à faire le bien dans la mesure de mes moyens, de
caractère gai pour la plupart du temps; je suis un homme bien
vu dans la société. Je n'ai aucune trace de cette irascibilité
nerveuse qu'on remarque si souvent chez mes compagnons de
souffrance. Je ne manque pas non plus de bravoure personnelle.
Rien dans les premières phases de mon développement n'indique
une anomalie. Il est vrai qu'étant encore enfant j'aimais à
être au lit et à me coucher sur le ventre; je me suis, dans
cette position, le matin, frotté avec plaisir le ventre contre
le lit, ce qui a souvent fait rire mes parents adoptifs.
Mais je ne me rappelle pas avoir ressenti de sensations
voluptueuses par ces mouvements. Je n'ai jamais recherché
particulièrement la camaraderie des petites filles et je
n'ai jamais joué aux poupées. De très bonne heure, j'entendis
parler des choses sexuelles. Mais en écoutant ce genre de
conversation, je ne pensais à rien. Même dans la vie de
mes rêves, il n'y avait alors rien qui touchât aux choses
sexuelles. Il n'en était pas non plus question dans mes
relations avec les garçons de mon âge. Je crois pouvoir
affirmer que ma _vita sexualis_ ne s'est éveillée qu'à l'âge
de treize ans, au pensionnat, après avoir été entraîné par un
camarade à l'onanisme mutuel. L'éjaculation ne se produisit
pas encore; la première n'eut lieu qu'un an plus tard. Malgré
cela, je me livrai avec passion au vice de l'onanisme. Mais à
cette époque se manifestèrent déjà les premiers symptômes d'un
penchant homosexuel. Des jeunes gens vigoureux, des débardeurs
de la halle, des ouvriers, des soldats apparurent dans mes
rêves, et l'évocation de leur image jouait un rôle pendant
la masturbation. En même temps, il se manifesta une première
inclination à la pédérastie, notamment à la pédérastie
passive. Jusqu'à l'âge de quatorze ans j'ai fait souvent avec
mon séducteur des essais de pédérastie mutuelle sans que l'on
ait réussi à accomplir une _immissio_. Parallèlement à ces
tendances, il existait encore un penchant faible pour le sexe
féminin. Environ six mois après la première masturbation,
j'allai une fois chez une _puella publica_, mais je n'eus
ni éjaculation ni volupté particulière. Plus tard j'ai fait
jusqu'à l'âge de dix-neuf ans six fois le coït dans des
maisons publiques. L'érection et l'éjaculation se produisaient
promptement, mais sans me procurer une grande volupté.
L'onanisme, surtout pratiqué mutuellement, m'était au moins
aussi agréable que le coït. Je n'ai jamais eu ce qu'on appelle
un «amour de lycéen». Il y a dix ans, lorsque je me trouvais
à la station balnéaire de H., je crus qu'il s'éveillait en
moi de l'amour pour une dame d'une beauté extraordinaire qui
appartenait à une grande famille; je me sentais bien près
d'elle et je m'estimai heureux quand je constatai que mon
amour était payé de retour. Aussi cette liaison me détourna
pendant quelque temps de l'onanisme; seulement j'avais peur,
par suite de l'onanisme pratiqué pendant des années, d'être
affaibli et d'être incapable de remplir mes devoirs conjugaux.
Quand nous fûmes ensuite séparés par la distance, mon
affection se refroidit bien vite; je m'aperçus que je m'étais
berné moi-même et, deux années plus tard, je pouvais apprendre
sans la moindre jalousie, que cette dame s'était mariée.
Mon penchant pour la femme--si jamais il avait existé--se
refroidissait de plus en plus. Il y a deux ans et demi, étant
allé avec des amis très virils dans une maison publique à H.,
je fis mon dernier coït. J'eus encore une érection, mais
plus d'éjaculation. La femme m'est devenue indifférente; la
prostituée qui se comporte avec effronterie, provoque mon
indignation. J'aime la société des femmes spirituelles,
surtout de celles qui sont déjà d'un certain âge, bien que
dans la société je sois maladroit, gauche, et souvent même
sans tact. Je n'ai jamais trouvé aucun charme aux formes du
corps féminin.
Mais revenons à mes tendances perverses. Quand, à l'âge de
quatorze ans, je suis venu à H..., j'ai perdu de vue mon
amant, mon séducteur. Il avait quelques années de plus que
moi, et il entra dans la carrière administrative à l'âge de
dix-neuf ans, je l'ai rencontré pendant un voyage en chemin
de fer. Nous avons interrompu notre voyage, pris une chambre
commune et essayé de la pédérastie mutuelle; mais, à cause des
douleurs, l'_immissio_ ne nous a pas réussi. Nous nous sommes
satisfaits alors par l'onanisme mutuel. À H..., j'ai eu des
rapports sexuels avec deux condisciples, mais ces rapports se
bornaient à de fréquentes masturbations mutuelles, mes deux
camarades ne voulant pas se prêter à la pédérastie. Dans la
dernière année de mon séjour à H..., j'avais alors dix-neuf
ans, j'eus encore des rapports avec un troisième ami en
pratiquant de l'onanisme; mais nos relations étaient déjà
plus intimes; nous nous déshabillions et faisions de la
masturbation mutuelle au lit. Du mois d'octobre 1869 jusqu'au
mois de juillet 1870, je n'eus pas d'amant. Je faisais de la
masturbation solitaire. Quand la guerre éclata, je voulus me
faire enrôler comme volontaire, mais on ne m'a pas pris.
En même temps que moi se présenta au bureau d'enrôlement un
ancien camarade d'école qui depuis était devenu un jeune homme
d'une rare beauté. J'ai dû partager avec lui dans un hôtel
trop rempli le même lit pendant une nuit. Bien qu'à l'époque
de notre séjour à l'école nous n'eussions jamais eu de
rapports sexuels l'un avec l'autre, il se montra favorable
à mes assiduités et fit une tentative de pédérastie. Elle ne
réussit pas non plus, à cause des douleurs; cependant pendant
ces essais il y eut _ejaculatio ante anum meum_. Aujourd'hui
encore je me rappelle de la sensation de volupté que j'ai
éprouvée et qui dépassa toute mon attente. Après la guerre
j'ai encore souvent rencontré cet ami, mais nos rapports se
bornèrent alors aux procédés d'onanisme mutuel. Pendant les
dix-huit années suivantes, je n'ai eu que deux fois l'occasion
de pratiquer l'amour homosexuel. L'hiver de l'année 1879
je rencontrai dans un compartiment de chemin de fer un beau
hussard. Je le décidai à coucher avec moi dans un hôtel. Plus
tard il m'avoua avoir déjà pratiqué l'onanisme mutuel avec
le fils du châtelain de sa commune. Je ne pus le décider à la
pédérastie. Par contre je provoquai chez lui de l'éjaculation
par la _receptio penis ejus in os meum_. Ce procédé ne m'a
procuré aucune satisfaction, mais du dégoût. Je n'y suis
jamais revenu depuis et je n'ai pas accepté non plus la
_receptio penis mei in os alterius_. En 1887 j'ai fait,
c'était encore en chemin de fer, la connaissance d'un matelot
que je décidai à rester avec moi à l'hôtel. Il prétendit, il
est vrai, n'avoir encore jamais fait de la pédérastie, mais il
s'y montra tout de suite disposé; il était dans une excitation
sensuelle manifeste, eut immédiatement de l'érection et
accomplit l'acte avec une ardeur non dissimulée. C'était la
première fois que la _pædicatio_ réussissait. J'eus, il est
vrai, des douleurs atroces mais aussi une jouissance infinie.
Pendant mon séjour dans cette ville ma _vita sexualis_ a subi
un changement radical. J'ai constaté avec quelle facilité on
peut, soit pour de l'argent, soit par goût, trouver des gens
qui se prêtent à nos penchants. De tristes expériences avec
des escrocs ne me furent pas épargnées non plus. Jusqu'à la
fin de l'année passée j'ai goûté abondamment au plaisir de
l'amour homosexuel et surtout de la pédérastie passive; depuis
je n'ai pratiqué que l'onanisme mutuel de peur de contracter
une maladie vénérienne. Je n'ai jamais été pédéraste actif,
d'abord pour la simple raison que je n'ai trouvé personne qui
pût supporter la douleur qui en résulte.
Je cherche de préférence mes amants parmi les cavaliers,
les marins, éventuellement parmi les ouvriers, surtout les
bouchers et les forgerons. Les hommes robustes, à la figure
colorée, m'attirent particulièrement. Les culottes de peau
ordinaire des cavaliers ont pour moi un charme particulier. Je
n'ai pas de prédilection ni pour les baisers ni pour d'autres
accessoires. J'aime aussi les grandes mains dures et rendues
calleuses par le travail.
Je ne veux pas laisser passer inaperçu que, dans certaines
circonstances, j'ai un grand empire sur moi-même.
Étant intendant d'un grand domaine, j'habitais une grande
maison. Mon valet était un jeune homme d'une rare beauté,
qui avait fait son service militaire dans les hussards. Après
avoir causé une fois vaguement de cette affaire avec lui et
appris à cette occasion qu'il était inaccessible, j'ai habité
pendant des années avec ce jeune homme, je me suis réjoui
de sa beauté, mais je ne l'ai jamais touché. Je crois qu'il
ignore encore aujourd'hui ma passion. De même j'ai fait il y
a deux ans et demi à C... la connaissance d'un matelot
qu'aujourd'hui encore, mes amis et moi, nous déclarons être le
plus bel homme que nous ayons jamais vu. Après une absence
de plus de deux années, ce marin se rendit, il y a quelques
semaines, à mon invitation et me fit une visite. Je sus
m'arranger de façon à ce que nous couchions dans la même
chambre; je brûlais du désir de m'approcher de lui. Mais avant
je le sondai par une conversation confidentielle et quand
j'appris qu'il méprisait tout ce qui avait rapport à l'amour
homosexuel, je ne pus me décider à essayer de nouveaux
rapprochements. Pendant des semaines nous avons partagé la
même chambre, je me suis toujours réjoui à la vue de son
corps superbe (dans les premiers jours j'en étais même excité
sexuellement); j'ai pris avec lui un bain romain afin de
pouvoir regardé son corps nu, mais il n'a jamais rien su de
ma passion. Aujourd'hui encore j'ai une liaison idéale et
platonique avec ce jeune homme qui a une instruction bien
supérieure à sa position sociale et un joli talent de poète.
Jusqu'à l'âge de trente-huit ans, je n'ai pas eu une idée
nette de ma situation. Je croyais toujours que je m'étais
désaccoutumé de la femme par suite de l'onanisme trop précoce
et pratiqué depuis, continuellement et avec intensité;
j'espérais toujours que, quand je rencontrerais «la vraie
femme», j'abandonnerais l'onanisme et que je pourrais trouver
du plaisir avec elle. Je n'ai connu mon état qu'après avoir
fait la connaissance de compagnons de souffrance et de gens de
ma tendance. Je fus d'abord épouvanté; plus tard, je me suis
résigné en me disant que mon sort ne dépend pas de moi. Aussi
n'ai-je plus fait d'efforts pour résister à la tentation.
Il y a deux ou trois semaines, votre livre _Psychopathia
sexualis_ m'est tombé entre les mains. Cet ouvrage m'a fait
une impression des plus profondes. Je l'ai d'abord lu avec un
intérêt indubitablement lascif. La description de la formation
des _mujerados_, par exemple, m'a beaucoup excité. L'idée
qu'un jeune homme vigoureux soit émasculé de cette façon
pour servir plus tard à la pédérastie de toute une tribu de
peaux-rouges sauvages, vigoureux et sensuels, m'a tellement
excité que, les deux jours suivants, je me suis masturbé cinq
fois, toujours en rêvant que j'étais un de ces _mujerados_.
Mais plus j'avançais dans la lecture du livre, plus j'en
comprenais la portée sérieuse, morale, et plus j'ai pris en
horreur mon état actuel. J'ai compris de mieux en mieux ce
qu'il me faudrait faire pour amener, s'il en existe la moindre
possibilité, un changement dans ma situation présente. Quand
j'eus fini l'ouvrage, ma résolution était prise d'aller
chercher remède chez l'auteur.
La lecture de l'ouvrage cité a eu sans doute un résultat.
Depuis, je n'ai pratiqué que deux fois la masturbation
solitaire, et deux fois avec des cavaliers. Dans ces quatre
cas, j'ai eu bien moins de satisfaction qu'auparavant et j'ai
toujours ce sentiment: «Ah! puisses-tu donc renoncer à tout
cela!»
Néanmoins, je vous avoue que maintenant encore j'ai
immédiatement des érections, quand je me trouve avec de beaux
militaires.
Pour terminer, j'ajouterai encore que malgré, ou peut-être
à cause de la fréquence de l'onanisme, je n'ai jamais eu de
pollutions. L'éjaculation qui d'ailleurs ne consiste et n'a
consisté habituellement qu'en quelques petites gouttelettes,
ne se produit qu'après une friction d'une durée relativement
longue.
Quand pour une raison ou pour une autre, je m'abstenais
pendant longtemps de l'onanisme, l'éjaculation se produisait
plus promptement et plus abondamment.
Il y a douze ans, Hansen a essayé, mais en vain, de
m'hypnotiser.»
Au printemps de 1891 l'auteur de l'autobiographie précédente
est venu me trouver, en me déclarant qu'il ne pouvait plus
continuer cette existence et qu'il considérait le traitement
hypnotique comme son dernier moyen de salut, ne se sentant
pas lui-même la force nécessaire pour résister à son penchant
funeste à l'onanisme et à la satisfaction sexuelle avec des
personnes de son propre sexe. Il se sent comme un paria, un
être contre nature, mis hors les lois de la nature et de la
société, et se trouvant de plus en danger de tomber entre les
mains des juges.
Il éprouve une horreur morale en accomplissant l'acte sexuel
avec un individu masculin, et pourtant il se sent comme
électrisé à la vue d'un beau troupier.
Depuis des années, il n'a plus la moindre sympathie, pas même
morale, pour la femme.
La malade m'a paru, au point de vue physique et psychique,
exactement tel qu'il s'est présenté dans son autobiographie.
J'ai pu constater que le crâne est un peu hydrocéphale et en
même temps plagiocéphale.
Les essais d'hypnotisation se sont heurtés au commencement à
des difficultés.
Ce n'est que par le moyen du Braid et en me servant d'un peu
de chloroforme que j'ai pu obtenir, dans la troisième séance,
un profond engourdissement.
À partir de ce moment, il suffisait de le faire regarder un
objet brillant.
Les suggestions consistaient dans l'interdiction de la
masturbation, dans la désuggestion des sentiments homosexuels,
dans l'assurance que le malade prendrait goût à la femme et
qu'il n'aurait plaisir et puissance que dans les rapports
hétérosexuels.
Une seule fois il revint encore à la masturbation. Après la
troisième séance, le malade rêva de femmes.
Quand, après la quatorzième séance, le malade, appelé à sa
maison, par d'importantes affaires, dut partir, il se déclara
complètement débarrassé des tendances à la masturbation et à
l'amour homosexuel: cependant, ajoutait-il, le penchant pour
l'homme n'était pas encore tout à fait éteint.
Il éprouva de nouveau de l'intérêt pour le sexe féminin, et il
espère en continuant le traitement se délivrer définitivement
de son funeste état.
OBSERVATION 138. (_Hermaphrodisme psychique._)--M. V. P.,
vingt-cinq ans, célibataire, issu d'une famille nerveuse, a
souffert de convulsions dans son enfance. Il s'en est rétabli,
mais il est resté malingre, émotif et irascible. Il n'a pas
eu de maladies graves. Avant l'âge de dix ans, la vie
sexuelle s'est éveillée. Ses premiers souvenirs à ce sujet
se rapportent à des sensations voluptueuses qu'il a éprouvées
auprès des valets de la maison. Quand il fut plus âgé, il
avait des rêves érotiques où il s'agissait de rapports avec
des hommes. Au cirque il s'intéressait exclusivement aux
artistes masculins.
Les jeunes gens vigoureux lui étaient les plus sympathiques de
tous. Souvent il ne pouvait résister à l'envie de les enlacer
et de les embrasser. Ces temps derniers, le simple frôlement
d'un homme le remplissait de délices et lui donnait de
l'éjaculation. Il a jusqu'ici heureusement résisté à
l'impulsion de nouer une liaison amoureuse avec un homme.
Le malade est un hermaphrodite psychique, dans ce sens qu'il
n'est pas insensible aux charmes féminins; mais il trouve
l'homme plus beau que la femme. Jusqu'ici, à vrai dire, les
nudités féminines ne lui ont jamais plu, et ce n'est qu'une
fois qu'il aurait, d'après ses souvenirs, rêvé du coït avec
une femme.
Ayant de grands besoins sexuels et ne voulant pas se commettre
avec des hommes, il a toutefois commencé à l'âge de vingt ans
à avoir des rapports sexuels avec des femmes. Jusque-là il
s'est rarement livré à la masturbation manuelle, mais il a
fait souvent de l'onanisme psychique; ce faisant, des images
de beaux hommes planaient dans son imagination.
Il a fait le coït avec succès, mais sans plaisir et sans
une véritable sensation de volupté. Par des circonstances
particulières, il fut astreint à l'abstinence de sa
vingt-deuxième à sa vingt-quatrième année. Il supporta
péniblement cette abstinence, mais il se soulageait par-ci
par-là par l'onanisme psychique.
Quand, il y un an, il trouva de nouveau l'occasion de faire
le coït, il s'aperçut que son _libido_ pour la femme
s'était affaibli, que l'érection était insuffisante et que
l'éjaculation se produisait trop tôt. Finalement il renonça au
coït. Alors il se manifesta chez lui du _libido_ pour l'homme.
Étant donnée la faiblesse irritable de son centre
d'éjaculation, le seul contact des hommes sympathiques
suffisait pour provoquer chez lui un écoulement de sperme.
Le malade est fils unique. Des raisons de famille exigent
qu'il conclue un mariage. Il a, à juste titre, des scrupules;
il se croit impuissant «imaginatif», et demande conseil et
remède.
Il sait bien qu'il faudrait lui enlever ses penchants pour
l'homme; c'est le seul moyen de le secourir.
Il est d'un extérieur tout à fait viril. Le crâne est
légèrement hydrocéphale. Barbe richement développée, parties
génitales normales. Le réflexe crémastérien ne peut pas
être provoqué. Aucun symptôme de neurasthénie. OEil
névropathique. Pollutions rares. Érections seulement en
présence des hommes sympathiques.
Le 16 juillet 1889, on a commencé à faire de l'hypnose selon
la méthode de Bernheim, afin d'agir sur lui par suggestion.
Ce n'est qu'à la troisième séance, le 18, qu'on a obtenu un
profond engourdissement.
_Suggestions:_ Vous n'avez plus d'affection pour l'homme.
Seule la femme est belle et désirable. Vous aimerez une femme,
vous l'épouserez, vous serez heureux, et vous la rendrez
heureuse. Vous êtes tout à fait puissant. Vous le sentez déjà.
Le malade accepte toutes les suggestions dans l'hypnose
qui est répétée chaque jour, mais qui ne dépasse jamais
l'engourdissement. Le 22 juillet il annonce qu'il a fait
le coït avec plaisir. Le garçon de l'hôtel où il demeure
l'intéresse de moins en moins. Toutefois, il trouve
toujours l'homme plus beau que la femme. Le 1er août on a
dû interrompre le traitement. Résultat: puissance complète,
indifférence totale pour le sexe masculin, et aussi pour le
moment pour le sexe féminin.
Le même traitement a eu un succès décisif dans le cas suivant
d'hermaphrodisme psychosoxuel que j'ai rapporté dans le T. 1,
fascicule 2 de l'_Internat. Centralblatt für die Physiol. u. Pathol.
der Harn und Sexualorgane_.
OBSERVATION 139.--Monsieur V. X., vingt-cinq ans, grand
propriétaire, né d'un père névropathe et emporté. Le père
dit-on, est sexuellement normal. La mère souffrait des nerfs,
de même que ses deux soeurs. La mère de la mère était
nerveuse, le père de la mère était un viveur et faisait des
excès _in Venere_. Le malade est enfant unique et tient de la
mère. Il fut dès sa naissance malingre, souffrit beaucoup de
migraines; il était nerveux, il a supporté diverses maladies
d'enfance et s'est livré, sans y être entraîné, à l'onanisme à
partir de l'âge de quinze ans.
Il prétend n'avoir éprouvé d'inclination ni pour le sexe
féminin, ni pour le masculin, jusqu'à l'âge de dix-sept ans;
alors s'est éveillé en lui le penchant pour l'homme. Il est
devenu amoureux d'un camarade. Celui-ci a répondu à son amour.
Ils se sont enlacés, se sont embrassés et se sont masturbés
mutuellement. À l'occasion le malade pratiquait le coït _inter
femora viri_. Il abhorrait la pédérastie.
Ses rêves érotiques n'avaient pour objet que des hommes.
Au théâtre et au cirque, il ne s'intéressait qu'aux sujets
masculins. Son penchant le portait vers les gens d'environ
vingt ans. Une belle taille plantureuse lui inspirait de la
sympathie.
Quand ces conditions étaient remplies, peu lui importait
à quelle classe de la société l'homme de sa prédilection
appartenait. Dans ses rencontres sexuelles, il se sentait
toujours dans le rôle masculin.
À partir de l'âge de dix-huit ans, le malade fut l'objet de
vives préoccupations de la part de sa famille, car il avait
noué une liaison amoureuse avec un garçon de café, s'était
rendu ridicule par cette affaire et s'était laissé exploiter.
On le fit rentrer à la maison. Il se commettait avec des
valets et des cochers. Il y eut scandale. On l'envoya en
voyage. À Londres il s'attira une affaire de chantage. Il
réussit à regagner sa patrie.
Ces diverses expériences ne lui furent d'aucun enseignement et
il manifesta de nouveau un penchant fatal pour les hommes. On
m'a envoyé le malade pour que je le guérisse de son funeste
penchant (décembre 1888). C'est un jeune homme bien portant,
de grande taille, imposant, robuste; il est de conformation
tout à fait virile, a les parties génitales fortes et bien
développées. La démarche, la voix et le maintien sont tout à
fait virils. Il n'a pas de passions viriles bien prononcées.
Il fume peu et seulement des cigarettes, boit très peu, aime
les sucreries, la musique, les beaux-arts, l'élégance, les
fleurs, et se meut de préférence dans les cercles de femmes;
il porte moustache, mais le reste de la figure est rasé. Sa
mise n'a rien du gommeux. C'est un homme pâle, amolli,
un flâneur et un propre à rien du grand monde, qu'il est
difficile de sortir du lit avant l'heure de midi. Il prétend
n'avoir jamais senti le caractère morbide de son penchant
pour son propre sexe. Il croit que cette disposition est
congénitale; il voudrait, assagi par de fâcheuses expériences,
se délivrer de sa funeste perversion; mais il n'a guère
confiance en sa force morale. Il a déjà essayé, mais alors il
tombe toujours dans le vice de la masturbation qu'il trouve
nuisible, car elle lui cause des malaises neurasthéniques
(pas trop graves d'ailleurs). Il n'y a pas chez lui de
défectuosités morales. L'intelligence est un peu au-dessous
de la moyenne. Il a une éducation soignée et des manières
aristocratiques. L'oeil un peu névropathique dénote la
constitution nerveuse de l'individu. Le malade n'est pas
un uraniste complet et condamné. Il a des sentiments
hétérosexuels, mais ses émotions sensuelles pour le beau sexe
ne se manifestent que rarement et à un degré très faible. À
l'âge de dix-neuf ans, il fut pour la première fois amené par
des amis dans un lupanar. Il n'éprouva pas d'_horror feminæ_,
il eut une érection suffisante et fit le coït avec quelque
plaisir, mais sans cette volupté intense qu'il éprouve entre
les bras d'un homme.
Depuis, dit le malade, il a encore coïté six fois, deux fois
_sua sponte_. Il affirme qu'il en a toujours l'occasion,
mais qu'il ne le fait que faute de mieux, quand l'impulsion
sexuelle le tourmente trop; enfin que le coït ainsi que la
masturbation lui servent de faible compensation pour remplacer
l'amour homosexuel. Il a même déjà pensé à la possibilité de
trouver une femme sympathique et de l'épouser. Il est vrai
qu'il considérerait les rapports conjugaux et l'abstinence
définitive des hommes comme des devoirs très durs.
Comme il y avait là des rudiments de sentiment hétérosexuel et
que le cas ne pouvait être considéré comme désespéré, un essai
thérapeutique me sembla opportun. Les indications étaient
très claires, mais on ne pouvait compter sur la volonté de ce
malade amolli, qui n'avait nullement la conscience nette de
sa situation. Il était donc tout indiqué de chercher dans
l'hypnose un appui pour l'influence morale du médecin. La
réalisation de cet espoir paraissait douteuse, par suite
du récit du malade que le fameux Hansen avait, à plusieurs
reprises, mais en vain, essayé de l'hypnotiser.
Toutefois, il fallait répéter les essais, à cause des intérêts
sociaux importants du malade. À mon grand étonnement,
la méthode de Bernheim amena immédiatement un profond
engourdissement avec possibilité de suggestion posthypnotique.
À la deuxième séance, le somnambulisme a été obtenu par un
simple regard jeté sur le malade qui est suggestible dans
tous les sens. On peut, en lui passant la main sur la peau,
provoquer des contractures. Le réveil a lieu en comptant
jusqu'à trois.
La malade a de l'amnésie, en dehors de l'hypnose, pour tout
ce qui s'est passé pendant son état hypnotique. On l'hypnotise
tous les deux ou trois jours pour lui faire des suggestions.
On fait, en outre, un traitement moral et hydrothérapique.
Les suggestions faites pendant l'hypnose sont les suivantes:
1º Je déteste l'onanisme, car il rend malade et misérable;
2º Je n'ai plus d'affection pour l'homme, car l'amour pour un
être masculin est contraire à la religion, à la nature et à la
loi;
3º J'éprouve du penchant pour la femme, car la femme est un
être aimable et désirable; elle est créée pour l'homme.
Dans les séances, la malade répète ces suggestions sur mon
ordre.
Après la quatrième séance on est surpris de constater déjà
que, dans les cercles où il est présenté, le malade commence à
faire la cour aux dames. Peu de temps après, quand une célèbre
cantatrice passe sur la scène, il est tout feu et flamme
pour elle. Quelques jours plus tard, le malade s'informe de
l'adresse d'un lupanar.
Toutefois, il cherche encore de préférence la compagnie des
jeunes messieurs, mais, malgré une surveillance très étroite,
on n'a pu constater rien de suspect à ce sujet.
17 février. Le malade demande la permission de faire le
coït et il est très satisfait de son début avec une dame du
demi-monde.
16 mars. Jusqu'ici hypnose environ deux fois par semaine.
Par un seul regard, le malade est plongé dans un profond
somnambulisme; sur mon ordre, il répète les suggestions; il
est accessible à toute suggestion posthypnotique et, à l'état
de veille, il ne se rappelle plus de l'influence qu'on
a exercée sur lui pendant son état d'hypnose. À l'état
hypnotique, il affirme être parfois tout à fait débarrassé de
l'onanisme et des sentiments sexuels pour les hommes.
Comme dans l'hypnose il donne toujours les mêmes réponses
stéréotypées (par exemple, d'avoir à telle ou telle date fait
la masturbation pour la dernière fois) et qu'il subit trop
la volonté du médecin pour pouvoir mentir, ses affirmations
méritent foi, d'autant plus qu'il a les apparences d'une santé
florissante, qu'il est exempt de tout malaise neurasthénique,
qu'il ne donne aucune inquiétude dans ses rapports avec les
messieurs, et qu'il montre un caractère franc, libre et viril.
Comme il fait parfois le coït avec plaisir et en cédant à son
libre penchant, et que les pollutions qu'il a quelquefois,
ne sont provoquées que par des rêves érotiques concernant
des personnes féminines, on ne peut plus douter de la
transformation favorable de _sa vita sexualis_ et l'on peut
supposer que les suggestions hypnotiques sont maintenant
devenues des auto-suggestions directrices de la totalité de
ses sentiments, de ses idées et de ses efforts. Le malade
restera probablement toujours une _natura frigida_, mais il
parle souvent de mariage, et de sa résolution, aussitôt qu'il
aura trouvé une dame qui lui soit sympathique, de solliciter
sa main. On cessa le traitement. (Observation personnelle.
_International Centralblatt für die Physiol. u. Pathologie der
Harn und Sexualorgane._ T. I.)
Au mois de juillet 1889, j'ai reçu une lettre du père qui
m'annonce que son fils se porte bien et a une bonne conduite.
Le 24 mai 1890 j'ai rencontré par hasard mon ancien client
dans un voyage. Son air de santé florissante me laissa
supposer un état des plus favorables. Il me confessa qu'il
trouvait encore certains hommes sympathiques, mais qu'il
n'éprouvait plus aucune velléité amoureuse pour le sexe
masculin. À l'occasion, il fait le coït avec des femmes, en
éprouve un plaisir parfait, et il songe sérieusement à se
marier.
Pour faire un essai, j'ai hypnotisé le malade selon la méthode
que je lui avais appliquée autrefois et je lui demandai de
répéter les ordres que je lui avais donnés.
Plongé dans un profond somnambulisme et avec la même
intonation qu'autrefois, le malade me récita les suggestions
qu'il avait reçues en décembre 1888. C'est, en tout cas,
un exemple de la durée et de la puissance de la suggestion
posthypnotique.
Le traitement par suggestion hypnotique eut un succès complet dans les
cas suivants.
OBSERVATION 140. (_Hermaphrodisme psychique. Amélioration par
le traitement hypnotique_).--M. de K..., 23 ans, d'une grande
famille, très bien doué intellectuellement, scrofuleux pendant
son enfance, descend d'un père qui, dit-on, a été un viveur.
Le frère du père avait la réputation d'être un inverti sexuel.
Le malade affirme que, déjà à l'âge de sept ans, il avait une
inclination singulière pour les personnes du sexe masculin.
C'étaient surtout les cochers et les laquais à moustaches qui
l'enthousiasmaient à cette époque. Il éprouvait un sentiment
de bonheur étrange quand il pouvait se frotter contre ces
individus.
De bonne heure, le malade fut placé au corps des cadets, où il
fut entraîné à l'onanisme mutuel et où il apprit la pratique
de l'_imitatio coïtus inter femora viri_. À l'âge de dix-sept
ans, il fit pour la première fois le coït avec une prostituée.
Il accomplit l'acte très bien, mais il n'eut pas le moindre
plaisir, et il reconnut ou que ce genre de satisfaction
n'était rien ou bien qu'il devait être autrement conformé que
les autres jeunes gens.
Toutefois, il coïtait encore souvent, contracta une gonorrhée,
après la guérison de laquelle il éprouva une aversion de plus
en plus vive pour le sexe féminin; il pratiqua dorénavant le
coït de plus en plus rarement et seulement dans les cas où,
malgré son _libido_ très vif, il ne pouvait avoir des rapports
avec des individus masculins. Son penchant pour les hommes
devenait de plus en plus fort; c'étaient notamment les hommes
adultes bien bâtis et autant que possible peu barbus qui
avaient de l'attrait pour lui. Il aboutit aux excès les
plus dégoûtants dans le sens du _coïtus buccalis_, et de la
pédérastie active et passive.
Le malade lui-même avait grande honte d'une pareille
dégradation; il essayait toujours de revenir dans la bonne
voie en faisant le coït avec la femme, mais il dut se rendre
à cette évidence désespérante que sa force normale était
insuffisante, que le rapport avec la femme le laissait froid
ou même lui répugnait, et que, à vrai dire, il était créé pour
les rapports sexuels avec des personnes de son propre sexe. En
effet, ses songes n'avaient jamais les femmes pour objet, mais
toujours les hommes, et tel était déjà le cas à un âge où il
n'avait pas encore la moindre idée de la différence des sexes.
Le malade vient à la consultation, car il a compris que le
bonheur de toute sa vie est en jeu. Il a clairement reconnu le
caractère immoral et antinaturel de son existence sexuelle.
Il croit que sa situation n'est pas désespérée, puisqu'il
n'abhorre pas la femme: il y a trois semaines encore, il a
coïté avec une femme, il a réussi, bien qu'il n'ait éprouvé ni
plaisir, ni satisfaction morale. Il ne met pas en doute qu'il
soit en réalité créé pour l'amour du sexe masculin; mais à
la suite d'une neurasthénie qui vient de se déclarer, il n'a
plus, même dans l'acte sexuel avec l'homme, le plaisir qu'il
éprouvait autrefois dans des circonstances analogues. Il a
abandonné sa position d'officier de l'armée, parce que ses
troupiers l'excitaient trop sexuellement, et qu'il craignait
de se compromettre un jour.
Le malade n'a pas de stigmates de dégénérescence. Il a un
extérieur tout à fait viril; les parties génitales sont
normales. L'examen d'un spécimen du sperme a permis de
constater des spermatozoïdes en abondance. Le pénis est grand,
bien développé; le système pileux sur les parties génitales et
sur le corps en général est très bien fourni. Le malade a des
goûts virils, mais il n'a jamais trouvé plaisir ni à fumer
ni à boire. Son oeil névropathique est la seule chose
qu'on pourrait interpréter dans le sens d'une prédisposition
nerveuse.
Il prétend que dans ses actes sexuels avec les hommes, il
s'est la plupart du temps senti dans le rôle de l'homme, mais
parfois aussi dans celui de la femme.
Une tentative d'hypnose a amené un engourdissement avec une
attitude cataleptiforme des muscles; on l'utilise pour lui
faire des suggestions appropriées à sa maladie.
Après la quatrième séance, il déclare avec satisfaction et
étonnement à la fois, que les hommes le laissent froid. Il
voudrait essayer sa bonne chance avec des femmes, mais il
craint d'être impuissant.
Après la sixième séance, il essaie le coït _cum muliere_, sans
y avoir été engagé. Son _libido_ fut très grand, mais _inter
actum_ le _libido_ ainsi que l'érection l'abandonnèrent.
Après la neuvième séance, le malade interrompt le traitement,
ses affaires l'ayant obligé de rentrer à la maison. Il
est content en tant qu'il se sent indifférent vis-à-vis de
l'homme, et capable de résister à toute tentation. Il a la
conviction certaine qu'il ne retombera plus dans ses anciennes
«vilenies». Mais à l'heure qu'il est, il ne sent pas non plus
le moindre intérêt pour le sexe féminin.
OBSERVATION 141.--M. X..., trente et un ans, chimiste, issu
d'une famille névropathique, était, dès son enfance, nerveux,
émotif, peureux et sujet aux migraines. Il se rappelle
nettement qu'étant tout petit garçon, il contemplait avec
plaisir les ouvriers à demi nus dans l'atelier qui se trouvait
en face de la maison paternelle et qu'il se sentait attiré
vers eux. Quand on l'envoya en classe, il éprouva un sentiment
analogue pour ses camarades. Sans y être incité, il arriva à
l'âge de onze ans à faire de l'onanisme; pendant l'acte, il
pensait toujours à ses camarades d'école. Plus tard, il
eut des amitiés extatiques. Sa _vita sexualis_ est devenue
toute-puissante. Devenu grand, il s'intéressa aussi aux
femmes, mais le principal objet du ses désirs, c'étaient les
hommes des classes élevées de la société. Il sentit l'anomalie
de ce penchant, chercha des relations avec les _puellis_,
fit plusieurs fois le coït, mais sans y éprouver un véritable
agrément. Alors il s'égara de plus en plus dans la voie de
l'inversion sexuelle: il pratiquait la masturbation mutuelle
et le coït _inter femora viri_, se livrait à l'occasion aussi
à la pédérastie passive, mais il y renonça bientôt car il n'en
éprouvait que de la douleur.
Il affirme qu'il se sent tout à fait homme et qu'il n'a jamais
eu de goûts féminins. Squelette, attitude tout à fait virils.
Système pileux et barbe très abondants, parties génitales
tout à fait normales. Point d'aversion pour le sexe féminin.
À l'occasion, il fait le coït avec des _puellis_, mais sans en
être satisfait. Le malade se sent très malheureux, reconnaît
nettement sa fausse position, voudrait à tout prix être
débarrassé de son penchant homosexuel et devenir capable de se
marier. Ce serait terrible d'être toujours forcé de jouer la
comédie. Dès le premier essai d'hypnotisation fait d'après
la méthode de Bernheim, le malade est plongé dans un
profond engourdissement. Il est très suggestible, reçoit les
suggestions nécessaires, constate avec satisfaction, après la
quatrième séance, que les individus masculins lui sont devenus
tout à fait indifférents et qu'il commence à coïter avec
plaisir, mais que dans son âme il ne se sent pas satisfait,
étant donné qu'il est obligé d'avoir recours aux _puellæ
publicæ_. Après la quatorzième séance, il déclare n'avoir plus
besoin d'appui. Il est enthousiasmé d'une jeune dame et il
a l'intention de l'épouser. Le malade a sollicité la main de
cette dame, mais il a été éconduit. Bientôt après, il fit
un voyage en Italie, et alors l'intérêt pour les hommes se
réveilla de nouveau. Il eut une rechute et me demanda de
reprendre le traitement. En peu de séances le _statu quo ante_
fut rétabli.
OBSERVATION 142. (_Hermaphrodisme psychique. Traitement par la
suggestion hypnotique suivi de succès_). M. Z..., vingt ans,
prétend être issu de grands-parents bien portants, de père
sain, mais d'une mère nerveuse. Il est enfant unique et il
a été gâté par sa mère. À l'âge de huit ans, il a été très
excité sexuellement par un valet qui lui montrait des gravures
pornographiques et son pénis.
À l'âge de douze ans, Z... devint amoureux de son
corépétiteur. En s'endormant il eut la vision de cet homme
tout nu. Il se sentit vis-à-vis de celui-ci dans la situation
d'une femme; il s'extasiait à l'idée de pouvoir l'épouser un
jour.
À l'âge de treize ans, à l'occasion d'une soirée dansante
donnée à la maison, une jeune gouvernante excita son
imagination, et à l'âge de quinze ans il tomba amoureux d'une
jeune dame. Il est resté sensuellement très excitable, mais
les années suivantes ce furent exclusivement les hommes
sympathiques qui lui firent cette impression. Il ne pratiquait
point la masturbation.
À l'âge de vingt ans, le malade est devenu neurasthénique _ex
abstinentia_. Il essaya alors le coït, mais ne réussit pas. En
revanche, il était saisi d'un puissant _libido_ quand, dans
un hammam, il avait l'occasion de voir des _viri nudi_.
L'un d'eux remarqua l'émotion du jeune homme, l'aborda, le
masturba, ce qui lui causa un grand plaisir. Il se sentait
puissamment attiré vers cet homme et se fit encore masturber
par lui à plusieurs reprises. Entre temps il faisait des
essais du coït avec les femmes, mais il remportait toujours un
échec. Le malade en était profondément désolé; il consulta des
médecins qui expliquèrent son impuissance par sa nervosité et
qui étaient d'avis que cela s'arrangerait bientôt.
Jusqu'à l'âge de vingt-cinq ans, sa satisfaction sexuelle
consistait à se faire masturber une fois par mois par l'homme
aimé. C'est à cette époque qu'il se sentit pour la dernière
fois attiré vers la femme. C'était une paysanne vierge. Elle
se montra inaccessible à ses désirs. Comme son amant lui était
devenu inaccessible aussi, le malade prit l'habitude de
la masturbation solitaire. À la suite de ces pratiques, sa
neurasthénie s'accentua de plus en plus. Il ne put pour
cette raison terminer ses études; il évita les hommes, devint
sombre, aboulique; il fit sans succès des cures dans divers
établissements hydrothérapiques. Le malade vint me trouver
vers la fin du mois de février 1890 pour me demander conseil
au sujet de sa neurasthénie (cérébro-spinale) qui était grave
et continue.
C'est un homme grand, svelte, de manières aristocratiques,
d'allures nettement viriles, et d'apparence névropathique;
lobes des oreilles grands et se confondant comme un cadre avec
les joues. Les parties génitales sont tout à fait normales.
Il présente les symptômes ordinaires d'une neurasthénie
cérébro-spinale modérée. Il est très déprimé, se plaint que la
vie lui paraît si peu agréable qu'il en est arrivé au _tædium
vitæ_; il est péniblement affecté de son anomalie sexuelle,
d'autant plus que sa famille insiste pour qu'il se marie.
Chez la femme il n'y a que l'âme qui l'intéresse et non le
corps. Sexuellement il n'a d'affection que pour les hommes, et
encore faut-il que ceux-ci soient du meilleur monde. Ses rêves
n'ont jamais eu pour objet des individus de son propre sexe,
mais toujours des personnes du sexe féminin. Dans ces rêves
érotiques il s'est vu dans le rôle de la femme.
La puella la plus raffinée n'a jamais pu provoquer de
l'érection ni du _libido_ chez lui.
Ses rapports sexuels avec les hommes ont consisté dans la
masturbation passive ou mutuelle. Il ne s'est livré que
rarement à l'auto-masturbation et quand il ne pouvait faire
autrement. Depuis cinq mois il s'en est abstenu, depuis le
mois d'août 1889 il n'a pas eu non plus de rapports sexuels
avec des hommes.
Un essai d'hypnose selon la méthode de Bernheim n'a pas
réussi. En passant plusieurs fois la main sur le front, on
provoque de l'engourdissement avec catalepsie. Cette méthode
est employée pour appliquer le traitement suggestif chez ce
malade digne de pitié. L'état hypnotique reste toujours le
même; il est impossible de l'amener au somnambulisme.
À la troisième séance le malade reçoit les suggestions:
l'onanisme et l'amour du sexe masculin sont détestables; il
faut trouver les femmes belles et rêver d'elles.
Après la sixième séance (10 mars), il se produit une évolution
visible dans l'existence psychique du malade. Il devient plus
calme, il se sent plus dégagé, rêve par-ci par-là de femmes,
et plus d'hommes, trouve que ces derniers lui sont devenus
tout à fait indifférents et m'annonce avec satisfaction qu'il
n'a plus de velléités de masturbation. Il s'approche du beau
sexe, mais il s'aperçoit que les femmes n'exercent pas sur lui
la moindre force d'attraction.
Le 19 mars des affaires rappellent le malade chez lui, de
sorte que le traitement a dû être interrompu.
Le 17 mai 1890 il revient au traitement. Il affirme qu'entre
temps il ne s'est pas masturbé et qu'il a su résister à son
penchant pour les hommes. Aussi n'a-t-il plus rêvé d'hommes,
et deux fois même dans ses songes il s'est occupé de femmes,
mais tout à fait platoniquement. Son asthénie cérébrale (_ex
abstinentia_) s'est augmentée. Il souffre évidemment du manque
d'une satisfaction morale et sensuelle de sa _vita sexualis_,
puisque l'amour homosexuel et la masturbation lui sont devenus
impossibles, et que, en même temps, il est aussi privé des
rapports avec les femmes. Le malade en est péniblement affecté
jusqu'au _tædium vitæ_.
On le soumet alors à un traitement antineurasthénique
(hydro-électrothérapie) et on reprend le traitement
hypnotique. Ce n'est qu'après une cure laborieuse de dix
semaines que les malaises neurasthéniques disparaissent.
Parallèlement il se produit un changement dans l'individualité
psychique.
Le malade s'aperçoit avec satisfaction qu'il devient plus
vigoureux et que la vie sexuelle ne joue plus chez lui un rôle
dominant. Il est vrai qu'il se sent attiré plutôt vers l'homme
que vers la femme, mais il résiste facilement aux désirs
homosexuels. Le boudoir qu'il avait jusqu'ici se transforme en
bureau de travail; au lieu de s'occuper de luxe, de toilette
et de lectures frivoles, il court dans les forêts et sur les
montagnes. À cause des dangers d'un échec, on laisse le malade
prendre une initiative sur le terrain hétérosexuel.
Ce n'est que dans la quatorzième semaine de sa cure qu'il se
met à l'épreuve. Il réussit brillamment. Il devient un homme
gai, sain de corps et d'esprit; il nourrit les meilleures
espérances pour son avenir et caresse même l'idée de se
marier.
Il éprouve un plaisir croissant aux rapports sexuels normaux
et a, à l'occasion, des rêves érotiques concernant des femmes;
il ne rêve plus d'hommes.
Vers la fin du mois de septembre, la cure du malade est
terminée. Il se sent tout à fait normal sous le rapport
hétérosexuel; il est délivré de sa neurasthénie et il a des
idées de mariage. Toutefois il avoue franchement qu'il entre
encore en érection quand il voit un homme bien fait tout nu;
mais il résiste avec facilité aux envies qui pourraient le
prendre à ce propos; dans la vie des songes il a exclusivement
des «relations avec la femme».
Au mois d'avril 1891 j'ai revu le malade qui se portait
au mieux. Il croit que sa _vita sexualis_ est complètement
assainie, en tant qu'il fait le coït régulièrement avec une
parfaite puissance, qu'il ne rêve que de femmes et qu'il n'a
jamais la moindre velléité de masturbation. Toutefois il
me fait cet aveu intéressant que souvent _post coïtum_ il a
encore passagèrement un «léger goût pour l'homme», mais
qu'il lui est facile de le dompter. Il se croit rétabli pour
toujours et nourrit le projet de se marier.
Le traitement par suggestion peut réussir aussi dans l'inversion
sexuelle manifestement congénitale, ainsi que le prouvent les sujets
traités par l'auteur et celui de Ladame où du moins on a réussi à
désuggérer les sentiments homosexuels et à obtenir une neutralisation
sexuelle très salutaire, étant donnés les dangers de la honte sociale
et des poursuites judiciaires. Wetterstrand a même réussi à remplacer
la tendance homosexuelle par des sentiments hétérosexuels avec
puissance génitale. Ce cas est cité par von Schrenk (_op. cit._,
observation 49). Des succès analogues ont été encore obtenus par
Bernheim (cité par Schrenk: observation 51), Muller (cité par Schrenk:
observation 53), Schrenk (_op. cit._, cas 66, 67). Ce dernier même
a réussi dans des cas d'effémination (Schrenk, _op. cit._, cas 62 et
63).
Nous tenons à citer ici le premier de ces cas qui est pour ainsi dire
un succès phénoménal et que l'auteur a pu personnellement suivre.
D'ailleurs, ces succès décisifs et durables ne peuvent être obtenus
que quand on peut pousser l'hypnose jusqu'au somnambulisme. Toutefois,
il faut se mettre en garde contre les illusions.
OBSERVATION 143 (_Cas d'inversion sexuelle congénitale
amélioré par suggestion hypnotique_).--R., fonctionnaire,
vingt-huit ans, demanda, le 20 janvier 1880, des secours
médicaux. Il est le frère du malade qui fait l'objet de
l'observation 135 et par conséquent d'une famille très
tarée. Vers la fin du traitement, il avoue être l'auteur de
l'autobiographie qui a été insérée comme observation 83 dans
la cinquième édition de ce livre et que nous allons tout
d'abord reproduire ici:
«Mon anomalie consiste, pour le dire brièvement, en ce que,
sous le rapport sexuel, je me sens tout à fait femme. Depuis
ma première jeunesse, dans mes rêves et dans mes actes
sexuels, j'ai eu devant les yeux uniquement des images d'êtres
masculins et de parties génitales d'hommes. Jusqu'à ce que
je sois devenu élève de l'Université, je n'y ai rien trouvé
d'étrange. (Je n'ai jamais parlé à autrui de mes fantaisies et
de mes rêves; je vivais, quand je fréquentais le lycée, très
retiré, et j'étais très peu communicatif). Ce qui frappa mon
attention, alors que j'étais étudiant de l'Université, c'est
que les êtres féminins ne pouvaient m'inspirer le moindre
intérêt. J'ai essayé plusieurs fois depuis, au lupanar et
ailleurs, de faire le coït ou d'arriver au moins au coït, mais
toujours en vain.
«Aussitôt que j'étais seul avec un être féminin dans une
chambre, toute érection cessait immédiatement. J'ai pris
d'abord ce phénomène pour de l'impuissance, et pourtant
j'étais à cette époque si excité sexuellement qu'il me fallait
me masturber plusieurs fois par jour pour pouvoir dormir.
«Mes sentiments pour le sexe masculin se sont développés
bien autrement: ils sont devenus plus forts chaque année. Au
commencement ils se manifestèrent par une amitié extrêmement
romanesque pour certains personnages, sous la fenêtre desquels
j'attendais la nuit des heures entières, que je cherchais
par tous les moyens à rencontrer dans les rues, et dont
je cherchais toujours à me rapprocher. J'écrivais à ces
personnages les lettres les plus passionnées, mais je me
gardais bien toutefois d'y déclarer trop clairement mes
sentiments. Plus tard, dans la période qui suivit mes vingt
ans, j'eus une conscience nette de la nature sensuelle de mes
inclinations, surtout à la suite de la sensation voluptueuse
que j'éprouvais aussitôt que je me trouvais en contact direct
avec un de ces amis. C'étaient tous des hommes bien bâtis, aux
cheveux foncés et aux yeux noirs. Je ne me suis jamais senti
excité par des garçons et je ne comprends pas comment on peut
avoir du goût pour la pédérastie proprement dite. À la même
époque (entre ma vingt-deuxième et ma vingt-troisième année)
le cercle des personnes que j'aimais, s'élargissait de plus en
plus. À l'heure qu'il est, je ne peux pas voir dans la rue
un bel homme sans concevoir le désir de le posséder. J'aime
surtout les personnes de la basse classe dont les formes
vigoureuses m'attirent: les soldats, les gendarmes, les
cochers de tramway, etc.. en un mot, tout ce qui porte un
uniforme. Si quelqu'un de ces gens répond à mon regard, je
sens comme un frisson à travers tout mon corps. Je suis excité
surtout le soir, et rien qu'en entendant le pas vigoureux
d'un militaire, j'ai souvent des érections des plus violentes.
C'est pour moi un plaisir particulier de suivre ces individus
et de les contempler en marchant derrière eux. Aussitôt que
j'apprends qu'ils sont mariés ou qu'ils se commettent avec des
filles, mon émotion disparaît. Il y a quelques mois encore
je pouvais maîtriser mes penchants et ils ne se faisaient
pas remarquer directement. À cette époque, un soldat que
je suivais, me sembla disposé à consentir à mes désirs; je
l'abordai. Pour de l'argent, il fut prêt à tout. _Statim summa
libidine affectus sum eum amplecti et osculari neque periculo
videndi deterritus sum, quominus hæc facerem. Genitalia
mea apprehendit manibus et statim ejaculatio evenit._ Cette
rencontre me fit enfin comprendre le but de ma vie, but que
je cherchais depuis si longtemps. Je savais que c'était là
que mon naturel trouverait son bonheur et sa satisfaction; à
partir de ce moment j'ai pris la résolution de faire tous mes
efforts pour trouver un être que je puisse aimer et auquel je
resterais attaché pour toujours. Je n'ai aucun remords de ma
manière d'agir.
«Il est vrai que dans les moments de calme je sens très bien
la grande différence qui existe entre ma façon de penser
et les vues du monde; je connais naturellement aussi, étant
jurisconsulte, les dangers d'une liaison telle que je la
désire, mais tant que la totalité de ma nature n'aura pas
changé, je ne saurais résister aux tentations qui me hantent.
Malgré tout, je serais prêt à me soumettre à tout traitement
pour sortir de mon état anormal.
«Je sens en femme, et je m'en rends compte, entre autres par
le fait que toute représentation sensuelle ayant rapport à une
femme me paraît pour ainsi dire forcée et même contre nature.
Je suis certain aussi que mon estime pour une femme--je
fréquente beaucoup la société des dames et je m'y trouve très
bien--se convertirait en aversion dans le cas où j'apercevrais
chez elle des inclinations sensuelles pour ma personne. Dans
mes rêves et dans mes fantaisies érotiques concernant les
hommes, je me figure toujours dans des positions telles que
leur figure est tournée vers moi. _Maxima mihi esset voluptas,
si vir robustus nudus me tanta vi amplecteretur, ut reniti
non possem._ En général, je me vois dans ces positions dans un
rôle tout à fait passif, et ce n'est qu'en faisant violence
à mes sentiments que je pourrais m'imaginer dans une autre
situation. Je suis d'une timidité vraiment féminine. Quelque
grand que soit mon désir de m'approcher de tel ou tel
individu, je fais des efforts aussi grands pour ne rien
laisser percer de mon inclination. Des moustaches, un système
pileux très développé, et même la crasse, me paraissent
particulièrement attrayants. Inutile de dire qu'au point de
vue social mon état me paraît tout à fait désespérant, et si
je n'avais pas l'espoir de trouver un être qui me comprenne,
je ne saurais guère supporter la vie. Je sens que les rapports
sexuels avec l'homme sont l'unique moyen de combattre avec
efficacité mon penchant pour l'onanisme. Bien que cela
m'affecte beaucoup, je ne puis pas m'en passer longtemps, car
autrement, ainsi que je l'ai déjà éprouvé par expérience, je
serais encore plus affaibli par des pollutions nocturnes et
par des érections qui dureraient des heures entières dans la
journée.
«Jusqu'ici je n'ai aimé vraiment que deux hommes. Tous les
deux étaient des officiers, de beaux hommes, de grand talent,
sveltes et bien bâtis, bruns, avec des yeux noirs. J'ai fait
la connaissance de l'un à l'Université. J'étais amoureux fou
de lui; je souffrais beaucoup de son indifférence, je passais
la moitié des nuits sous ses fenêtres, rien que pour être dans
sa proximité. Quand il fut transféré dans une autre garnison,
je fus désespéré.
«Peu après je fis la connaissance d'un autre officier qui
ressemblait au premier, et qui m'a captivé dès le premier
moment. Je cherchai par tous les moyens possibles à me
rencontrer avec lui; je passais toute la journée dans la rue
et dans les endroits où je pouvais espérer le voir. Je
sentais me monter le sang au visage quand je l'apercevais
à l'improviste. Quand je le voyais causer amicalement avec
d'autres, je ne me sentais plus de jalousie. Quand j'étais
assis à côté de lui, j'avais l'impulsion invincible de le
toucher; je pouvais à peine cacher ma grande émotion, quand
j'avais l'occasion de lui effleurer les _genua aut femora_.
Cependant jamais je n'ai eu le courage de déclarer mes
sentiments devant lui, car j'ai cru deviner dans ses manières
qu'il ne les aurait pas compris ou pas partagés.
«J'ai vingt-sept ans, je suis de taille moyenne, bien fait;
je passe pour être joli, j'ai la poitrine un peu étroite, de
petites mains, de petits pieds et une voix grêle. Au point
de vue intellectuel, je crois être bien doué, car j'ai passé
brillamment mon examen de brevet; je sais plusieurs langues et
je suis bon peintre.
«Dans mon métier je passe pour être travailleur et
consciencieux. Les gens de ma connaissance me trouvent froid
et singulier. Je ne fume pas, ne pratique aucun sport; je ne
puis ni chanter, ni siffler. Ma démarche est un peu affectée,
de même que mon langage. J'ai beaucoup de prédilection pour
l'élégance, j'aime les bijoux, les sucreries, les parfums, et
je vais de préférence dans la société des dames.»
On apprend encore par les notes prises par le Dr V. Schrenk
sur la maladie de cet inverti, que les entraves sociales et
légales d'un côté, l'impulsion violente pour son propre sexe
de l'autre côté, ont provoqué dans l'âme du malade des luttes
terribles qui ont fait de sa vie un supplice. C'est pour cette
raison qu'il s'est confié à un médecin.
Le 22 janvier 1889, le malade fut soumis au traitement
hypnotico-suggestif suivant la méthode de l'École de Nancy.
Peu à peu on réussit à le mettre en somnambulisme.
Les suggestions lui ont été faites dans ce sens: indifférence
et faculté de résistance vis-à-vis du sexe masculin, intérêt
croissant pour les rapports avec la femme, interdiction de
la masturbation, substitution des images féminines aux images
masculines dans les rêves érotiques. Après quelques séances,
les formes féminines commencent à plaire au malade. À la
septième séance, on lui suggère de faire le coït et d'y
réussir. Cette suggestion est suivie d'effet. Pendant les
trois mois suivants, le malade se trouvant sous l'influence
éducatrice des suggestions périodiques, est resté en
possession complète d'un fonctionnement sexuel normal. Le 22
avril 1889, il y a rechute, par suite de la séduction d'un
uraniste. Repentir et horreur dans la séance suivante. Comme
expiation, coït avec une femme en présence du séducteur.
Le malade se plaint que le coït avec des femmes très
inférieures comme éducation, ne satisfait pas son besoin
esthétique. Il espère trouver cette satisfaction dans un
mariage heureux. Il cesse le traitement, se fiance quelques
semaines plus tard avec une amie d'enfance, se présente six
mois après comme un heureux fiancé, et croit, par suite du
bonheur qu'il éprouve avec sa fiancée, être à l'abri de toute
rechute.
L'auteur assure que le traitement hypnotique n'a jamais
d'effet nuisible secondaire. Étant donnée la lourde tare
héréditaire du malade, il ne tranche pas la question de savoir
si la guérison sera durable, mais il exprime la conviction
que, dans le cas de récidive, la suggestion hypnotique ne
manquerait pas de produire son effet comme la première fois.
Comme le succès incroyable de ce cas m'avait intéressé au plus
haut degré, et que je m'intéressais encore davantage au cours
que prendraient les choses après la guérison, je me suis
adressé à l'auteur en lui demandant des renseignements sur
l'état de santé de son ancien malade.
Avec la plus grande amabilité, M. le Dr V. Schrenk a mis à ma
disposition la lettre suivante qu'il avait reçue au mois de
janvier 1890.
«Par le traitement suggestif de M. le baron V. Schrenk, j'eus
pour la première fois la faculté physique d'avoir des rapports
sexuels avec une femme, ce qui, jusqu'ici ne m'avait pas
réussi malgré des essais réitérés.
«Comme mon besoin esthétique ne pouvait être satisfait par
des relations avec des prostituées, j'ai cru trouver mon salut
réel dans un mariage. Une affection amicale ancienne pour une
dame que je connais depuis mon enfance m'a fourni la meilleure
occasion de conclure un mariage, d'autant plus qu'à cette
époque je croyais que c'était elle qui serait le plus capable
d'éveiller en moi des sentiments pour le sexe féminin,
sentiments qui, jusque-là m'étaient totalement inconnus.
Son être répond tellement à mes inclinations que je suis
profondément convaincu de trouver aussi une complète
satisfaction physique. Cette conviction n'a pas changé pendant
les mois qui se sont écoulés depuis nos fiançailles.
«J'ai l'intention de me marier dans quatre semaines.
«En ce qui concerne mon attitude vis-à-vis du sexe masculin,
ma force de résistance--c'est le résultat le plus positif
et le plus constant du traitement--subsiste toujours au même
degré. Tandis que, autrefois, il m'était impossible, en voyant
par exemple un beau cocher de tramway, de résister à une
excitation sexuelle intense au point de me forcer à quitter
la voiture: aujourd'hui je peux rester sans aucune excitation
sexuelle, même quand je me trouve avec mon ancien amant. Il
faut ajouter toutefois que la fréquentation de ce dernier a
toujours pour moi un certain attrait qui cependant ne peut
être comparé à mon ancienne passion.
«D'autre part j'ai refusé, et sans que cela m'ait coûté
beaucoup d'efforts, des offres réitérées d'entrer en rapports
sexuels avec des hommes auxquels autrefois je n'aurais pu
résister.
«Je puis affirmer que c'est plutôt par sentiment de pitié
que je ne romps pas les relations avec mon ancien amant qui a
conservé pour moi son affection passionnée.
«Ces relations me paraissent plutôt comme un devoir moral que
comme un besoin intérieur.
«Depuis que le traitement médical a été terminé, je n'ai plus
eu de rapports avec des prostituées. Cette circonstance,
ainsi que les nombreuses lettres de mon ancien amant et
ses tentatives de renouer l'ancienne liaison, peuvent être
considérées comme la cause de ce que, dans l'intervalle de
huit mois, je me suis laissé entraîner trois ou quatre fois
dans nos entretiens à un rapport sexuel. Dans ces occasions,
j'ai toujours conservé la conscience d'être parfaitement
maître de moi-même, ce qui était contraire à mon état
passionnel d'autrefois, et m'a attiré les reproches les plus
vifs de la part de mon ami. Je sens toujours une certaine
barrière insurmontable qui n'est pas fondée sur des raisons
morales mais qui doit être directement attribuée à votre
traitement. Depuis ce temps, je n'éprouve plus pour lui
d'amour dans le sens d'autrefois. D'ailleurs, depuis que
le traitement a été terminé, je n'ai plus jamais cherché
d'occasions d'entrer en rapports sexuels avec des hommes et je
n'en éprouve pas non plus le besoin, tandis qu'autrefois il ne
se passait pas un jour où je ne m'y sentisse poussé au point
que par moments j'étais incapable de penser à autre chose.
«Les images sexuelles à l'état de rêve ou à l'état de veille
sont devenues très rares.
«Je crois pouvoir exprimer la conviction que mon mariage,
qui aura lieu d'ici quelques semaines, que le changement de
domicile qui en sera la conséquence et que je désire moi-même,
seront capables de détruire les derniers résidus de ma
perversion, résidus qui d'ailleurs ne me gênent plus. Je
termine ces lignes par l'affirmation la plus sincère que, dans
mon for intérieur, je suis devenu un tout autre homme et
que cette transformation m'a rendu l'équilibre moral qui m'a
manqué jusqu'ici.»
Les lignes précédentes que M. le Dr V. Schrenk complète encore
en rapportant une communication verbale du malade d'après
laquelle celui-ci ne s'est plus livré à aucun acte de
masturbation, constituent bien la preuve la plus éclatante de
l'effet durable et efficace de la suggestion post-hypnotique.
Pour ma part, je tiens le sentiment hétérosexuel du malade
pour une création artificielle d'un excellent médecin, et le
malade lui-même semble le sentir, car il parle d'une barrière
qui n'est pas fondée sur des raisons morales, mais qui doit
être directement attribuée au traitement.
La lettre suivante, que mon collègue V. Schrenk a bien voulu
mettre à ma disposition, nous montre quel sort a été réservé à
ce malade intéressant.
«Monsieur le baron, rentré depuis quelques jours de mon voyage
de noces, je me permets de vous envoyer un rapport sommaire
sur mon état actuel. La semaine qui précéda le mariage, je me
trouvai, à vrai dire, dans un état d'émotion excessive, car je
craignais de ne pouvoir remplir certains devoirs. Les prières
pressantes de mon ami, qui voulait à tout prix avoir encore un
entretien avec moi, m'ont laissé absolument froid. Depuis que
je vous ai rencontré la dernière fois, je n'ai pas revu cet
ami. J'étais très inquiet à l'idée que mon mariage pourrait
fatalement devenir malheureux. Mais maintenant je n'ai plus
d'inquiétude à ce sujet. Il est vrai que, la première nuit, je
n'ai réussi que très difficilement à me mettre en excitation
sexuelle; mais la seconde nuit et les suivantes je crois avoir
satisfait à toutes les exigences qu'on peut demander à un
homme normal; je suis toujours capable d'y satisfaire. J'ai
aussi la conviction que l'harmonie qui existe, au point de
vue intellectuel, entre ma femme et moi depuis longtemps, se
complète encore de plus en plus par un autre genre d'harmonie.
Il me paraît impossible de revenir aux anciennes habitudes.
Voici peut-être un fait significatif pour mon état actuel: la
nuit passée j'ai, il est vrai, rêvé d'un ancien amant, mais ce
rêve n'était pas sensuel et ne m'a pas excité.
«Quant à ma situation actuelle, j'en suis satisfait. Je sais
bien que mon affection nouvelle est loin d'avoir atteint le
même degré que mon affection ancienne. Mais je crois que ce
penchant croîtra en force tous les jours. Déjà maintenant la
vie que je menais autrefois me paraît incompréhensible et je
ne puis pas comprendre pourquoi je n'ai pas pensé plus tôt à
refouler ces sentiments anormaux par une satisfaction sexuelle
normale. Une rechute ne me paraîtrait possible qu'à la suite
d'une transformation complète de ma vie psychique actuelle, et
cela, pour le dire en un mot, me semble impossible.
«Votre tout dévoué, L...»
J'apprends encore les détails suivants par une lettre que M.
le Dr V. Schrenk m'a écrite le 7 décembre:
«Dans le cas présent, la guérison paraît être de plus longue
durée que je ne l'aurais attendu, car, lorsqu'il y a quelques
mois, j'ai parlé avec mon ancien malade, celui-ci a déclaré
qu'il se sentait très heureux de la vie conjugale et, comme je
l'ai compris, il s'attend à devenir père d'ici peu de temps.»
En effet, au printemps 1891, il est devenu père. Le docteur
V. Schrenk a publié sur son ancien malade de nouveaux
renseignements très intéressants au point de vue
thérapeutique, qu'on peut relire dans la _Wiener
internationale klinische Rundschau_ 1892 ainsi que dans son
livre _Die Suggestionstherapie_, 1892, p. 242.