1º _Paradoxie_, c'est-à-dire émotions sexuelles produites en dehors
de l'époque des processus anatomico-physiologiques dans la zone des
parties génitales.
2º _Anesthésie_ (manque de penchant sexuel).--Ici toutes les
impulsions organiques données par les parties génitales, de même que
toutes les représentations, toutes les impressions optiques, auditives
et olfactives, laissent l'individu dans l'indifférence sexuelle.
Physiologiquement ce phénomène se produit dans l'enfance et dans la
vieillesse.
3º _Hyperesthésie_ (penchant augmenté jusqu'au satyriasis).--Ici, il y
a une aspiration anormalement vive pour la vie sexuelle, désir qui est
provoqué par des excitations organiques, psychiques et sensorielles.
(Acuité anormale du _libido_, lubricité insatiable.) L'excitation peut
être centrale (nymphomanie, satyriasis), périphérique, fonctionnelle,
organique.
4º _Paresthésie_ (perversion de l'instinct sexuel), c'est-à-dire
excitation du sens sexuel par des objets inadéquats.
Ces anomalies cérébrales tombent dans le domaine de la
psychopathologie. Les anomalies spinales et périphériques peuvent se
combiner avec celles-ci. Ordinairement elles se rencontrent chez
des individus non atteints de maladies mentales. Elles peuvent se
présenter sous diverses combinaisons et devenir le mobile de délits
sexuels. C'est pour cette raison qu'elles demandent à être traitées à
fond dans l'exposé qui va suivre. L'intérêt principal, cependant, doit
revenir aux anomalies causées par le cerveau, ces anomalies poussant
souvent à des actes pervers et même criminels.
A.--PARADOXIE.--INSTINCT SEXUEL EN DEHORS DE LA PÉRIODE DES PROCESSUS
ANATOMICO-PHYSIOLOGIQUES
1º _Instinct sexuel dans l'enfance._--Tout médecin neuro-pathologue
et tout médecin d'enfants savent que les mouvements de la vie sexuelle
peuvent se manifester chez les petits enfants. Il faut citer, à
ce propos, les communications très remarquables d'Ultzmann sur la
masturbation dans l'enfance[24].
[Note 24: Louyer-Villermay rapporte ainsi un cas d'onanisme chez
une fille de trois à quatre ans; de même, Moreau (_Aberrations du
sens génésique_, 2e édit., p. 209) parle d'un enfant de deux ans.
À consulter Maudsley: _Physiologie et Pathologie de l'âme_, p. 218;
Hirschsprung (Kopenhagen), _Berlin. klin. Wochenschrift_, 1886, nº 38;
Lombroso, _L'Uomo delinquente_.]
Il faut bien distinguer les cas nombreux où, à la suite de phimosis,
balanites, oxyures dans l'anus ou dans le vagin, les enfants éprouvent
des démangeaisons aux parties génitales, y font des attouchements, en
ressentent une sorte de volupté et arrivent ainsi à la masturbation.
Il faut bien séparer de tous ces cas ceux où, sans aucune cause
périphérique, mais uniquement par des processus cérébraux, l'enfant
éprouve des désirs et des penchants sexuels. Dans ces derniers cas
seulement il s'agit d'une manifestation précoce de la vie sexuelle.
Il est probable qu'on se trouve là en présence d'un phénomène partiel
d'un état morbide neuro-psychopathique. Une observation de Marc (_Les
maladies mentales_) nous fournit une preuve frappante de cet état. Le
sujet était une fille de huit ans, issue d'une famille très honorable
et qui, dénuée de tout sentiment moral, se livrait à la masturbation
depuis l'âge de quatre ans. _Præterea cum pueris, decem usque duodecim
annos natis, stupra fecit._ Elle était hantée par l'idée d'assassiner
ses parents pour hériter et pour pouvoir s'amuser ensuite avec des
hommes.
Dans ces cas de _libido_ précoce, les enfants sont amenés à la
masturbation, et, comme ils sont fortement tarés, ils aboutissent
souvent à l'idiotie ou aux formes graves des névroses ou psychoses
dégénératives.
Lombroso (_Archiv. di Psychiatria_, IV. p. 22) a recueilli des
documents sur des enfants héréditairement tarés. Il parle, entre
autres, d'une fille de trois ans qui se masturbait sans cesse et sans
vergogne. Une autre fille a commencé à l'âge de huit ans et a continué
à s'onaniser après son mariage, surtout pendant la durée de sa
grossesse. Elle a accouché douze fois. Cinq de ses enfants sont morts
très jeunes; quatre étaient des hydrocéphales, deux (des garçons) se
sont livrés à la masturbation, l'un à partir de l'âge de quatre ans,
l'autre à partir de l'âge de sept ans.
Zambacco (_L'Encéphale_, 1882, nº 12) raconte l'histoire abominable
de deux soeurs avec précocité et perversion du sens sexuel. L'aînée,
R..., se masturbait déjà à l'âge de sept ans, _stupra cum pueris
faciebat_, volait quand elle pouvait le faire, _sororem quatuor
annorum ad masturbationem illixit_, faisait à l'âge de dix ans les
actes les plus hideux, ne put pas même être détournée de sa rage par
le _ferrum candens ad clitoridem_; elle se masturba une fois avec
la soutane d'un prêtre pendant que celui-ci l'exhortait à s'amender,
etc., etc.
2º _Réveil du penchant sexuel à l'âge de sénilité._--Il y a des cas
rares où l'instinct sexuel se conserve jusqu'à un âge très avancé.
«_Senectus non quidem annis sed viribus magis æstimatur_» (Zittmann).
OEsterlen (_Maschkas Handbuch_, III, p. 18) rapporte même le cas
d'un vieillard de quatre-vingt-trois ans qui fut condamné par une cour
d'assises wurtembergeoise à trois ans de travaux forcés pour délit
contre les moeurs. Malheureusement il ne dit rien du genre du délit
ni de l'état psychique de l'accusé.
Les manifestations de l'instinct sexuel à un âge très avancé ne
constituent pas, par elles-mêmes, un cas pathologique. Mais il faut
nécessairement admettre des conditions pathologiques quand l'individu
est usé (décrépitude), quand sa vie sexuelle est déjà éteinte depuis
longtemps, et quand, chez un homme dont autrefois peut-être les
besoins sexuels n'étaient pas très forts, l'instinct se manifeste
avec une grande puissance et demande à être satisfait impérieusement,
souvent même se pervertit.
Dans de pareils cas, le bon sens fera soupçonner l'existence de
conditions pathologiques. La science médicale a bien établi qu'un
penchant de ce genre est basé sur des changements morbides dans le
cerveau, altérations qui peuvent mener à l'idiotie sénile (gagaïsme,
gâtisme).
Ce phénomène morbide de la vie sexuelle peut être le précurseur de la
démence sénile et se présente longtemps avant qu'il existe des faits
manifestes de faiblesse intellectuelle. L'observateur attentif
et expérimenté pourra toujours démontrer, même dans cette
phase prodromique, un changement de caractère _in pejus_ et un
affaiblissement du sens moral qui va de pair avec cet étrange réveil
sexuel. Le _libido_ de l'homme qui est sur le point de tomber en
démence sénile, se manifeste au début par des paroles et des gestes
lascifs. Les enfants sont les premiers attaqués par ces vieillards
cyniques, qui sont en train de verser dans l'atrophie cérébrale, et
dans la dégénérescence psychique. Les occasions plus faciles d'aborder
les enfants, et aussi la conscience d'une puissance défectueuse,
peuvent expliquer ce fait attristant; une puissance génésique
défectueuse et un sens moral très abaissé expliquent encore pourquoi
les actes sexuels de ces vieillards sont toujours pervers. Ce sont des
équivalents de l'acte physiologique dont ils ne sont plus capables.
Comme tels, les annales de la médecine légale enregistrent
l'exhibition des parties génitales (voir Lasègue: _Les
exhibitionnistes. Union médicale_, 1871, 1er mai), l'attouchement
voluptueux des parties génitales des enfants (Legrand du Saulle, _La
folie devant les tribunaux_, p. 30), l'excitation des enfants à
la masturbation du séducteur, l'onanisation de la victime (Hirn,
_Maschkas Handbuch d. ger. Med._, p. 373), la flagellation des
enfants.
Dans cette phase, l'intelligence du vieillard peut encore être assez
conservée pour qu'il cherche à éviter l'éclat et les révélations,
tandis que son sens moral a trop baissé pour qu'il puisse juger de la
moralité de l'acte et pour qu'il puisse résister à son penchant.
Avec l'apparition de la démence, ces actes deviennent de plus en plus
éhontés. Alors la préoccupation d'impuissance disparaît et le malade
recherche des adultes; mais sa puissance génésique défectueuse
le réduit à se contenter des équivalents du coït. Dans ce cas, le
vieillard est souvent amené à la sodomie, et alors, comme le fait
remarquer Tarnoswsky (_op. cit._, p. 77), dans l'acte sexuel avec des
oies, des poules, etc., l'aspect de l'animal mourant, ses mouvements
convulsifs procurent une satisfaction complète au malade. Les actes
sexuels pervers accomplis sur des adultes sont aussi abominables et
aussi psychologiquement compréhensibles d'après les faits que nous
venons de mentionner.
L'observation 49 de mon traité de _Psychopathologie légale_ nous
montre combien le désir sexuel peut devenir intense au cours de
la _dementia senilis quum senex libidinosus germanam suam filiam
æmulatione motus necaret et adspectu pectoris cæsi puellæ moribundæ
delectaretur_.
Dans le cours de cette maladie, des délires érotiques peuvent se
produire avec épisodes maniaques ou sans ces épisodes, ainsi que cela
ressort du fait suivant.
OBSERVATION 1.--J. René s'est adonné de tout temps aux
plaisirs sexuels, mais en gardant le décorum. Il a, depuis
l'âge de soixante-seize ans, montré un affaiblissement graduel
de ses facultés mentales en même temps qu'une augmentation
progressive dans la perversion du sens moral. Autrefois avare
et de très bonne tenue, _consumpsit bona sua cum meretricibus,
lupanaria frequentabat, ab omni femina in via occurrente,
ut uxor fiat sua voluit, aut ut coitum concederet_, et il
a tellement offensé les moeurs publiques, qu'il a fallu
l'interner dans une maison d'aliénés. Là, son excitation
sexuelle se surexcita et devint un état de véritable
satyriasis qui dura jusqu'à sa mort. Il se masturbait sans
cesse, même en public, divaguait sur des idées obscènes; il
prenait les hommes de son entourage pour des femmes et les
poursuivait de ses sales propositions (Legrand du Saulle, _La
Folie_, p. 533).
Un pareil état d'excitation sexuelle exagérée (nymphomanie,
_furor uterinus_) peut se produire chez des femmes tombées
en _dementia senilis_, bien qu'elles aient été auparavant des
femmes très convenables.
Il ressort de la lecture de Schopenhauer (_Le monde comme volonté et
comme représentation_, 1859, t. II, p. 461) que, dans la _dementia
senilis_, le penchant morbide et pervers peut se porter exclusivement
vers les personnes du sexe du malade (voir plus loin). La manière de
satisfaire ce penchant est, dans ce cas, la pédérastie passive ou la
masturbation mutuelle, comme je l'ai constaté dans le cas suivant.
OBSERVATION 2.--M. X..., quatre-vingts ans, d'une haute
position sociale, issu d'une famille tarée, cynique, a
toujours eu de grands besoins sexuels. Selon son propre aveu,
il préférait, étant encore jeune homme, la masturbation au
coït. Il eut des maîtresses, fit à l'une d'elles un enfant, se
maria par amour à l'âge de quarante-huit ans et fit encore six
enfants; durant la période de sa vie conjugale, il ne donna
jamais à son épouse aucun motif de se plaindre. Je ne pus
avoir que des détails incomplets sur sa famille. Il est
cependant établi que son frère était soupçonné d'amour
homosexuel et qu'un de ses neveux est devenu fou à la suite
d'excès de masturbation. Depuis des années, le caractère du
patient qui était bizarre et sujet à des explosions violentes
de colère, est devenu de plus en plus excentrique. Il est
devenu méfiant et la moindre contrariété dans ses désirs le
met dans un état qui peut provoquer des accès de rage pendant
lesquels il lève même la main sur son épouse.
Depuis un an on a remarqué chez lui des symptômes nets de
_dementia senilis incipiens_. La mémoire s'est affaiblie; il
se trompe sur les faits du passé et parfois ne sait plus
s'y reconnaître. Depuis quatorze mois, on constate chez ce
vieillard de véritables explosions d'amour pour certains
de ses domestiques hommes, particulièrement pour un garçon
jardinier. D'habitude tranchant et hautain envers ses
subalternes, il comble ce favori de faveurs et de cadeaux,
et ordonne à sa famille ainsi qu'aux employés de sa maison de
montrer la plus grande déférence à ce garçon. Il attend,
dans un état de véritable rut, les heures de rendez-vous. Il
éloigne de la maison sa famille pour pouvoir rester seul et
sans gêne avec son favori; il s'enferme avec lui pendant des
heures entières et, quand les portes se rouvrent, on trouve
le vieillard tout épuisé, couché sur son lit. En dehors de cet
amant, ce vieillard a encore périodiquement des rapports avec
d'autres domestiques mâles. _Hoc constat amatos eum ad se
trahere, ab iis oscula concupiscere, genitalia sua tangi
jubere itaque masturbationem mutuam fieri._ Ces manies
produisent chez lui une véritable démoralisation. Il n'a plus
conscience de la perversité de ses actes sexuels, de sorte que
son honorable famille est désolée et n'a d'autre recours que
de le mettre sous tutelle, de le placer dans une maison de
santé. On n'a pu constater chez lui d'excitation érotique
pour l'autre sexe, bien qu'il partage encore avec sa femme
la chambre à coucher commune. En ce qui concerne la sexualité
pervertie et le complet affaissement du sens moral de ce
malheureux, il est à remarquer, comme fait curieux, qu'il
questionne les servantes de sa belle-fille pour savoir si
cette dernière n'a pas d'amant.