--Monsieur, dit-elle, si l'homme auquel vous faites allusion a la
moindre pudeur...
Elle s'interrompit, intimidée par le calme regard de Floriani.
Il répéta:
--Si cet homme a la moindre pudeur...
Elle sentit qu'elle ne gagnerait rien à lui parler de la sorte, et
malgré elle, malgré sa colère et son indignation, toute frémissante
d'orgueil humilié, elle lui dit presque poliment:
--Monsieur, la légende veut que Rétaux de Villette, quand il eut le
Collier de la Reine entre les mains et qu'il en eut fait sauter tous
les diamants avec Jeanne de Valois, n'ait point osé toucher à la
monture. Il comprit que les diamants n'étaient que l'ornement, que
l'accessoire, mais que la monture était l'oeuvre essentielle, la
création même de l'artiste, et il la respecta. Pensez-vous que cet
homme ait compris également?
--Je ne doute pas que la monture existe. L'enfant l'a respectée.
--Eh bien, Monsieur, s'il vous arrive de le rencontrer, vous lui
direz qu'il garde injustement une de ces reliques qui sont la
propriété et la gloire de certaines familles, et qu'il a pu en
arracher les pierres sans que le Collier de la Reine cessât
d'appartenir à la maison de Dreux-Soubise. Il nous appartient comme
notre nom, comme notre honneur.
Le chevalier répondit simplement:
--Je le lui dirai, Madame.
Il s'inclina devant elle, salua le comte, salua les uns après les
autres tous les assistants et sortit.
* * *
Quatre jours après, Mme de Dreux trouvait sur la table de sa chambre
un écrin de cuir rouge aux armes du Cardinal. Elle ouvrit. C'était le
Collier en esclavage de la Reine.
Mais comme toutes choses doivent, dans la vie d'un homme soucieux
d'unité et de logique, concourir au même but--et qu'un peu de réclame
n'est jamais nuisible--le lendemain l'_Écho de France_ publiait ces
lignes sensationnelles:
«Le Collier de la Reine, le célèbre bijou historique dérobé autrefois
à la famille de Dreux-Soubise, a été retrouvé par Arsène Lupin. Arsène
Lupin s'est empressé de le rendre à ses légitimes propriétaires. On ne
peut qu'applaudir à cette attention délicate et chevaleresque.»
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