Le déjeuner sembla long à Christine; dès qu'Isabelle fut prête à

l'accompagner, elle dit adieu à sa tante, à Gabrielle et à Bernard, et

s'élança dans la voiture qui devait l'emmener. Ses yeux rayonnaient, son

visage exprimait le bonheur; arrivée à Nancé, elle ne voulut pas quitter

le perron, de crainte de manquer le moment de l'arrivée; l'attente ne

fut pas longue; la voiture parut, s'arrêta au perron, et M. de Nancé

sauta à bas de la voiture et reçut dans ses bras sa fille, sa Christine

qui versait des larmes de joie.

CHRISTINE

--Mon père! mon père! quel bonheur! Et François, mon cher François, où

est-il? Oh! mon Dieu! François! Qu'est-il arrivé?

M. DE NANCÉ, l'embrassant encore

--Le voilà, ton François! Tu ne le vois pas? Ici, devant toi.

Et, au même instant, Christine se sentit saisie dans les bras d'un grand

jeune homme.

Christine poussa un cri, s'arracha de ses bras, et, se réfugiant dans

ceux de M. de Nancé, regarda avec surprise et terreur.

FRANÇOIS

--Comment, ma Christine, tu ne reconnais pas ton François? tu le

repousses?

CHRISTINE

--François, ce grand jeune homme? François?

FRANÇOIS

--Moi-même, ma Christine chérie, bien-aimée! C'est moi, guéri, redressé

par Paolo.

Christine poussa un second cri, mais joyeux cette fois, et se jeta à son

tour dans les bras de François.

PAOLO

--Ah çà! et moi? Ze souis là comme oune buce, sans que personne me

regarde et m'embrasee. Ma Christinetta oublie son cer Paolo!

--Mon bon, mon cher Paolo! dit Christine en quittant François et en

embrassant Paolo à plusieurs reprises. Non, je n'oublie pas ce que je

vous dois. Si vous saviez combien je vous aime! quelle reconnaissance

je me sens pour vous! Oh! François! cher François! mon coeur déborde de

bonheur. Pauvre ami! te voilà donc dépouillé de cette infirmité qui

gâtait ta vie!

FRANÇOIS

--Et que je bénis, ma soeur, mon amie, puisqu'elle m'a fait connaître les

adorables qualités de ton coeur et le degré de dévouement auquel pouvait

atteindre ce coeur aimant et dévoué.

--Dévouement? dit Christine en souriant; ce n'était pas du dévouement:

c'était l'affection, la reconnaissance la plus tendre et la mieux

méritée; je n'y avais aucun mérite; j'aimais toi et mon père parce que

vous avez été toujours pour moi d'une bonté constante, si pleine de

tendresse, que je m'attendrissais en y pensant... Mais pourquoi, mon

père, ne m'avez-vous pas dit ou écrit ce que faisait notre bon Paolo

pour mon cher François?

M. DE NANCÉ

--Parce que le traitement pouvait ne pas réussir, et que tu pouvais

en éprouver du mécompte et du chagrin. Paolo avait inventé un système

mécanique qui agissait lentement et qui pouvait ne pas avoir le succès

qu'il en espérait. Je t'ai donc laissée au couvent, me trouvant dans la

nécessité d'habiter un pays chaud pendant deux années que devait durer

le traitement de François.

CHRISTINE

--Et pourquoi ne m'avoir pas emmenée?

M. DE NANCÉ, souriant.

--Parce que tu avais seize ans, que François en avait vingt, et que ce

n'eût pas été convenable aux yeux du monde que je t'emmène avec moi.

CHRISTINE

--Ah oui! le monde! c'est vrai. Et avez-vous reçu ma lettre et celle de

ma mère?

M. DE NANCÉ

Le matin même de notre départ, mon enfant. Tu nous as parfaitement

jugés; bien loin de regretter ta fortune, nous sommes enchantés de

n'avoir d'eux que toi, ta chère et bien-aimée personne, et d'avoir même

à te donner ta robe de noces.

CHRISTINE

--Emblème de mon bonheur, père chéri! Et moi, je suis heureuse de tout

vous devoir, tout, jusqu'aux vêtements qui me couvrent.

Les premières heures passèrent comme des minutes. Quand il fut temps

pour Christine de partir:

--Mon père, dit-elle en passant son bras autour du cou de M. de Nancé

comme aux jours de son enfance; mon père,... ne puis-je rester?

M. DE NANCÉ

--Chère enfant, je n'aimerais pas à te voir rentrer trop tard.

CHRISTINE

--Je ne rentrerais pas du tout, mon père; je reprendrais près de vous

notre chère vie d'autrefois.

M. DE NANCÉ

--Cela ne se peut, chère petite; aie patience; dans trois semaines nous

te reprendrons.

CHRISTINE

--Trois semaines! comme c'est long! N'est-ce pas François?

François ne répondit qu'en l'embrassant. Le domestique vint annoncer la

voiture, et Christine partit avec Isabelle.

Le lendemain, M. de Nancé vint présenter son fils à M. et Mme de

Cémiane et à Gabrielle et Bernard stupéfaits. Paolo, le fidèle Paolo,

les accompagnait; il voulait être témoin de l'entrevue. Christine

était convenue la veille, avec François, son père et Paolo, qu'elle

ne parlerait pas du changement survenu dans la personne de François.

Les cris de surprise qui furent successivement poussés enchantèrent

Christine, firent sourire M. de Nancé et François et provoquèrent chez

Paolo une joie qui se manifesta par des sauts, des pirouettes et des

cris discordants. Gabrielle resta ébahie; elle ne se lassait pas de

considérer François, devenu grand comme son père, droit, robuste, le

visage coloré, la barbe et les moustaches complétant l'homme fait.

--François, dit Gabrielle en riant, ne bouge pas, laisse-moi tourner

autour de toi, comme nous l'avons fait, Christine et moi, la première

fois que tu es venu nous visiter... C'est incroyable! Droit comme

Bernard, le dos plat comme celui de Christine! Comme tu es bien! comme

tu es beau! Jamais je ne t'aurais reconnu! Vraiment, Paolo a fait un

miracle!

Ce fut une joie, un bonheur général; Paolo, M. de Nancé et Christine

étaient rayonnants. Pendant que les jeunes gens causaient, riaient,

et que Paolo racontait à sa manière la guérison et le traitement de

François. M. de Nancé causait avec M. et Mme de Cémiane du mariage, du

contrat, et les rassurait sur la dot de Christine.

--C'est moi qui me suis arrogé le droit de la doter, mes chers amis,

dit-il; j'ai été son père adoptif; je deviens son vrai père, et je

partage ma fortune avec mes deux enfants, revenu et capital. Nous en

aurons chacun la moitié; j'ai soixante mille francs de revenu, chacun

de nous en aura trente mille, le jeune ménage comptant pour un. Nous

vivrons tous ensemble; nous ne quitterons guère Nancé, à ce que je vois.

Ne vous occupez donc pas de la fortune de Christine; le contrat de

mariage lui en donnera autant qu'à François. Je ne veux même pas que son

trousseau lui vienne d'un autre que moi.

MADAME DE CÉMIANE

--Oh! quant à cela, cher Monsieur, laissez-nous en faire les frais.

M. DE NANCÉ

--Pardon, chère Madame; je crois avoir acquis le droit de traiter

Christine comme ma fille. Faites-lui le présent de noces que vous

voudrez, mais laissez-moi le plaisir de lui donner trousseau et meubles.

Vous le voulez bien, n'est-il pas vrai? Ne faites pas les choses à demi,

et abandonnez-moi entièrement ma fille, ma Christine.

Ce point décidé, M. de Nancé demanda encore la permission de presser le

contrat et le mariage, «afin, dit-il, de nous laisser rentrer dans

notre bonne vie calme, qui ne peut être heureuse et complète qu'avec

Christine.»

M. et Mme de Cémiane consentirent à tout ce que désirait M. de Nancé.

Il fut convenu que, jusqu'au jour du mariage, François et Christine

passeraient leurs journées ensemble, soit à Nancé, soit chez Mme de

Cémiane. La visite terminée, M. de Nancé emmena Christine pour la

ramener le soir chez sa tante. Il en fut de même tous les jours; après

déjeuner, François venait à Cémiane; et, dans l'après-midi, quand M. de

Nancé avait terminé ses affaires, il emmenait ses enfants, pour voir

Paolo, dîner à Nancé, et les ramenait achever la soirée avec Gabrielle

et Bernard.

Au bout de quinze jours, il annonça que tout était en règle, que le

contrat de mariage pouvait se signer le surlendemain, et le mariage

avoir lieu le jour d'après. On fit des préparatifs de soirée chez Mme

de Cémiane pour le contrat, auquel on engagea tout le voisinage. Paolo

prépara des surprises de chant, des vers composés pour Christine, des

bouquets, etc. Le jour du mariage, on devait dîner chez M. de Nancé,

mais il demanda à n'engager que les Cémiane, selon le désir de ses

enfants.

La veille du contrat, Christine reçut un trousseau charmant, mais simple

et conforme à ses goûts et à la vie qu'elle désirait mener.

Ce fut Paolo qui fut chargé de le lui remettre.

--Voyez, disait-il, voyez, ma Christinetta, comme c'est zoli! Quelle

zentille robe! vous serez sarmante avec toutes ces zoupes, ces

dentelles, ces cacemires, et tant d'autres soses.

La soirée du contrat commençait lorsqu'on apporta une caisse avec

recommandation de l'ouvrir de suite, ce qui fut exécuté. Elle contenait

un beau portrait de Christine, peint par Bernard pour François.

Christine et François furent touchés de cette attention et en

remercièrent tendrement Bernard.

--C'est là ton secret, lui dit Christine.

François fut l'objet de la curiosité et de l'admiration générales;

Adolphe, qui eut l'audace d'accepter l'invitation, fut aussi étonné

que furieux; il espérait pouvoir se venger du refus de Christine en se

moquant de son bossu, et il ne put qu'enrager intérieurement sans oser

faire paraître son déplaisir.

Le jour du mariage se passa dans un tranquille bonheur; Christine, après

la messe, fut emmenée par son père et François.

--A vous, mon père; à toi, mon François, dit Christine quand la voiture

roula vers Nancé; à vous pour toujours.

Et, s'appuyant sur l'épaule de son père, elle pleura. Ses larmes

furent comprises par son père et son mari, car c'étaient des larmes de

tendresse et de bonheur. Arrivés à Nancé, ils trouvèrent le bon Paolo,

qui, parti un peu avant, attendait les mariés à la porte avec tous les

gens de la maison; il embrassa la mariée, serra François dans ses bras,

et fut serré à son tour dans ceux de M. de Nancé.

Christine ayant demandé à passer chez elle pour enlever son voile et sa

belle robe de dentelle (présent de sa tante), son père la mena dans son

nouvel appartement, arrangé et meublé élégamment et confortablement.

Isabelle avait sa chambre près d'elle. Christine et François passèrent

quelques heures à arranger avec Isabelle les petits objets de fantaisie

dont leurs chambres étaient ornées; entre autres, les marbres et

albâtres que François avait apportés pour Christine. Elle se retrouva

enfin à Nancé comme jadis chez elle, et pour n'en plus sortir.

XXIX

PAOLO HEUREUX, CONCLUSION

A partir du jour de leur mariage, François et Christine jouirent d'un

bonheur calme et complet, augmenté encore par celui de leur père,

qui semblait avoir redoublé de tendresse pour eux. Il ne cessait de

remercier Dieu de la douce récompense accordée aux soins paternels

dont il avait fait l'objet constant de ses pensées et de sa plus chère

occupation. Paolo aussi était l'objet de sa reconnaissante amitié.

--A vous, mon ami, lui disait-il souvent, je dois la grande, l'immense

jouissance de regarder mon fils, de penser à lui sans tristesse et sans

effroi de son avenir. Il n'est plus un sujet de raillerie: il ne craint

plus de se faire voir; Christine aussi est délivrée de cette terreur

incessante d'une humiliation pour notre cher François. Je vous aime bien

sincèrement, mon cher Paolo, et mon coeur paternel vous remercie sans

cesse.

--O carissimo Signor, ze souis moi-même si zoyeux, que ze voudrais

touzours les embrasser! Tenez, les voilà qui courent dans le zardin

après ce poulain ésappé! Voyez qu'ils sont zentils! La Christinetta!

voyez qu'elle est lézère comme oune petit oiseau! Et le zeune homme! le

voilà qui saute une barrière. Le beau zeune homme! C'est que z'en souis

zaloux, moi! Voyez quelle taille! quel robuste garçon!

Et Paolo sautait lui-même, pirouettait.

--Signor mio, dit-il un jour, ze souis oune malheureux, oune profond

scélérat!... Ze m'ennouie de la patrie! Il faut que ze revoie la patrie!

O patria bella! O Italia! Signor mio, laissez-moi zeter un coup d'oeil

sur la patrie, seulement oune petite quinzaine.

--Quand vous voudrez et tant que vous voudrez, mon pauvre cher garçon; je

vous payerai votre voyage, votre séjour, tout.

--O Signor! s'écria Paolo, vous êtes bon, vraiment bon et zénéreux!

Alors ze pourrai partir demain?

--Certainement, mon ami, répondit M. de Nancé en riant de cet

empressement. Demandez malles, chevaux, voiture, quand vous voudrez. Ce

soir, je vous remettrai mille francs pour les frais du voyage. Paolo

serra les mains de M. de Nancé et voulut les baiser, mais M. de Nancé

l'embrassa et lui conseilla de s'occuper de ses malles.

L'absence de Paolo dura deux mois; à la fin du premier mois, il écrivit

à M. de Nancé:

«O Signor de Nancé! qu'ai-ze fait, malheureux! Pardonnez-moi! Pitié pour

votre Paolo dévoué!... Voilà ce que c'est, Signor. Z'ai retrouvé oune

zeune amie que z'aimais et que z'aime parce qu'elle est bonne et

sarmante comme Christinetta; cette pauvre zeune amie n'a rien que du

malheur; elle me fait pitié, et moi ze loui dis: «Cère zeune amie,

voulez-vous être ma femme? Il zouste comme notre cer François à la

Christinetta; et la zeune amie se zette dans mes bras et me dit: «Ze

serai votre femme», zouste comme notre Christinetta à François. Et moi,

ze n'ai pas pensé à vous, excellent Signor; et ze ne veux pas vivre loin

de vous, et ze ne veux pas laisser ma femme à Milan. Alors quoi faire,

cer Signor? Ze souis au désespoir, et ze pleure toute la zournée; et

ma zeune amie pleure avec moi! Quoi faire, mon Dieu, quoi faire? Si ze

reste loin de vous, ze meurs! Si ze laisse ma zeune amie, ze meurs.

Alors, quoi faire? Ze vous embrasse, mon cer Signor; z'embrasse mon

François céri, ma Christinetta bien-aimée; cers amis, conseillez votre

pauvre Paolo et sa zeune amie.

«PAOLO PERRONI.».

M. de Nancé s'empressa de faire voir cette lettre à ses enfants.

--Que faire? leur dit-il en riant. Que faire?

CHRISTINE

--C'est de les faire venir ici, chez nous, père chéri; nous les

garderons toujours, n'est-ce pas, François?

FRANÇOIS

--Oui, mon père; je suis de l'avis de Christine.

M. DE NANCÉ

--Et moi aussi; de sorte que nous sommes tous d'accord, comme toujours.

CHRISTINE

--Oh! cher bien-aimé père! comment ne serions-nous pas d'accord? Nous

sommes si heureux!

M. de Nancé écrivit à Paolo de se marier vite et de leur amener sa jeune

amie, qui resterait à Nancé toute sa vie si elle le voulait, et que lui

M. de Nancé et François lui donnaient pour cadeau de noces, une rente de

trois mille francs.

Le bonheur de Paolo fut complet; un mois après, il présentait sa jeune

épouse à ses amis; Christine trouva en elle une jeune compagne aimable

et dévouée: elles convinrent que si Christine avait des filles, Mme

Paolo (qui s'appelait Elena) l'aiderait à les élever. Elle eut, en

effet, filles et garçons, deux filles et deux fils; Mme Paolo en eut un

peu plus, trois filles et quatre fils; tous ces enfants répandirent la

gaieté et l'entrain dans le château de Nancé, dont les habitants vivent

tous plus heureux que jamais.

M. des Ormes, abruti, hébété par le joug de sa femme, mourut subitement

peu d'années après le mariage de Christine. Il lui avait écrit à cette

occasion une lettre assez affectueuse et lui promettait d'aller la voir;

mais il n'accomplit pas cette promesse et se contenta de lui écrire

tous les ans. Sa femme, vieille et plus laide que jamais, continue à se

croire jeune et belle; elle donne des dîners qu'on mange, des soirées

où l'on danse; elle a des visiteurs, mais pas d'amis; la mauvaise mère

inspire de l'éloignement à tout le monde. Elle se sent vieillir, malgré

ses efforts pour paraître jeune; elle se voit seule, sans intérêt

dans la vie; personne ne l'aime et elle déteste tout le monde. Elle a

toujours repoussé les avances de Christine et refusé de la voir de peur

que l'âge de sa fille ne fit deviner le sien. En somme, elle traîne une

existence misérable et malheureuse.

Mme de Guilbert vint un jour à Nancé annoncer à Christine le mariage de

sa fille Hélène avec Adolphe. Ce fut un triste ménage. Hélène aimait le

monde et ne vivait que de bals, de concerts et de spectacles; Adolphe

aimait le jeu; il y perdit une partie de sa fortune, se battit en duel,

y fut blessé et périt misérablement à la suite de cette blessure.

Cécile se maria avec un banquier qui lui apporta de l'argent, et qui la

rendit malheureuse par son caractère brutal et emporté.

Gabrielle épousa un jeune député plein d'intelligence et de bonté; elle

fut très heureuse avec son mari et continua à venir passer tous ses étés

chez sa mère à Cémiane, et à voir presque tous les jours Christine et

François.

Bernard ne se maria pas; il aima mieux aider son père à cultiver ses

terres. Il s'occupait de musique et de peinture et il passait presque

tous ses hivers à Nancé; Christine et François étaient excellents

musiciens, de sorte que tous les soirs, aidés de Paolo, de sa femme et

de Bernard, ils faisaient une musique excellente qui ravissait M. de

Nancé.

Un jour que Christine questionnait affectueusement Bernard sur la vie

qu'il menait et qui lui semblait bien isolée:

--Christine, répondit-il, je vis et je mourrai seul. Quand je t'ai

bien connue, à notre retour de Madère, je me suis dit que je ne serais

heureux qu'avec une femme semblable à toi, bonne, pieuse, dévouée,

intelligente, gaie, instruite, raisonnable, charmante enfin. Je ne l'aie

pas trouvée; je ne la trouverai jamais. Voilà pourquoi je reste garçon

et pourquoi je suis sans cesse à Nancé.

Christine l'embrassa pour toute réponse, et fit part de l'explication de

Bernard à François et à M. de Nancé, qui l'en aimèrent plus tendrement.

Isabelle resta et est encore chez ses enfants, comme elle continue

d'appeler François et Christine; elle soigne et élève tous leurs

enfants, et elle déclare qu'elle mourra chez eux. Christine et François

la comblent de soins et d'affections; elle est heureuse plus qu'une

reine.

Quant à Christine et à François, ils ne se lassent pas de leur bonheur;

ils ne se quittent pas; ils n'ont jamais de volontés, de goûts, de

désirs différents. Ils ne vont pas à Paris, et ils vivent à Nancé chez

leur père.

Mme de Sibran est morte peu après la triste fin du malheureux Adolphe.

M. de Sibran, bourrelé de remords de l'éducation qu'il avait donnée à

ses fils, s'est fait capucin; il prêche bien et il est très demandé pour

des missions.

Mina est entrée chez une princesse valaque, où on lui promettait de bons

gages; mais, ayant été surprise par le prince pendant qu'elle battait

une des petites princesses, le prince la fit saisir et la fit battre de

verges à tel point qu'elle passa un mois à l'hôpital. Quand elle fut

guérie, elle voulut partir, mais le prince la retint de force et

l'obligea à reprendre son service; il n'y a pas de mois qu'elle ne soit

vigoureusement punie pour des vivacités qu'elle ne peut entièrement

réprimer. Se trouvant au fond des terres en Valachie, elle reste à la

merci du prince valaque et ne peut pas sortir de chez lui. Sa méchanceté

se trouve ainsi justement et terriblement punie.

TABLE DES MATIÈRES.

I. Commencement d'amitié

II. Paolo

III. Deux années qui font deux amis

IV. Les caractères se dessinent

V. Attaque et défense

VI. Les tricheurs punis

VII. Premier service rendu par Paolo à Christine

VIII. Mina dévoilée

IX. Grand embarras de Paolo

X. François arrange l'affaire

XI. M. des Ormes gâte l'affaire

XII. Mme. des Ormes raccommode l'affaire

XIII. Incendie et malheur

XIV. Heureux moments pour Christine

XV. Tristes suites de l'incendie

XVI. Changement de Maurice

XVII. Heureuse bizarrerie de Mme des Ormes

XVIII. Paolo pris, s'échappe

XIX. Christine est bonne, Maurice est exigeant

XX. Surprise désagréable qui ne gâte rien

XXI. Visites de M. et Mme des Ormes

XXII. Maurice chez M. de Nancé

XXIII. Fin de Maurice

XXIV. Séparation, désespoir

XXV. Deux années de tristesse

XXVI. Demandes en mariages; réponses différentes

XXVII. Christine a réponse à tout

XXVIII. Métamorphose de François

XXIX. Paolo heureux.--Conclusion.

François le Bossu · 第 12 / 12 段