--Mortimar... Et l'autre, l'autre?
--L'autre? J'ai vu aussi sa photographie dans les journaux... C'était M.
d'Aulnay!...
--M. d'Aulnay!... Et vous l'avez revu, celui-là?
--Oui... celui-là... je l'ai revu... Il est revenu ici la veille de sa
mort, monsieur le Perpétuel.
--La veille de sa mort... Avant-hier?
--Avant-hier!... Ah! je ne vous ai pas tout dit! Il le faut!...
Et il n'était pas plus tôt arrivé, que je retrouvais le vielleux dans la
cour!... Aussitôt qu'il m'a eu vue, il s'est sauvé comme toujours...
Mais j'ai pensé aussitôt: «Mauvais signe, mauvais signe!...» Monsieur le
Perpétuel, ma grand-tante me le disait toujours: «Babette, méfie-toi des
vielleux!...» Et ma grand-tante, qui avait atteint un grand âge,
monsieur le Perpétuel, s'y connaissait pour ça... Elle habitait juste en
face de La Bancal, dans mon pays natal, à Rodez, la nuit qu'ils ont
assassiné le Fualdès... et elle a entendu l'air du crime... l'air que
les joueux d'orgue et les vielleux «tournaient» dans la rue, pendant que
sur la table, La Bancal et Bastide et les autres coupaient la gorge au
pauvre homme... C'était un air... qui lui est toujours resté dans les
oreilles... à la pauvre vieille, et qu'elle m'a chanté autrefois, en
grand secret, tout bas, pour ne compromettre personne... un air... un
air...
Et la Babette s'était soudain dressée avec des gestes d'automate... Son
visage, éclairé par la lueur rouge et pâlotte du réverbère d'en face,
exprimait la plus indicible terreur... Son bras tendu montrait la rue
d'où une ritournelle lente, lointaine, désespérément mélancolique
venait.
--Cet air-là!... râla-t-elle. Tenez... c'était cet air-là!