Salut et respect.»

Le 22, j'écrivis à l'ordonnateur en chef la lettre suivante (nº 574 de

ma correspondance).

«Citoyen, les médecins, et particulièrement ceux employés dans

cette place, se sont très souvent plaints, et viennent encore de

se plaindre à moi de ce que les officiers de santé attachés aux

corps de troupes envoient leurs malades beaucoup trop tard dans

les hôpitaux; ils y arrivent souvent sans ressource, et

paraissent n'y avoir été envoyés que pour mourir: veuillez bien

faire prendre au général en chef une détermination qui remédie à

un abus aussi pernicieux.»

J'écrivis, le 26, à l'ordonnateur chargé de la police supérieure des

hôpitaux, la lettre suivante (nº 575 de ma correspondance).

«Les hôpitaux de cette place, citoyen, sont bien tenus sous le

rapport de la propreté, des fournitures, et des aliments; mais il

serait à désirer que le vinaigre, article très essentiel, fût,

s'il est possible, de meilleure qualité.»

Le 30, j'adressai une lettre fort détaillée au citoyen Coste, membre du

conseil de santé des armées, et je disais, entre autres choses, à ce

chef distingué de la médecine militaire: «Les circonstances de la guerre

ont empêché les officiers de santé en chef de l'armée d'Orient, et moi

en particulier, de correspondre avec le conseil; des ordres précis des

généraux qui ont successivement commandé en chef en ont fait une loi, de

crainte que ces communications ne tombassent aux mains de l'ennemi...

J'ai donc été forcé de taire une partie du compte que je vous devais,

et j'ai tâché d'y suppléer en insérant dans nos journaux politiques et

littéraires d'Égypte plusieurs articles que j'apprends avoir été

réimprimés en France.»

Le nombre des malades reçus dans les lazarets augmenta pendant ce mois;

la compagnie d'artillerie de marine, logée à Gizeh dans une mauvaise

maison, et dont il est parlé page 192, envoya trois hommes au lazaret de

Boulak. Nous perdîmes en frimaire soixante-neuf malades, ci... 69 morts.

J'écrivis au président de la commission extraordinaire de salubrité

publique la lettre suivante (nº 584 de ma correspondance).

Au quartier-général du Kaire, le 3 nivôse an IX.

«Je crois, citoyen président, devoir mettre sous les yeux de la

commission l'indispensable nécessité de s'occuper avec activité

du curage du Kalish si on veut éviter des maladies très graves et

d'une communication facile.

«Je dois en même temps avoir l'honneur de vous prévenir que, sur

les avertissements qui m'ont été donnés par notre honoré collègue

le préfet maritime Leroy, je me suis fait rendre un compte exact

et détaillé de l'état des environs de la porte dite Bab-luk: les

causes de l'infection sont bien déterminées; c'est un reste d'eau

croupissante dans l'une des branches du Kalish qui verse dans la

place Ezbequier, et auquel viennent se joindre les eaux qui

découlent d'une immense tannerie. Le cimetière voisin, qui a été

pendant le siège le théâtre de tant de combats, ne contribue pour

rien à l'infection, quoiqu'il ait été pénétré par les eaux à une

grande profondeur; l'infection d'ailleurs est bornée à un cercle

peu étendu, éloigné des habitations, et ne peut guère être portée

sur la ville par les vents.

«Les travaux immenses entrepris pour les communications, les

plantations commencées qui décoreront les routes, en les

consolidant, contribueront en même temps à la salubrité; enfin on

parviendra, en étudiant les localités, à un système d'irrigation,

qui, sans nuire à l'agriculture, rassurera l'existence des

habitants. Je dirige journellement mes observations et mes

recherches vers ce but utile et désirable, et je m'empresserai

toujours de faire hommage de leurs résultats à la commission.»

J'adressai, le 6, la lettre qui suit aux citoyens Barbès, Carrié, et

Pugnet, médecins de l'armée (nº 587 de ma correspondance).

«Je désire, citoyens, qu'indépendamment des services importants

que vous avez rendus, et que je m'empresserai de faire connaître

dans des circonstances favorables, vous attachiez plus

particulièrement encore votre nom à l'histoire d'une expédition

à jamais mémorable, quelle que puisse en être l'issue.

«Je vous charge en conséquence de la rédaction de la topographie

physique et médicale de cette place: le travail, je le sais, est

étendu; mais il est fort au-dessous des forces de chacun de vous,

et par conséquent de la réunion de vos talents. Vous trouverez

beaucoup de choses faites sur la géographie, la météorologie,

l'état des décès, etc.; toutes les sources vous seront ouvertes,

et vous aurez toutes les recommandations ou les ordres

nécessaires pour les communications dont vous aurez besoin.

«Distribuez-vous donc l'ouvrage avec l'accord parfait qui règne

entre vous: je suis loin de vous tracer un plan qui vous

astreigne à aucune contrainte; mais pour mettre de l'uniformité

dans nos travaux, je désire que vous suiviez le plan indiqué dans

ma circulaire du 25 thermidor an VI. Je me suis borné à une

simple invitation, parce que je vous estime trop pour vous donner

des ordres quand il s'agit de travailler à honorer notre

profession, et, ce qui vaut mieux, de faire du bien aux hommes.»

Lettre adressée, le 9, au citoyen Frank (nº 588 de ma correspondance).

«J'ai plusieurs fois, citoyen, donné des ordres dans les hôpitaux

pour qu'on ne lavât pas à grande eau les salles des fiévreux, et

pour qu'on les nettoyât avec du sable sec; je vous prie de tenir

la main à leur exécution dans l'établissement dont vous êtes

chargé.»

Lettre adressée, le 11, au général Belliard, commandant des ville et

province du Kaire (nº 590 de ma correspondance).

«J'ai l'honneur, général, de vous prévenir directement que les

habitants des maisons situées sur le Kalish y jettent

journellement des immondices qui ajoutent à l'infection

résultante des eaux croupissantes; il serait important de faire

cesser cet abus par une prompte proclamation.»

La proclamation fut publiée le 12.

L'aviso _le Turbulent_, parti de Toulon le 12 frimaire, entra le 14

nivôse dans le port d'Alexandrie avec des dépêches du gouvernement, et

d'excellentes nouvelles, qui parvinrent au quartier-général du Kaire le

18, et furent annoncées à l'ordre de l'armée du 19.

Le 20, le citoyen Emeric, chargé du service du lazaret de Boulak, étant

tombé malade, je le fis remplacer par le citoyen Renati, qui développa

une activité aussi éclairée et aussi soutenue que dans l'an VIII.

L'ordre de l'armée du 21 renfermait une lettre intéressante du ministre

de la marine et des colonies sur la position de la république, et

annonçait l'arrivée à Alexandrie d'un bâtiment marchand, venu de France

en neuf jours; c'est par cette voie que l'on sut la reprise des

hostilités avec l'empereur d'Allemagne, et la victoire de Moreau à

Hohenlinden, etc.

J'adressai au général en chef la lettre suivante (nº 601 de ma

correspondance).

Au quartier-général du Kaire, le 23 nivôse an IX.

«GÉNÉRAL,

Je viens de recevoir des citoyens Balme et Claris, médecins de

l'armée employés à Lesbéh, un rapport très avantageux sur la

santé des troupes du sixième arrondissement, confirmé par les

mouvements des hôpitaux et du lazaret.

Ce territoire est l'un des plus dangereux de la basse Égypte à

habiter; il est depuis longtemps le théâtre d'une maladie

endémique, qui ne cessera que par de grands travaux, et surtout

en éloignant, ainsi que l'on a commencé à le faire, la culture du

riz de l'enceinte des villes.

J'ai cru devoir vous faire part de cette position rassurante d'un

point de l'armée lorsque l'on compare la situation actuelle avec

celle des années précédentes.

Histoire Médicale de l'Armée d'Orient. Volume 1 · 第 52 / 73 题