[Note 5: Voyez la seconde partie de ce recueil.]
Le citoyen Cérésole, médecin de l'armée, que j'avais envoyé dans la
haute Égypte, et rappelé depuis à cause de sa mauvaise santé, m'adressa
des observations recueillies pendant son séjour dans ce pays.[6]
[Note 6: Voyez la seconde partie de ce recueil.]
Les troupes ont joui en général d'une très bonne santé dans le Saïd,
quoiqu'elles n'aient pas été exemptes d'ophtalmies et de dysenteries.
Le général Desaix m'a raconté que peu après son arrivée dans le Saïd
plusieurs soldats de la vingt-unième demi-brigade d'infanterie légère
ayant mangé des graines de ricin en assez grande quantité, ils furent
saisis d'un vomissement violent et d'abondantes évacuations par les
selles. Cette observation qui s'est représentée depuis, et les premiers
avis pour éviter cette indisposition grave furent dus à ce général,
passionné pour tous les genres de connaissances comme il l'était pour la
gloire, et dont l'âme active voulait se concentrer à la paix dans
l'étude des arts utiles et surtout de l'agriculture, occupation si
estimable, et qui a fait le délassement de plusieurs grands hommes de
guerre comme lui.
Le citoyen Barbès, l'un des médecins de l'armée envoyé par l'école de
Montpellier, me remit le 3 nivôse des notes sur les maladies observées
en frimaire dans l'hôpital militaire du Vieux-Kaire.[7]
[Note 7: Voyez la seconde partie de ce recueil.]
Le 15 nivôse, l'ordonnateur des lazarets, sur l'invitation du général en
chef de se concerter avec le médecin en chef de l'armée, écrivit à ce
dernier pour lui faire part des accidents arrivés à Alexandrie, et lui
demander son avis sur ce qu'il était le plus prudent d'employer, ou du
brûlement total des effets des pestiférés, ou de leur lavage et
sérénage. Le médecin en chef répondit le même jour que, vu la difficulté
d'employer la lessive d'acide muriatique oxygéné, le brûlement était une
mesure indispensable, parce qu'elle était la seule qui pût vraiment
assurer de la destruction de la matière de la contagion. L'action du
lavage ordinaire et du serein peut n'enlever qu'imparfaitement cette
matière, et souvent même l'étendre sur une plus grande surface, ou lui
faire pénétrer plus profondément certains corps, en particulier les
étoffes. En mettant cette opinion sous les yeux du général en chef, il
fallut lui observer que cela pouvait entraîner beaucoup de dépense, soit
par la perte des fournitures appartenant à l'état, soit pour les
indemnités qui seraient infailliblement réclamées par les particuliers.
Le général ne fut point arrêté par ces considérations, et il répondit
comme le héros du Tasse quand il rejette la rançon d'Altamore: _Je suis
venu ici pour fixer l'attention, et reporter les intérêts de l'Europe
sur le centre de l'ancien Monde, et non pour entasser des richesses._ On
a depuis cette époque brûlé les effets des pestiférés ou suspects de
peste toutes les fois qu'il a été possible d'en disposer.
Malheureusement la cupidité, encore plus que la négligence, s'est
souvent opposée à l'entière exécution de cette mesure.
Le général Dugua avait pris le commandement de Damiette: extrêmement
attentif à tout ce qui peut tenir à la conservation et au bien-être des
troupes sous ses ordres, il faisait des visites journalières dans les
hôpitaux, et adressait, sur cet objet, de fréquents rapports au général
en chef, qui m'ordonna de lui rendre un compte particulier de l'état des
hôpitaux de cette place.
Les lettres d'Alexandrie, du 2 nivôse, arrivées au quartier-général de
l'armée le 17 du même mois, confirmaient et circonstanciaient le
développement de la contagion dans l'hôpital de la marine. Déjà un
infirmier et un volontaire avaient donné des soupçons alarmants dans les
hôpitaux militaires, et on avait pris le parti de les isoler
promptement. Le général Marmont, commandant de la province, déploya, dès
le moment de l'invasion, la plus grande et la plus sage activité; il fit
établir dans une vaste mosquée un hôpital d'observation, et ouvrir un
hôpital spécial pour les pestiférés; il éloigna les troupes de
l'intérieur de la place, il publia un règlement, et organisa une
surveillance rigoureuse sur la ville, les deux ports, et les hôpitaux.
On comptait, à l'époque indiquée ci-dessus, douze à quinze morts, parmi
lesquels cinq officiers de santé attachés aux hôpitaux de la marine.
Les musulmans, les juifs, et les chrétiens qui forment la population
d'Alexandrie, ne ressentaient point les atteintes de l'épidémie.
Les maladies régnantes dans les hôpitaux militaires étaient de vieilles
diarrhées, des dysenteries, et quelques cas de scorbut.
Je fis le 21 nivôse le rapport suivant au général en chef: