M. de Planfoy l'aborda.

--Eh bien, dit-il, vous organisez la résistance?

--Nous la tentons.

--Serez-vous soutenus?

--Vous voyez l'inertie du peuple. Nous espérons le galvaniser, car nous

ne comptons plus que sur lui.

--Il paraît bien froid.

--Il est trompé. Depuis quelques mois il est travaillé par les meneurs

de l'Élysée, et en rétablissant le suffrage universel on nous enlève

notre force. D'autres raisons encore le retiennent. Cette nuit nous

avons eu une réunion à laquelle nous avions convoqué les chefs des

associations ouvrières. Nous leur avons expliqué qu'il fallait organiser

un centre de résistance; que dans ce centre tous les représentants

restés libres viendraient se placer au milieu du peuple, et alors la

lutte pourrait commencer avec des chances sérieuses. Savez-vous ce

qu'ils nous ont répondu! Le chef de ces associations, leur délégué

plutôt, s'est avancé et d'une voix honteuse:--«Nous ne pouvons vous

promettre notre appui, a-t-il dit, nous avons des commandes.»

--Et, malgré cela, vous entreprenez la lutte?

--Nous le devons.

Ému à la pensée que ces braves allaient se faire massacrer, je voulus

expliquer à ce représentant que la place de leur barricade était mal

choisie, et qu'ils ne pouvaient se défendre. En quelques mots, je lui

expliquai les raisons stratégiques qui devaient faire abandonner cette

position.

--Il ne s'agit pas de stratégie, dit-il tristement; il s'agit d'un

devoir à accomplir; il s'agit de verser son sang pour la justice, et,

pour cela, toute place est bonne.

Puis serrant la main de M. de Planfoy il rejoignit les autres

représentants qui allaient et venaient, s'adressant aux ouvriers groupés

sur les trottoirs et s'efforçant d'allumer en eux une étincelle.

--Voilà un brave, dit M. de Planfoy, et s'il s'en trouve beaucoup comme

lui, tout n'est pas fini.

Clotilde Martory · 第 27 / 65 题