LEÇON LXXII.

_L'UN DES INCONVÉNIENS DE LA ROYAUTÉ._

En ces tems-là; deux marchands voyageoient pour leur commerce. Ils

aborderent dans un pays où le trône étoit vacant. Pour éviter les

suites funestes d'une concurrence, le peuple rassemblé convint de s'en

rapporter au hasard, & de prendre pour roi le premier étranger qui

toucheroit le rivage. L'un de ces marchands fut donc élu à son grand

étonnement. Il nourrissoit depuis quelque tems un ressentiment secret

contre son associé & compagnon de voyage. Le premier acte d'autorité

qu'il exerça en montant sur le trône, fut de faire mettre en prison

celui à qui il en vouloit, & de le condamner presqu'aussitôt à la

mort. Comme il étoit tard, on sursit à l'exécution de la sentence

jusqu'au lendemain matin. La nuit conseille le jour. Le nouveau roi

eut le tems de donner audience à ses remords. Il étoit né bon, & la

vengeance de la veille n'étoit qu'une surprise de ses sens. L'aube du

lendemain vint à peine blanchir le faîte de son palais, qu'il fit

assembler le peuple pour lui tenir ce discours: Reprenez votre

sceptre; j'abdique le trône; je renonce à une dignité qui me donne le

droit & le pouvoir de faire le mal. Simple particulier, une heureuse

impuissance m'avoit empêché de me venger. Mais avant de redescendre à

mon ancien état, j'ordonne qu'on délivre mon prisonnier d'hier.--Ce

qui fut exécuté: & les deux associés poursuivirent leur route dans la

plus douce intimité.

Apologues modernes, à l'usage du Dauphin premières leçons du fils ainé d'un roi · 第 80 / 170 题