_LE JEU DU VOLANT._
En ce tems-là; deux souverains en guerre, étant convenus d'une treve,
sortirent chacun de leurs camps, & se donnerent réciproquement une
fête, en présence des deux armées. Après avoir perdu leur tems à
divers amusemens plus puérils les uns que les autres, ils s'aviserent
de jouer au volant; auquel jeu ils se montrerent très-experts. Le
peuple d'applaudir le nombre des coups & l'adresse des deux joueurs
couronnés à se renvoyer l'instrument emplumé. Imbécilles! (dit une
voix aux spectateurs), riez donc de votre image. C'est ainsi qu'on
vous balotte, jusqu'à ce qu'on ne puisse plus se servir de vous, &
qu'on vous ait mis en pieces. Car vous êtes le volant des rois. Leurs
ministres en sont les raquetres plus ou moins élastiques, & qui
doivent suivre l'impulsion de la main qui les guide. Quand la raquette
a les mouvemens trop durs, on la change, on la troque; mais le peuple
ne s'en trouve pas mieux, & n'en est pas moins le passe-tems de ses
chefs.