LEÇON XII.

_LES DEUILS DE COUR._

En ce tems-là: j'entrai un jour dans la capitale d'un grand empire.

Les habitans étoient en deuil. Hommes & femmes, tous étoient vêtus de

laine. La soie, l'or & les pierreries avoient disparu. Jusqu'aux

armes, tout avoit pris la livrée de la tristesse. Inquiet de ce

spectacle, je pris des informations!

De quelle calamité la ville est-elle affligée, ou menacée? A-t-elle

perdu son roi, sa reine, quelques-uns des princes de la race

impériale? Et ces princes valent-ils les frais & les incommodités du

deuil?

Non, me répondit un citoyen. Un souverain du fond du nord vient de

mourir, & on porte son deuil.

Il a donc rendu de grands services à la nation?

Au contraire, il lui a enlevé une province entiere, & n'a accordé la

paix que faute de combattans.

Et c'est pour un tel prince qu'un peuple étranger au mort, couvre ses

habits de _pleureuses_! En ce cas, que fait-il, quand il a perdu son

propre roi, ou quelques grands hommes?

Le plus grand philosophe est mort à la même époque; mais, loin de lui

accorder les honneurs d'un deuil public, on refusa à ses mânes ceux de

la sépulture.

Apologues modernes, à l'usage du Dauphin premières leçons du fils ainé d'un roi · 第 18 / 170 题