_LES DEUILS DE COUR._
En ce tems-là: j'entrai un jour dans la capitale d'un grand empire.
Les habitans étoient en deuil. Hommes & femmes, tous étoient vêtus de
laine. La soie, l'or & les pierreries avoient disparu. Jusqu'aux
armes, tout avoit pris la livrée de la tristesse. Inquiet de ce
spectacle, je pris des informations!
De quelle calamité la ville est-elle affligée, ou menacée? A-t-elle
perdu son roi, sa reine, quelques-uns des princes de la race
impériale? Et ces princes valent-ils les frais & les incommodités du
deuil?
Non, me répondit un citoyen. Un souverain du fond du nord vient de
mourir, & on porte son deuil.
Il a donc rendu de grands services à la nation?
Au contraire, il lui a enlevé une province entiere, & n'a accordé la
paix que faute de combattans.
Et c'est pour un tel prince qu'un peuple étranger au mort, couvre ses
habits de _pleureuses_! En ce cas, que fait-il, quand il a perdu son
propre roi, ou quelques grands hommes?
Le plus grand philosophe est mort à la même époque; mais, loin de lui
accorder les honneurs d'un deuil public, on refusa à ses mânes ceux de
la sépulture.