_LEÇON D'ARITHMÉTIQUE._
En ce tems-là; un jeune roi très-jeune en étoit encore aux élémens de
l'arithmétique. Son maître de mathématiques, qui n'étoit point un
courtisan, lui donna un jour cette leçon.
Un roi, par exemple, est dans son royaume, comme l'unité: s'il se
trouvoit tenté de ne regarder chacun de ces sujets que comme un zéro,
on pourroit lui faire observer que ce sont les zéros qui donnent une
valeur à l'unité. Plus on les multiplie, plus l'unité compte. L'unité,
réduite à elle-même, ne seroit rien. Elle leur doit tout ce qu'elle
vaut. Il y a pourtant cette différence importante entre les zéros en
politique & les zéros en arithmétique, c'est que les derniers ne
peuvent entrer en compte sans l'unité qui leur donne une existence, &
de laquelle ils ne peuvent se passer. Les premiers, au contraire, font
tout pour l'unité qui ne fait presque rien pour eux.