LEÇON V.

_LE ROI NAIN._

En ce tems-là; un prince souverain mettoit sa vanité à ne composer son

nombreux domestique que de valets de la plus haute taille. Il n'eut

qu'un fils, lequel avoit une stature qui n'étoit précisément élevée

qu'autant qu'il en falloit pour qu'il ne fût pas tout-à-fait un nain.

À la mort de son pere, le fils régnant à son tour, signala les

premiers jours de son regne par substituer un peuple de nains à tous

ces grands valets qui blessoient depuis trop long-tems sa vue & son

amour-propre. Ne voyant autour de lui que de petits hommes, il ne

tarda pas à oublier qu'il y en avoit de plus grands que lui, qui en

effet étoit le plus haut de tous ceux qui le servoient. Malgré toutes

les précautions qu'on prenoit pour qu'il ne se présentât à ses yeux

que des hommes encore plus petits que lui, un grand homme vint à bout

de pénétrer dans son palais, & jusqu'en sa présence. Il fut traité de

_monstre_, & mis comme tel dans la ménagerie du prince.

Apologues modernes, à l'usage du Dauphin premières leçons du fils ainé d'un roi · 第 11 / 170 题