AU PRÉTENDU BIONDETTO.

«Je ne sais qui vous êtes, madame, ni ce que vous pouvez faire

chez don Alvare; mais vous êtes trop jeune pour n'être pas

excusable, et en de trop mauvaises mains pour ne pas exciter la

compassion. Ce cavalier vous aura promis ce qu'il promet à tout le

monde, ce qu'il me jure encore tous les jours, quoique déterminé

à nous trahir. On dit que vous êtes sage autant que belle; vous

serez susceptible d'un bon conseil. Vous êtes en âge, madame, de

réparer le tort que vous pouvez vous être fait; une âme sensible

vous en offre les moyens. On ne marchandera point sur la force du

sacrifice que l'on doit faire pour assurer votre repos. Il faut

qu'il soit proportionné à votre état, aux vues que l'on vous a

fait abandonner, à celles que vous pouvez avoir pour l'avenir, et

par conséquent vous réglerez tout vous-même. Si vous persistez

à vouloir être trompée et malheureuse, et à en faire d'autres,

attendez-vous à tout ce que le désespoir peut suggérer de plus

violent à une rivale. J'attends votre réponse.»

Après avoir lu cette lettre, je la remis à Biondetta. «Répondez, lui

dis-je, à cette femme qu'elle est folle, et vous savez mieux que moi

combien elle est...

--Vous la connaissez, don Alvare, n'appréhendez-vous rien d'elle?...

[Illustration]

--J'appréhende qu'elle ne m'ennuie plus longtemps; ainsi je la

quitte; et pour m'en délivrer plus sûrement, je vais louer ce matin

une jolie maison que l'on m'a proposée sur la Brenta.» Je m'habillai

sur-le-champ, et allai conclure mon marché. Chemin faisant, je

réfléchissais aux menaces d'Olympia. Pauvre folle! disais-je, elle

veut tuer... Je ne pus jamais, et sans savoir pourquoi, prononcer le

mot.

Dès que j'eus terminé mon affaire, je revins chez moi; je dînai; et,

craignant que la force de l'habitude ne m'entraînât chez la courtisane,

je me déterminai à ne pas sortir de la journée.

Je prends un livre. Incapable de m'appliquer à la lecture, je le

quitte; je vais à la fenêtre, et la foule, la variété des objets me

choquent au lieu de me distraire. Je me promène à grands pas dans mon

appartement, cherchant la tranquillité de l'esprit dans l'agitation

continuelle du corps.

[Illustration]

[Illustration]

Le diable amoureux · 第 33 / 50 题