GENEVIÈVE BERGERON.

--Pauvre Geneviève! soupira Victor en essuyant une larme. Pauvre

Geneviève! fit, comme un écho, la voix émue du prisonnier. Et une

émotion profonde s'empara de toute l'assistance.

L'avocat de la couronne fit son plaidoyer. Il remémora d'une manière

nette, précise, sans passion et sans faiblesse tous les faits que l'on

sait déjà. Mais son argumentation parut faible, car tous les témoins à

charge venaient d'être convaincus de parjure ou de malhonnêteté.

Picounoc seul restait debout, mais sa version du meurtre ne semblait

plus naturelle et vraie comme en premier lieu.

--Cependant conclut le procureur, la société attend de vous le salut,

messieurs les jurés, si vous laissez le crime impuni, par compassion ou

par faiblesse, vous sapez les fondements de l'édifice social, et nul

n'est à l'abri de la malice des méchants. Si vous croyez, devant Dieu,

que l'accusé soit coupable, et que, plus rusé que son ennemi, il ait

réussi à déjouer la justice, vous devez le condamner sans merci, car

l'hypocrisie augmente la grandeur d'une faute; si, au contraire, vous

êtes d'avis qu'il est accusé injustement, et qu'il a été amené à

commettre ce meurtre par un concours de circonstances qui l'excusent,

vous devez l'acquitter. Si vous avez des doutes, donnez à l'accusé le

bénéfice de ces doutes; car il vaut mieux pardonner à tous les coupables

que faire périr un innocent.

Picounoc le maudit · 第 92 / 98 题