J'allais répliquer (je ne sais comment!) à ce terrible argument; nous

en étions là de nos querelles et de notre intimité, quand nous vîmes

arriver, voleter de pierre en pierre, de saint en saint, péniblement,

prudemment, pesamment, devinez qui? Jacques! oui, Jacques, le pauvre

Sansonnet du vieux château.

«Quelles nouvelles, lui dis-je, quelles nouvelles, mon bon Jacques?

--Affreuses! me répondit le vieux serviteur d'un ton si lugubre, que je

vis bien que je devais me préparer à tout entendre.

--Affreuses! reprit-il. Ils sont tous morts!

--Tous? m'écriai-je. Parlez donc, Jacques! et parlez vite! Vous me

mettez au supplice.

--Tous, dit-il, et de mort violente; et il n'en reste pas pierre sur

pierre.

--Expliquez-vous, lui dis-je, et rassemblez vos souvenirs. De quoi ne

reste-t-il pas pierre sur pierre? et enfin qui est mort?

--Monseigneur pouvait fuir encore, continua le pauvre Jacques en

suivant ses idées; mais il a préféré résister jusqu'à la fin, et

s'ensevelir sous les ruines de notre château.»

Bref, voici ce que Jacques me raconta. A la suite d'une affaire de

bourse, très-heureuse pour lui, la fortune du propriétaire du vieux

château, et du château neuf, s'étant accrue considérablement, sa

considération s'était accrue d'autant, et il fut nommé.... baron! Le

vaniteux banquier crut qu'il serait indigne de sa nouvelle position

de garder dans ses domaines un château délabré, et, en peu de jours,

quoique l'hiver approchât, l'œuvre de destruction fut accomplie. Mes

ruines chéries disparurent à jamais.

Le vieux Faucon, accablé d'infirmités, et dédaignant, ainsi qu'il a été

dit, de chercher son salut dans la fuite, s'était laissé écraser par

la chute d'un énorme pan de muraille. Immobile dans un des coins de la

cour, et dans l'attitude résignée du Génie du temps, il mourut sans

pousser un seul cri. Cette mort héroïque ne fut pas sans amertume, car

il était mort en désespérant du retour de ce passé qu'il n'avait cessé

de regretter.

Quant au Lézard, la mort lui vint en dormant, ainsi qu'à la Lézarde

et à leur enfant, un bon petit Lézard qui donnait les plus belles

espérances. Quelques jours avant cette catastrophe, il paraît que

toute la famille avait parlé de s'endormir pour six mois, et comme

le disait Jacques, qui puisait de grandes consolations dans cette

réflexion: «Dormir six mois, ou dormir toujours, c'est presque tout un.»

Le vieux serviteur aurait bien voulu mourir bravement, comme son

maître; mais n'est pas Faucon qui veut, et il nous avoua, en baissant

la tête, que quand il vit les murailles s'ébranler, il fit comme tous

ceux auxquels son seigneur avait donné asile, il s'enfuit!

Jacques semblait n'avoir survécu à ce désastre que pour m'en apporter

la nouvelle. Je l'ai pris à mon service pour qu'il fût au service de

quelqu'un et pût mourir content. Il est sourd et répond à tout ce

qu'on lui demande comme si on lui parlait du vieux château et de ses

habitants.

«Eh bien! êtes-vous satisfait? dis-je à mon vieil ami; j'ai parlé de

tout et de rien, et de vous-même.

--Faisons la paix, me répondit-il. Je n'ai point à me plaindre, vous

êtes un historien fidèle; mais cette fin ressemble un peu trop au

dénoûment d'une tragédie.»

La vie commence et finit par l'insouciance, et mon vieil ami était

arrivé à l'âge où l'on ne trouve plus aucun plaisir à s'attrister:

on pouvait lui appliquer le mot de Goethe: «La vieillesse nous

trouve encore enfants.»--«Tous mes héros meurent, j'en conviens, lui

répondis-je; mais pourquoi pas? n'est-ce pas là, et naturellement, et

heureusement peut-être, la fin de tout? et pour une joie que la mort

arrête, ne met-elle pas fin à bien des misères? Ne mourrai-je pas, moi

qui vous parle; et vous qui me lisez, êtes-vous immortel?»

Pour toute réponse, mon vieil amoureux se mit à chanter d'une voix

chevrotante ce vieux refrain que je déteste:

«Nous n'avons qu'un temps à vivre,

Amis, passons-le gaiement..., etc.

--Chantez! lui dis-je, chantez! Que prouvent vos chansons? le monde

est plein de _Jean qui pleurent_ et de _Jean qui rient_; qui pleurent,

parce qu'il y a de quoi pleurer; qui rient, parce qu'il y a de quoi

rire sans doute. Mais pourtant à quoi sert qu'on rie ou qu'on pleure?

Ne ferait-on pas mieux de se tenir dans le milieu, de parler haut

et sec, si l'on veut, mais bonnement et simplement, sans doute ni

moquerie, et de pousser son voisin et de se pousser soi-même vers la

sagesse, qui consiste:

«1º A faire valoir ce qu'on a de bon;

«2º A combattre ce qu'on a de mauvais.

«Mais non, on veut chanter! Chantez donc, et chantez toujours! et

osez me dire que vous êtes heureux. Ne voyez-vous pas que vos plumes

s'émoussent et blanchissent en attendant qu'elles tombent? Un plus

vieux et un plus sensé que vous, Montaigne, l'a dit après beaucoup

d'autres: «Nul ne peut être appelé heureux, s'il n'est pas mort.»

La réponse était un peu dure. Mon vieil ami se taisait, je craignis de

l'avoir blessé; ce fut à mon tour à lui offrir la patte, et la paix fut

conclue.

P. J. STAHL.

[Illustration]

DERNIER CHAPITRE

Où l'on voit que chez les Bêtes comme chez les Hommes les révolutions

se suivent et se ressemblent.

[Illustration]

Les Animaux s'étaient une fois encore rassemblés, et le bruit était

tel, qu'on aurait voulu être sourd.

«Mais enfin de quoi vous plaignez-vous? disait le Renard à la foule.

--Si je le savais, répondait la foule, me plaindrais-je?

--Nous n'en savons rien, dit une voix; mais si nous cherchions bien,

nous trouverions.

--Cherchez, dit le Renard.

--Pourquoi diable avoir fait un livre? reprit alors la voix. Et quel

livre! trop, et trop peu. Ne valait-il pas mieux faire tout de suite

une révolution?

--Cela est bon à dire, repartit l'orateur; mais un livre se fait

plus facilement qu'une révolution. D'ailleurs, en voulant faire une

révolution, on ne fait souvent rien du tout, et quelquefois même au

lieu d'avancer on recule. Cela s'est vu.

--Messieurs, dit la Fouine, venant au secours du Renard son compère,

c'est à force de se tromper qu'on devient habile. Recommençons.

--Je l'aurais parié! s'écria l'Oiseau moqueur. De l'encre, toujours

de l'encre! Un troisième volume, sans doute; et après un troisième,

un quatrième, et ainsi de suite, jusqu'à huit, jusqu'à cent, jusqu'à

ce que chacun en ait par-dessus la tête. Des paroles toujours et des

actions jamais! Mais, ma chère, on se lasse de tout dans les temps où

nous sommes, et surtout des bonnes choses. Une ligne de plus, et vous

n'aurez d'abonnés que ceux auxquels vous enverrez votre livre gratis;

encore ceux-là en viendront-ils à vous le refuser, peut-être.

--Bravo! s'écria-t-on de tous les côtés. Plus d'écritures! plus de

paroles! A bas les bavards!»

Il n'y avait qu'un encrier dans la salle, cet encrier fut brisé.

«Il fait ici mauvais pour nous, dit la Fouine au Renard. Les

peuples ont toujours lapidé leurs prophètes; prenons garde à nous, mon

compère.»

Et d'un autre côté:

«Tout a été de mal en pis, disait le Bœuf.

--J'ai arrosé la terre de mes larmes, bramait le Cerf.

--Et la terre ne s'en est pas émue, répondait la Biche.

--Les larmes lui sont dues, ajoutait l'Oiseau triste.

--Les aveugles eux-mêmes ont des yeux pour pleurer,» s'écriait la Taupe

en sanglotant.

Et un peu plus loin, le Rossignol chantait:

«Ce qui manque à notre monde, c'est l'harmonie.

--C'est le courage, dit le Lion.

--C'est la colère, dit le Tigre.

--C'est la haine, dit le Loup.

--C'est l'appétit, dit le Goinfre.

--C'est la résignation, bêla le Mouton.

--Ce n'est rien de tout cela, dit la Colombe: c'est l'amour. Si l'on

s'aimait!

--Vous avez peut-être raison, répondit le Rossignol à la Colombe; mais

on ne vous donnera pas raison, car on ne s'aime pas.

--Ce qui nous manque à tous, dit le Butor, c'est le sens commun.

--Laissez parler le Renard,» dit-on à la fin.

--Messieurs, dit celui-ci d'une voix émue, pourquoi récriminer? Si nous

n'avons rien fait qui vaille, est-ce notre faute? N'est-ce donc rien

d'ailleurs que d'avoir appris à lire au peuple?

--C'est du foin et non des livres qu'il nous faut, dit l'Ane en serrant

sa ceinture.

--Eh quoi! vous aussi, ô Ane! vous renoncez à la science! dit le Renard

découragé.

--Fi donc! dit à l'Ane, que l'exclamation du Renard avait fait rougir

jusqu'aux oreilles, un Étourneau qui avait eu le malheur d'être

considéré et encagé comme un Oiseau rare; fi donc! du foin, c'est bon

pour vous! Quant à moi, quant à nous, nous ne demandons rien, que la

clef des champs!

--Liberté! liberté! s'écria l'assemblée tout entière.

--La liberté consiste à n'avoir jamais ni faim ni soif, dit le Porc.

--Taisez-vous, dit l'Aigle de Varsovie, en laissant tomber un regard

de mépris sur celui qui venait de parler. Il n'y a que ceux qui sont

prêts à mourir pour elle qui savent ce que c'est que la liberté.

--Mais, de grâce, attendez! dit le Renard. Tout progrès est lent; on

l'a dit, un fétu est le gain d'un siècle... L'arbre de la liberté est

peut-être semé...

--Mais il n'est pas encore en fleur, repartit l'Ours, qui apparut tout

à coup à l'extrémité de son bâton. Et encore bien moins en fruits,

ajouta-t-il en montrant sa face et ses flancs décharnés. J'ai faim, et

je n'ai rien mangé d'aujourd'hui. Mon gardien me vole!

--Horreur! s'écria-t-on.

--Ah! je te vole! dit alors une voix que chacun reconnut aussitôt

avec effroi pour une voix humaine, celle-là même du gardien de l'Ours;

ah! je te vole, tu t'en vantes!»

Mais il est bon de suspendre pour un instant ce récit, et d'entrer dans

quelques explications. Depuis quelque temps déjà (il y a des traîtres

partout, et, nous le disons avec douleur, il s'en était trouvé sans

doute parmi les rédacteurs et même parmi les abonnés des Animaux);

depuis quelque temps, disons-nous, l'autorité supérieure avait été

avertie de ce qui se passait et savait jour par jour où en était la

conspiration.

Tant qu'on se borna à écrire, à dessiner et à bavarder, on laissa faire

aux Animaux, non pourtant sans mettre de temps en temps dans leurs

roues quelques-uns des bâtons de la censure; mais quand on sut qu'une

nouvelle assemblée allait se constituer, comme on pensait bien qu'elle

pourrait donner lieu à des discussions vives, et peut-être même à des

résolutions violentes, on avait aposté autour du lieu où devait se

tenir l'assemblée une force armée redoutable, plus de la moitié de la

garnison de Paris, dit-on!

Ceci explique, sans doute, suffisamment l'interruption que nous venons

de signaler.

«Parbleu! dit le gardien en entrant soudainement dans la salle,

comme jadis les rois entraient au parlement, le fouet à la main;

parbleu! mes amis, je vous trouve plaisants. Quoi! vous êtes, pendant

votre vie, logés, chauffés et nourris aux frais du gouvernement; et

puis après, empaillés! conservés! étiquetés! numérotés! toujours sans

bourse délier; et vous vous plaignez! et vous complotez!... Mais,

brutes que vous êtes, vous ne savez donc pas que je donnerais ce que

l'on me donne, en y ajoutant même ce que je prends, pour être à la

place du moindre d'entre vous.»

Et tout en parlant, lui et sa troupe usant, ceux-ci de leurs fouets,

ceux-là de leurs armes, ils vinrent à bout de s'emparer des conjurés

pris au dépourvu. L'affaire, hélas! fut bientôt faite; la plupart des

Animaux ayant eu l'imprudence de se rogner les ongles, afin de pouvoir

écrire, étaient hors d'état d'opposer la moindre résistance. Au bout

d'une heure, de tous les futurs libérateurs de la nation animale, il ne

resta pas un seul qui ne fût prisonnier; et quand le dernier verrou fut

poussé sur le dernier d'entre eux, le gardien prenant une fois encore

la parole:

«Vous vous êtes agités, dit-il, vous avez parlé, vous avez écrit,

vous avez été imprimés, vous avez été lus... et cela n'a servi à rien.

Tout s'est donc passé dans les règles. Vous devez être satisfaits, ou

je ne m'y connais pas.»

[Illustration]

Et c'est ainsi que fut enterrée cette fameuse révolution, qui n'eut pas

d'autre oraison funèbre que le mot brutal que nous venons de citer.

Il se présenta bien encore, dit-on, pendant quelques jours, à la porte

de l'ex-cabinet de rédaction, quelques Bêtes étranges, de l'espèce des

Chimères, de celles qui arrivent toujours ou trop tôt ou trop tard,

jamais à point; mais elles en furent pour leurs frais de route, qui

pouvaient être considérables; car, à en juger sur leur mine, elles

arrivaient tout au moins des antipodes... où on les renvoya.

[Illustration]

«Si nous avions été là, disaient ces Bêtes modestes, si ceux qui

viennent de se laisser surprendre nous avaient laissé faire leur

besogne, on n'aurait pas eu raison de nous aussi facilement!»

Et on les laissait dire. Les héros du pays d'Utopie ne sont guère à

craindre que pour leurs amis.

SUITE ET FIN DU DERNIER CHAPITRE.

Mais ce n'est pas tout!

M. le préfet de police, ayant appris que quelques Hommes n'avaient pas

eu honte de tremper dans cette sotte affaire et de mettre leur plume

au service des Animaux, envoya chez chacun d'eux une demi-douzaine au

moins des honnêtes gens dont il dispose.

Les infortunés furent tous pris au saut du lit, aucun d'eux n'étant

matinal, puis conduits à la préfecture de police!

Là, ayant tiré de sa poche une simple feuille de papier timbré, et

s'étant armé de son écharpe, l'officier public qui les avait arrêtés

leur lut ce qui suit:

«Nous, préfet de police, etc., etc.;

«Attendu qu'il a été démontré que les sieurs... (suivent les noms au

nombre de onze) n'ont pas rougi de faire cause commune avec les Bêtes,

d'emprunter leurs idées, leur langage et parfois leur esprit;

«Attendu qu'il n'a pas tenu à eux, par conséquent, que la société

humaine ne fût bouleversée jusque dans ses fondements;

«Ordonnons que les susnommés seront, dès demain, punis par où ils ont

péché, c'est-à-dire traités en Bêtes (tant pis pour eux!), transportés

au Jardin des Plantes, et incarcérés, chacun dans une des cages de la

ménagerie, au lieu et place des Animaux dont ils se sont faits les

interprètes et les avocats.

«N. B.--Les susdits ayant, de l'aveu de tous, abusé du droit d'écrire,

il est spécialement défendu, et ce, sous les peines les plus sévères,

de leur faire passer des plumes, de l'encre et du papier.

«De plus, le gouvernement devant pourvoir abondamment à leur

subsistance» (ici quelques-uns des prisonniers essuient leurs larmes),

«il sera défendu également de leur rien donner; les morceaux de sucre,

les brioches, et même les pains de seigle, sont donc totalement

interdits.

«Pourtant, et par faveur spéciale, il sera permis à leurs anciens amis,

qui n'auront pas peur d'être mordus, de leur offrir de temps en temps

un cigare de la régie.

«AVIS.

«Les cages seront ouvertes de midi à deux heures, et les nouveaux

Animaux visibles, quand la température le permettra.

«On recommande aussi aux curieux de ne point trop agacer les nouveaux

hôtes du Jardin des Plantes, ceci pouvant, malgré les précautions qu'on

a prises, n'être pas sans danger.»

Grâce à la stupeur universelle, cet arrêt barbare fut exécuté sans

provoquer de résistance. La foule a ses jours d'inertie.

Dès le lendemain, on lisait dans le journal officiel de la capitale la

note suivante:

«Onze nouveaux Animaux, dont l'espèce n'a encore été décrite par aucun

naturaliste, mais auxquels on s'accorde assez généralement à donner

le nom de Littérateurs, ont été substitués, dans les cages et cabanes

du Jardin des Plantes, aux Lions, aux Ours, aux Tigres, aux Panthères

et aux Anes, lesquels, ayant cessé d'exciter la curiosité publique,

ont été admis à faire valoir leurs droits à la retraite. Le Jardin

des Plantes présente un aspect inaccoutumé. Les vétérans ont peine

à contenir la foule. Parmi les curieux, on a remarqué les anciens

pensionnaires du Jardin, et ceux des Animaux de la province et de

l'étranger qui ont pu se soustraire à leurs travaux quotidiens. La vue

des hôtes du Jardin qui les remplacent semble piquer au plus haut point

leur curiosité. Puisque ce sont eux qui sont en cage, c'est donc que

nous sommes libres, se disent entre elles ces bonnes âmes.»

[Illustration]

Un mois ne s'était pas écoulé que les Tourterelles, à bout de soupirs,

s'étaient décidées à remonter sur leurs nuages. L'amour leur restait,

qui console de tout--les Tourterelles.

[Illustration]

L'Ours avait regagné en grondant sa tanière; mais bientôt, bourgeois

résigné, il s'était fait bonne d'enfants dans sa propre maison, bien

décidé à ne jamais laisser dire un mot de politique à ses fils.

[Illustration]

Les Tortues, les Manchots, les Chauves-Souris, les Écrevisses, et bon

nombre de Scarabées: ceux-ci par besoin de faire montre de leurs

cuirasses, ceux-là et celles-là par amour pour le progrès, sous quelque

forme qu'il se déguise, firent un feu de joie de tous les manuscrits,

projets de réforme, rappels de leurs droits qu'ils s'étaient proposé

de mettre au jour, sous le régime précédent. Ce qui leur prouva bien

le danger de ces papiers incendiaires, c'est que l'instant de lumière

qu'ils produisirent en brûlant leur causa une sorte d'éblouissement.

Le Chien reprit sagement son métier d'aveugle et sa serinette, jugeant

que ce métier avait du bon quand quelques sous tombaient dans sa sébile.

[Illustration]

Celui qui sembla s'accommoder le moins du sort nouveau qu'on lui

faisait, ce fut un petit Animal hargneux et étrange, tel qu'on en

pourrait rêver seulement dans les visions d'une nouvelle apocalypse,

lequel prétendait opiniâtrément que son devoir était de protester.

Moitié Hérisson, moitié Bouledogue, cet être bizarre, qui a emprunté

à l'Homme quelque chose de son visage, avait pour poils un buisson de

dards qui affectaient la forme de lames de canif, de porte-crayons,

de grattoirs et de plumes de fer. De là le nom de Porte-plume ou de

Journaliste qu'il prétendait se donner. Il s'accroupit en frémissant

devant le gardien vigilant à qui incomba la tâche ingrate de le

surveiller. La verge incessamment levée sur cette tête rageuse

finira-t-elle par le dompter? Les honnêtes gens qui aiment avoir

l'esprit en repos osent l'espérer.

[Illustration]

Que dire encore? Le monde des Bêtes est rentré dans le silence. On

assure que malgré son immobilité apparente la terre a continué de

tourner, et que le mot de Galilée «_E pur si muove_» est resté vrai.

Mais le mouvement s'opère-t-il en avant ou en arrière? La question est

plus facile à poser qu'à résoudre. Ceci est le secret des dieux, non

des Bêtes, dont nous n'avons été ici que l'humble rapporteur.

P. J. STAHL.

[Illustration]

[Illustration]

TABLE DES MATIÈRES

Pages.

PREMIERE PARTIE

Prologue. 3

Résumé parlementaire, par P. J. STAHL. 6

Histoire d'un Lièvre, par P. J. STAHL. 27

Peines de cœur d'une Chatte anglaise, par DE BALZAC. 62

Les Aventures d'un Papillon, par P. J. STAHL. 81

Les Contrariétés d'un Crocodile, par ÉMILE DE LA BÉDOLLIÈRE. 100

Oraison funèbre d'un Ver à soie, par P. J. STAHL. 108

Voyage d'un Moineau de Paris, par GEORGE SAND. 113

Vie et opinions philosophiques d'un Pingouin, par P. J. STAHL. 140

Les Doléances d'un vieux Crapaud, par GUSTAVE DROZ. 174

Le Premier Feuilleton de Pistolet, par JULES JANIN. 195

Le Rat philosophe, par ÉDOUARD LEMOINE. 210

Les Souffrances d'un Scarabée, par PAUL DE MUSSET. 225

Un Renard pris au piége, par CHARLES NODIER. 247

Guide-Ane, par H. DE BALZAC. 267

Les Contradictions d'une Levrette, par GUSTAVE DROZ. 287

Topaze, peintre de portraits, par LOUIS VIARDOT. 305

Voyage d'un Lion d'Afrique à Paris, par H. DE BALZAC. 321

Au Lecteur, par P. J. STAHL. 341

DEUXIÈME PARTIE

Encore une Révolution, par P. J. STAHL. 344

Histoire d'un Merle blanc, par ALFRED DE MUSSET. 391

Le Mari de la Reine, par GUSTAVE DROZ. 422

Les Amours de deux Bêtes, par H. DE BALZAC. 430

Les Peines de cœur d'une Chatte française, par P. J. STAHL. 461

Causes célèbres, par É. DE LA BÉDOLLIÈRE. 483

L'Ours, par L. BAUDE. 497

Le Septième ciel, par P. J. STAHL. 507

Lettres d'une Hirondelle à une Serine, par

Mme MÉNESSIER-NODIER. 520

Les Animaux médecins, par PIERRE BERNARD. 544

Tablettes de la Girafe, par CHARLES NODIER. 557

Propos aigres d'un Corbeau, par G. DROZ. 569

Souvenirs d'une vieille Corneille, par P. J. STAHL. 580

Dernier chapitre, par P. J. STAHL. 623

[Illustration]

PARIS.--J. CLAYE, IMPRIMEUR, RUE SAINT-BENOIT, 7.

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Vie privée et publique des animaux · 第 41 / 41 段