27 août.

Voici quelques renseignements sur la soie de tsámia[270].

L’insecte qui la produit vit sur le tamarinier dont le fruit est appelé

aussi tsámia en haoussa. Il émigre tous les deux ou trois ans, d’une

province du Haoussa à l’autre, pour reparaître au bout de quelque temps

dans celle d’où il est sorti. Ce ver n’est pas cultivé. Il vit sauvage

et les gens du pays attendent l’époque où il devient chrysalide pour

aller faire la récolte dans la campagne. On détache les cocons pêle-mêle

avec les chrysalides et on les jette dans de l’eau bouillante pour tuer

les insectes. C’est dans cet état que la soie est vendue à Kanō. On la

vend à Kanō par petites portions appelées nōnō de quatre ou cinq fois la

quantité que j’en possède (7 gr. 65), c’est-à-dire 34 gr. 5 et au prix

de 15-20 oud’a[271], lorsqu’elle est bon marché, ou de 50 oud’a

lorsqu’elle est chère. Les acheteurs secouent alors la soie et en font

tomber les chrysalides, et cette soie est filée à la main comme bourre ;

on ne dévide pas les cocons. Cette soie a le défaut, me dit-on, de ne

pas prendre les couleurs, cependant je vois ici des tissus du Soudan,

coton et tsámia, où cette dernière est teinte en rose. On ne fait pas de

vêtements de tsámia pure, mais de petites bandes alternatives coton et

tsámia. Les chrysalides, pilées et infusées dans de l’eau, sont un

remède contre les douleurs d’oreille ; on verse la décoction dans

l’oreille du malade. On n’apporte pas de tsámia brute à Rhat ni à

Ghadāmès.

La « nila » ou teinture bleue qui sert à teindre les cotonnades du

Soudan est estimée par les Touareg comme ornement et comme hygiénique.

Ils l’achètent ici à la livre aux Ghadāmsia et s’en frottent les bras et

les mains ; les femmes, les lèvres, les joues et le front. C’est, comme

je le dis, un ornement sans lequel un homme n’est pas considéré et une

femme n’est pas belle et, de plus, un préservatif contre le froid et un

émollient ou lénitif pour la peau.

Aujourd’hui, Othman va à Tābia où Ikhenoukhen s’est rendu de son côté,

ils ont une longue discussion avec Eg ech Cheikh[272] qui est campé là.

On discute les moyens de faire la paix avec les Hoggār ; naturellement,

il n’y aurait qu’un moyen, c’est de rendre de chaque côté les chameaux

qui auraient été volés.

Journal de route de Henri Duveyrier · 第 186 / 241 题