26 juillet.

Ce matin, on charge les chameaux pour le voyage de Ghadāmès.

Je vais au bordj rendre au kaïd une visite qu’il m’a faite de bon matin,

et nous mangeons ensemble la pastèque des adieux. Il est plus aimable

que les jours derniers, et me promet de m’envoyer à Berresof le prochain

courrier. Enfin nous partons. J’ai repris mon ancienne manière de

voyager sur mon matelas plié en deux sur le dos d’un chameau.

Nous traversons bientôt un cimetière, et entrons ensuite dans ’Amīch.

’Amīch est le prolongement de l’oued Souf : c’est là que se perdait

l’ancienne rivière, selon la tradition. En effet, ce pays a bien la

forme d’une longue dépression (très peu sensible), faisant suite à celle

qui commence à Ghamra et arrive à El-Ouad ; en le traversant dans sa

longueur comme nous le faisons aujourd’hui, on a à droite (ouest) des

dunes assez hautes à une petite distance et l’on traverse des groupes de

maisons et de nombreuses cabanes en palmes (_zérība_, pl. _zeraīb_),

formant ainsi pour ainsi dire autant de petits hameaux qui prennent le

nom de « _nezla_ », mot emprunté à la vie nomade. C’est dans ’Amīch que

vivent une partie des Toroūd, quand ils ne sont pas avec leurs troupeaux

dans le Sahara. A gauche de la route sont les jardins de palmiers

dispersés dans les intervalles des dunes. On peut voir là de magnifiques

échantillons de palmiers.

Nous rencontrons un cavalier rebāyi ; il est à remarquer, pour cette

portion des Toroud, que leur manière de se vêtir et de harnacher leurs

chevaux, et leurs fusils surtout, sont identiques à ceux des tribus du

sud de la Tunisie et de la Tripolitaine. Ces tribus sont surtout

caractérisées par le haïk tourné simplement par-dessus une calotte rouge

un peu renfoncée sur le côté et qui paraît à moitié sous le haïk ; par

leurs vastes et immenses étriers et enfin par leurs longs fusils à

crosse ornée de nacre et de corail. Je possède une de ces armes.

Nous nous arrêtons à la zaouiya de Sidi Abd el Qāder, presque à

l’extrémité d’ʿAmīch. Le kaïd avait prévenu de mon arrivée, de sorte que

je trouve un bon tapis étendu dans l’élégante et propre goubba, et je

m’établis dans ce lieu saint. On m’apporte un repas inmangeable, mais

succulent pour des Arabes. Il fait si chaud que, malgré mon désir de

m’éloigner le plus tôt possible du Souf, nous restons la nuit ici. Le

soir, de pieux khouān de toutes les sectes possibles étaient venus faire

leurs récitations et chants autour de la goubba. Je les disperse en leur

faisant remarquer que le désert est vaste et qu’il n’est pas hospitalier

de troubler le sommeil d’un voyageur.

ʿAmich a, à mon estime, autant d’habitants qu’El-Ouad, à la saison où

toutes les huttes sont occupées (9 à 10.000 habitants). Les femmes ici

s’habillent comme à El-Ouad, de deux manières, soit avec un _haouli_

blanc accroché sur les épaules, soit avec un _haouli_ bleu suspendu de

la même manière ; puis elles ont de grosses tresses de laine de chaque

côté de la figure, et quelques-unes savent se faire pardonner cette

hérésie par des ornements rouges de bon goût du côté droit de la figure.

Journal de route de Henri Duveyrier · 第 150 / 241 题