18 juillet.

Ce jour s’est annoncé comme devant être très chaud ; mais le ciel fut

pur. Je passai ma journée sur mon lit, attendant pour utiliser mes

faibles forces que le moment de l’éclipse fût arrivé. Je calculai par

construction graphique le moment où elle devait avoir lieu, mais me

trompai fort en prenant pour heure, celle où l’éclipse _totale_ aurait

lieu sous la longitude d’El-Ouad. Et l’éclipse ne devait pas être totale

ici. Cela fut cause que quand j’allai à la lunette, dix minutes avant le

premier contact (comme je le croyais), je trouvai le disque solaire

entamé. Je me mis en observation, et je vis la lune couvrir

successivement les taches du soleil. L’éclipse était au moins au tiers

et la population d’El-Ouad ne s’en était pas aperçue ; alors elle fut

simultanément reconnue, et quelques bavardages inquiets firent place à

un profond silence. Mais lorsque les progrès de l’éclipse furent

marquants, des cris poussés de tous les côtés annoncèrent la détresse

des Arabes. On entendait partout : « Iā chĭfā Si Mohammed rasoul

Allah ! »

Je vis le disque lunaire approcher à une distance extrêmement minime du

bord du soleil ; je crus un instant voir certaines montagnes faire

éclipse totale et au moment où je m’apprêtais à marquer l’heure de ce

contact, l’éclipse commença à diminuer.

Je vis alors des pigeons voler au-dessus de la maison, se rendant à

leurs gîtes. Des Arabes de la ville me disent avoir vu des étoiles. La

lumière la plus faible a été celle qui succède dans cette saison au

coucher du soleil. L’éclipse diminua lentement et je pus observer le

dernier contact à 4 h. 54 m. 45 p. de mon chronomètre qui marque encore

le temps de Paris.

Après l’éclipse, j’eus une députation des _mechaikh_ qui vinrent me

demander si l’année serait pluvieuse. Ma prédiction accomplie de

l’éclipse, mon ancienne prédiction de pluie de cet hiver, vérifiée par

le fait, leur faisait croire que non seulement je puis prédire la pluie,

mais encore la donner.

Je fus pris le soir de fièvre violente et de vomissements ; le soleil et

la chaleur brûlante à laquelle j’ai été exposé pendant plusieurs heures

avaient rappelé la fièvre.

Journal de route de Henri Duveyrier · 第 143 / 241 题