Je commence à sentir quelques caresses sourdes de fièvres ; je suis
obligé de me tenir, comme avant, renfermé dans la Kasba.
Travaux de linguistique. Je recueille un vocabulaire complet du dialecte
righi de Temassīn.
Le 7 juillet, malade au lit.
Le 11, mangé les premières figues _Kartous_.
Renseignements historiques recueillis par moi auprès de Ben Chemāl[202].
Les premiers sultans de Tougourt furent la dynastie des Oulad Beiffo,
dont les descendants excessivement pauvres habitent encore un des
villages de l’oasis, Tebesbest, je crois. Ils gouvernèrent Tougourt et
Kedima, dont l’emplacement était dans la _Ghaba_[203] près de Sidi
Mohammed ben Yahiya. C’étaient des Rouāgha. Tougourt el Kedīma fut peu à
peu abandonnée, dit-on, à cause des scorpions, et la nouvelle ville fut
bâtie par Sidi Zekri, marabout righi de Tougourt et Kedima. Une Djemaʿa
gouverna Tougourt dans l’origine, et Sidi Zekri n’en fut que le bon
conseiller ; Tala était alors plus puissante que Tougourt ; elle avait
des cheikhs ; dont le plus célèbre est connu sous le nom de Cheikh el
Tālāoui. Sidi Mohammed Ben Yahiya succéda à Sidi Zekri et gouverna de
même par ses conseils. Il résida 40 ans dans la Kasba. Lorsque ce
marabout avait 15 ans, Sidi Khelil, Sidi Ali Ben Soultān et Sidi Embarek
es Saim venaient faire leur pèlerinage à Sidi Bou Haniya près de Goūg.
Avant la mort de Sidi Mohammed, deux frères du nom de Beni Djellāb
passaient souvent à Tougourt. Leur pays originaire était Telemsen (ils
descendaient des Mérinides) et ils avaient alors leurs biens dans le
Djebel Sahāri. A Tougourt ils prêtèrent des sommes considérables à tous
ceux qui leur en demandaient, si bien qu’au bout de bien des années, ils
vinrent un jour à Tougourt et voulurent faire leurs comptes, ne voulant
plus y revenir. On trouva que tout le bien de Tougourt ne pourrait plus
payer les dettes des habitants. Les habitants de Tougourt allèrent à
Sidi Mohammed Ben Yahiya et lui demandèrent conseil ; ce marabout se fit
amener les deux frères Ben Djellāb, et leur dit qu’il allait habiter
dans son village (le même qui porte aujourd’hui son nom) et qu’il leur
abandonnait la ville et tout ce qu’elle renfermait. — Ainsi commença la
dynastie des Ben Djellāb. — Plus tard les Oulad Sidi M. Ben Yahiya ne
s’entendirent pas bien avec les Ben Djellāb et ils émigrèrent dans le
Tell où ils sont actuellement avec les Oulad Abd en Nous près de
Constantine.
Dans ce temps-là, il y avait des juifs à Tougourt.
L’un des frères Ben Djellāb, ʿAbd el Hakk el Merīni, fut le premier
cheikh de Tougourt ; — de là à Cheikh Selmān il y a une lacune dans la
généalogie ; le cheikh Ben Chemāl ne connaît pendant ce temps d’autre
fait que la destruction de Tāla qui eut lieu, comme il croit, sous le
fils d’Abd-el-Hakk. Abd-el-Hakk conquit lui-même Meggarin, Qsoūr, etc.,
et ne s’arrêta que devant Tala qui résista à ses armes. Mais son fils
usa d’un stratagème qui lui réussit. Il offrit au cheikh de Tala de
cimenter une paix durable en épousant sa fille. Celui-ci y consentit. —
Ben Djellāb déguisa, le jour désigné pour la fête, un homme en mariée ;
il fit travestir un grand nombre de ses serviteurs en femmes venues à la
fête ; tous portaient des armes sous leurs vêtements. Il fit accompagner
le tout de 50 cavaliers. Le cheikh de Tala reçut sa prétendue femme et
sa suite et fit loger les cavaliers chez ses serviteurs. La fausse
mariée avait prévenu qu’elle donnerait le signal de l’attaque en tuant
le cheikh lorsqu’il viendrait la nuit. Cela arriva en effet : dans la
nuit, en entendant le coup de feu du signal, tous les serviteurs de Ben
Djellāb se précipitèrent au carnage et eurent bientôt raison de la ville
qui fut détruite par des renforts venus de Tougourt.
Sous le cheikh Selmān, le premier à partir de la lacune, eut lieu un
événement curieux. Une femme arabe appelée Oumm Hāni Bent el Bey (fille
d’une femme Douaouda[204] et d’un bey de Constantine), voulut devenir
cheikha des Arabes au Sahara et fit de grandes razzias elle-même à
cheval et armée, tua le Douaouda, son mari, ses frères et beaucoup
d’autres chefs. Enfin Selman voulut faire une alliance avec elle et lui
proposa d’épouser son fils. Elle fit semblant d’accepter, mais lorsque
Selman vint à son camp, à la Regouba de Sidi Khelil avec 500 chevaux, on
distribua habilement son monde dans les tentes et Selman logea dans la
tente de Bent el Bey. La nuit, elle tua elle-même le cheikh et ce fut le
signal d’une tuerie générale.
Cheikh Mohammed ben Selman lui succéda ; puis Selman, son fils ; Brahim,
fils du précédent ; Abd-el-Kader ; Hamed, fils de Brahim ; ’Amer, fils
d’Abd-el-Kader ; Mohammed el Akhal, fils de Hamed ; Hamed, fils de
Mohammed ; Abd-el-Kader, petit-fils d’Amer ; Farhāt, frère du
précédent ; Brahim, fils de Hamed ; El-Khāzen ben Farhat ; Mohammed,
fils de Hamed ; ’Omar, fils de Mohammed ; Brahim, fils de Mohammed ;
’Ali, fils de Mohammed ; Ben Abd er Rahman, petit-fils d’Amer ; Selman,
fils d’Ali ; les Français.