Je pars de Tinedla, et j’arrive de très bonne heure à Ourhlāna. Je
trouve ici M. Zickel, lieutenant d’artillerie, avec qui j’avais fait
connaissance à la table du bon commandant Robbe à Batna. Il commande ici
la brigade des forages artésiens. Le puits qu’on a entrepris est déjà
très avancé ; il a 53m,89 ; la température de l’eau dans un intervalle
du travail est de 24°,1 (th. 303 de Salleron). Je me démunis de mon
anéroïde et d’un thermomètre Salleron no 303 pour que M. Zickel puisse
faire des observations. M. Zickel a un fonds d’instruction générale qui
manquait à mon pauvre ami Lehaut.
Ourhlāna a 2.000 palmiers arrosés par 5 sources principales ; la
population du village est de 200 hommes et de 180 femmes. Je passe la
_gaïla_ ici et je vais coucher à Sidi Rāched. A Ourhlāna, le puits
donnait déjà une source notable, qui n’était venue que la veille. J’eus
le curieux spectacle de voir les Rouāgha travailler aux saguias au son
de la musique. Ils ont, à ce qu’il paraît, égorgé un chevreau sur
l’orifice du puits.
Nous avons passé les deux _Tamernas_. — Tamerna Djedida a 100 hommes
adultes. Les palmiers sont arrosés par 2 sources.
7-11 juin.
Je vais à Tougourt. Je vois, en passant, les ruines de la curieuse
mosquée de Tāla, ville puissante que détruisirent les Beni-Djellāb.
Le cheikh Bou Chĕmal de Nezla, l’un des hommes les plus nobles de
l’Oued-Righ et un ancien ami et conseiller des Beni-Djellāb, me donne
les renseignements suivants.
Autrefois les Beni-Mezāb occupaient Tougourt et Ghamra, voire même
Temassīn[172].
Les Beni-Djellāb, lorsqu’ils furent chassés par les Français, avaient
régné 550 ans. ’Omar ben Qetla (Ben-Djellāb) fut celui qui fit
apostasier les Juifs aujourd’hui Medjehariya. Il avait une maîtresse
juive nommée Hokāya ; celle-ci lui dit un jour : « Si tu veux convertir
les Juifs, il faut attendre que leurs palmiers (car ils en possédaient)
aient des dattes[173] et les menacer de les chasser comme les Beni-Mezāb
et de les dépouiller de leurs biens, s’ils ne passent pas à
l’islamisme. » Ben Qetla suivit ce conseil, et, après 5 jours de
réflexion, les Juifs se convertirent[174].
Sidi Mohammed ben Yahiya et Sidi Serr Allah, du temps de la Djemāa avant
les Beni-Djellāb, sont les deux marabouts qui chassèrent les Beni-Mezāb.
Les Beni-Djellāb avaient des mœurs très légères ; on connaît l’amour des
liqueurs fortes des derniers souverains de la dynastie. — Près de
Tougourt se trouve une jolie goubba à deux coupoles appelée Dār Nedjma,
qui fut le tombeau d’un des fidèles partisans du premier souverain qui
se faisait passer pour marabout. Plus tard les Beni-Djellāb avaient là
une jolie chambre, et y donnaient des rendez-vous aux plus belles femmes
des plus nobles familles de Tougourt, qui y venaient sous prétexte de
pèlerinage.
L’impôt annuel de l’Oued-Righ et du Souf s’élève à 80.000 fr.
Les dépenses de l’Oued-Righ et du Souf sont :
Traitement du caïd et des cheiks 26.660 fr.