Ce matin, le Bey a fait son entrée avec sa petite armée ; on a tiré
vingt coups de canon pendant une petite revue que le Bey a faite à son
arrivée.
Je vais voir Si ʿAli Saci qui me reçoit avec une extrême politesse et se
tient debout pendant que nous causons. Il promet de m’expédier après-
demain, et demain il me donne du monde pour aller à Sebaa-Regoud ; la
caverne a quelque chose d’intéressant au point de vue géologique.
Promenade à Belidet-el-Hadar[129] avec M. Guérin[130] ; nous
reconnaissons, auprès du minaret dont j’ai déjà parlé, le plan par
colonnes d’un vaste temple ou église ; les entrepas des colonnes ont
2m,50 environ. M. Guérin est d’avis que les buttes de sable et de débris
de brique qui entourent la petite ville marquent la circonférence de
l’ancien Tusurus. Nous trouvons près de là un puits romain carré, de
nombreuses pierres dans les maisons.
Puis nous visitons la prise d’eau romaine, qui est encore très bien
conservée.
1er avril 1860.
Je vais voir encore une fois le Djebel Sebaa Regoud.
Je n’ai qu’une note topographique à ajouter à celles que j’ai déjà,
c’est que 600 à l’ouest de Keriz, on coupe l’oued Sebie Biar qui sort de
la montagne ; à sa source il y a un puits romain (carrière) ; l’oued est
petit et va arroser les palmiers.
[Illustration : Gravure rupestre du Djebel Sebaa Regoud trouvée sur un
banc plat de concrétions calcaires très solides, épais de 0m,10 à 0m,15,
reposant sur des grès. (H. Duv.)]
La grotte ou plutôt les grottes[131] sont dans un ravin, au nord un peu
est de la ville, à une petite distance. Celle que j’ai visitée, la plus
grande, se divise en deux branches ; la branche profonde est très
difficile, on n’y pénètre qu’en rampant sur le ventre, et souvent la
paroi est trop étroite pour qu’on passe les deux épaules en même temps.
Dans la chambre étroite où on arrive il y a beaucoup de fossiles dont
j’ai pris des échantillons ; on trouve sur la paroi des stalagmites en
forme de couches. Sur une de ces couches je lus : READE 1845. La grotte
ne s’arrête pas là, elle se prolonge par différents couloirs ; un
tailleur de pierres allemand me dit qu’on voit encore les traces des
coups de marteau qui ont servi à la creuser, et que l’un des couloirs
conduit à une chambre taillée de main d’homme.
Je retourne ensuite à l’inscription[132], dont je complète le dessin, je
découvre un peu plus haut, sur la même plate-forme, une figure
grossièrement taillée comme l’inscription elle-même. C’est peut-être une
grossière imitation de la lune[133]. Dans le ravin, je remarque la
formation de la montagne. Les assises les plus basses qui soient
découvertes sont des bancs de terre glaise sans fossiles, alternant avec
des bancs de sable fin et entassé (grès très tendre en formation) et
remplies de jolis petits cailloux de quartz hyalin ou autre et de silex.
Par-dessus tout cela vient le calcaire coquillier marin.