31 mars.

Ce matin, le Bey a fait son entrée avec sa petite armée ; on a tiré

vingt coups de canon pendant une petite revue que le Bey a faite à son

arrivée.

Je vais voir Si ʿAli Saci qui me reçoit avec une extrême politesse et se

tient debout pendant que nous causons. Il promet de m’expédier après-

demain, et demain il me donne du monde pour aller à Sebaa-Regoud ; la

caverne a quelque chose d’intéressant au point de vue géologique.

Promenade à Belidet-el-Hadar[129] avec M. Guérin[130] ; nous

reconnaissons, auprès du minaret dont j’ai déjà parlé, le plan par

colonnes d’un vaste temple ou église ; les entrepas des colonnes ont

2m,50 environ. M. Guérin est d’avis que les buttes de sable et de débris

de brique qui entourent la petite ville marquent la circonférence de

l’ancien Tusurus. Nous trouvons près de là un puits romain carré, de

nombreuses pierres dans les maisons.

Puis nous visitons la prise d’eau romaine, qui est encore très bien

conservée.

1er avril 1860.

Je vais voir encore une fois le Djebel Sebaa Regoud.

Je n’ai qu’une note topographique à ajouter à celles que j’ai déjà,

c’est que 600 à l’ouest de Keriz, on coupe l’oued Sebie Biar qui sort de

la montagne ; à sa source il y a un puits romain (carrière) ; l’oued est

petit et va arroser les palmiers.

[Illustration : Gravure rupestre du Djebel Sebaa Regoud trouvée sur un

banc plat de concrétions calcaires très solides, épais de 0m,10 à 0m,15,

reposant sur des grès. (H. Duv.)]

La grotte ou plutôt les grottes[131] sont dans un ravin, au nord un peu

est de la ville, à une petite distance. Celle que j’ai visitée, la plus

grande, se divise en deux branches ; la branche profonde est très

difficile, on n’y pénètre qu’en rampant sur le ventre, et souvent la

paroi est trop étroite pour qu’on passe les deux épaules en même temps.

Dans la chambre étroite où on arrive il y a beaucoup de fossiles dont

j’ai pris des échantillons ; on trouve sur la paroi des stalagmites en

forme de couches. Sur une de ces couches je lus : READE 1845. La grotte

ne s’arrête pas là, elle se prolonge par différents couloirs ; un

tailleur de pierres allemand me dit qu’on voit encore les traces des

coups de marteau qui ont servi à la creuser, et que l’un des couloirs

conduit à une chambre taillée de main d’homme.

Je retourne ensuite à l’inscription[132], dont je complète le dessin, je

découvre un peu plus haut, sur la même plate-forme, une figure

grossièrement taillée comme l’inscription elle-même. C’est peut-être une

grossière imitation de la lune[133]. Dans le ravin, je remarque la

formation de la montagne. Les assises les plus basses qui soient

découvertes sont des bancs de terre glaise sans fossiles, alternant avec

des bancs de sable fin et entassé (grès très tendre en formation) et

remplies de jolis petits cailloux de quartz hyalin ou autre et de silex.

Par-dessus tout cela vient le calcaire coquillier marin.

Journal de route de Henri Duveyrier · 第 75 / 241 题