30 mars.

Ce matin, au moment où j’y pensais le moins, lisant sur mon lit, je vois

ma cour envahie par des hommes et des chevaux. Je demande ce que cela

veut dire et prie tout le monde de s’en aller. Mais comme le sont

souvent les serviteurs des hommes les plus gracieux, ces gens font la

sourde oreille et refusent de m’obéir. Il y a longtemps que la moutarde

me chatouille le nez à propos de l’insolence des gens du makhzen. Cette

fois, le manque de politesse est trop formel ; je n’y tiens plus, et

empoignant la chaise de Si Mohammed, je fais une charge furieuse sur

hommes et chevaux et en deux minutes suis maître du champ de bataille.

Dans la soirée, arrive le voyageur français dont j’ai parlé à Gabès :

c’est M. Guérin, professeur de rhétorique et voyageur historien. Il

connaît déjà l’Orient et nous nous connaissons de Paris où nous suivions

ensemble les cours de M. Caussin de Perceval. Il arrive dans un état

déplorable, car ils ont été assaillis en route par l’ouragan d’ouest

dont nous n’avons pu nous faire qu’une faible idée en ville. Nous

causons tout de suite d’inscriptions, et rectifions mutuellement

quelques erreurs que nous avions commises dans les lectures.

Le khalifa qui vient voir M. Guérin me fait ses excuses sur ce qui s’est

passé ce matin.

L’armée est arrivée à Hamma et viendra demain ici.

Journal de route de Henri Duveyrier · 第 74 / 241 题