Ce matin, au moment où j’y pensais le moins, lisant sur mon lit, je vois
ma cour envahie par des hommes et des chevaux. Je demande ce que cela
veut dire et prie tout le monde de s’en aller. Mais comme le sont
souvent les serviteurs des hommes les plus gracieux, ces gens font la
sourde oreille et refusent de m’obéir. Il y a longtemps que la moutarde
me chatouille le nez à propos de l’insolence des gens du makhzen. Cette
fois, le manque de politesse est trop formel ; je n’y tiens plus, et
empoignant la chaise de Si Mohammed, je fais une charge furieuse sur
hommes et chevaux et en deux minutes suis maître du champ de bataille.
Dans la soirée, arrive le voyageur français dont j’ai parlé à Gabès :
c’est M. Guérin, professeur de rhétorique et voyageur historien. Il
connaît déjà l’Orient et nous nous connaissons de Paris où nous suivions
ensemble les cours de M. Caussin de Perceval. Il arrive dans un état
déplorable, car ils ont été assaillis en route par l’ouragan d’ouest
dont nous n’avons pu nous faire qu’une faible idée en ville. Nous
causons tout de suite d’inscriptions, et rectifions mutuellement
quelques erreurs que nous avions commises dans les lectures.
Le khalifa qui vient voir M. Guérin me fait ses excuses sur ce qui s’est
passé ce matin.
L’armée est arrivée à Hamma et viendra demain ici.