Nous avons d’abord voyagé sur la hamāda, longeant la même chaîne de
hauteurs que hier, puis nous sommes entrés dans une immense région unie,
à sol dur, à maigre végétation de _bāguel_ et coupé à de grandes
distances par des chaînes de gour plus ou moins étendues[40].
Après avoir marché longtemps dans cette région, nous finîmes, vers le
déclin du jour, par apercevoir une chaîne de hautes dunes que nous fûmes
obligés de contourner, et, après l’avoir traversée à un endroit aisé,
nous trouvâmes à notre droite une petite oasis de palmiers : nous
venions d’entrer dans le bassin d’Ouarglă.
Cependant il fallut encore une longue marche dans un terrain totalement
dépourvu de végétation, avant d’atteindre les palmiers d’Aïn Beidha à
travers lesquels nous marchâmes quelque temps, ayant à notre droite la
longue oasis de ’Ajāja[41]. — Nous coupâmes ensuite la sebkha qui
entoure Ouarglă et, après des détours le long des palmiers de la ville,
nous y entrâmes par Bab es Soltan au coucher du soleil, lorsque le
mueddin appelait à la prière.
On tarda assez longtemps à venir au-devant de moi, et j’en fis de graves
reproches aux chefs de la ville, avec lesquels du reste j’ai été en
relations très froides pendant le court séjour que j’ai fait à
Ouarglă[42].
On me donna une maison dans une rue appartenant aux Mezabites. C’est une
grande bâtisse un peu en ruines aujourd’hui, mais encore très habitable
et parfaitement appropriée aux besoins d’une grande famille indigène.
Elle a des arcades, mais en moins grand nombre que les maisons du Mezâb.
[Note 13 : Peut-être la peuplade des Mbou, signalée au S.-E. du
Baguirmi, ou plutôt celle des Mboumi, nègres païens des provinces de
Ngaoundéré et de Tibati, Adamaoua. (Cf. Mizon, _les royaumes foulbé du
Soudan Central_, _Annales de Géogr._, 1894-95, IV, p. 355, et Nolte,
_Bericht über einen Besuch beim Sultan von Tibati_, _Deutsches
Kolonialblatt_, 1900, p. 285.)]
[Note 14 : Les Koana de Barth (_Reisen_, t. II, p. 696).]
[Note 15 : Nom d’une région du Kanem septentrional, et d’une tribu du
Bornou occidental. Il s’agit sans doute de la première, car Barth (IV,
p. 35) mentionne les affinités linguistiques de la seconde.]
[Note 16 : Les Makari de Barth.]
[Note 17 : Probablement les Nguizzem de la carte ethnographique de
Nachtigal. (_Völkerkarte von Bornu, Sahara und Sudan_, t. II).]
[Note 18 : Le rayon de ces importations d’esclaves s’étendait donc des
pays bambaras jusqu’au S.-E. du Baguirmi et au Ouadai. Rien ne montre
mieux le prodigieux mélange ethnique opéré par les ventes et reventes
successives de nègres sur les routes du désert.]
[Note 19 : On sait que l’oued Biskra est ordinairement à sec, et que des
sources, qui arrosent la ville, sourdent dans son lit.]
[Note 20 : Voir _Mollusques terrestres et fluviatiles recueillis par M.
Henri Duveyrier et décrits par M. J.-R. Bourguignat_. Supplément aux
_Touaregs du Nord_. Paris, 1864.]
[Note 21 : Température d’après M. Lahache : 45°,8. (_Étude hydrologique
sur le Sahara français oriental_. Paris, 1900, p. 26.)]
[Note 22 : Voir, sur ces poissons de l’oued Rir, _Documents relatifs à
la mission Choisy_. III. _Hydrologie du Sahara algérien, par M.
Rolland_, ch. III, p. 270-283. (Paris, 1895, in-4.)]
[Note 23 : _khez_.]
[Note 24 : Température au 22 mars 1861 : 18° C. (_Ville_, _Voyage
d’exploration dans les bassins du Hodna et de Sahara_. Paris, 1868, p.
207.)]
[Note 25 : Il semble y avoir ici une méprise ; _bou choucha_, d’après le
catalogue de M. F. Foureau, p. 10, n’est pas synonyme de _guendoul_, et
désigne diverses espèces de sauge.]
[Note 26 : M. Colombo fut le fidèle collaborateur du Bureau central
météorologique de France pour la station de Biskra.]
[Note 27 : Sur les campagnes de forages artésiens du lieutenant Lehaut,
voir Rapport du colonel Séroka, _Revue algérienne et coloniale_, 1859,
p. 354-372, et Ville, ouvr. cité, p. 295 et suiv. Les trois premiers
sondages de Chegga fournissaient déjà environ 800 litres à la minute.
Celui dont il est question ici fut poussé à 150 mètres et donna 100
litres à la minute. (_Rev. alg. et col._, 1860, III, p. 548.)]
[Note 28 : « Avant le percement des puits artésiens, la plaine
présentait l’aspect désolant du désert ; pas une goutte d’eau. » (Jus,
Notes sur le Sahara, _Rev. alg. et col._, 1859, p. 51.)]
[Note 29 : _Ogla, Oglat_ : réunion de plusieurs puits en un seul point,
où l’eau est très rapprochée du sol (F. Foureau).]
[Note 30 : Rat rayé (_Mus barbarus_).]
[Note 31 : Duveyrier a vu plus tard que les vents variaient avec les
saisons.]
[Note 32 : Les pierres sont des cristaux de chaux. H. D.]
[Note 33 : C’est la première idée qui vienne à l’esprit lorsqu’on aborde
le désert des sables. (Voir les théories analogues, Schirmer, _le
Sahara_, p. 4.) Dans la suite de son voyage, Duveyrier devait changer de
manière de voir : « la source de production des sables la plus
considérable, si ce n’est l’unique, est la désagrégation des roches ».
(_Les Touaregs du Nord_, p. 38.)]
[Note 34 : Ou Troud. Cf. Ibn-Khaldoun, _Hist. des Berbères_, I, p.
155-156, sur l’origine des Troud et des Adouan, branches de la tribu
arabe des Soleïm.]
[Note 35 : Les Abed d’Ibn-Khaldoun (_ibid._, III, p. 145).]
[Note 36 : Ils arrosent cependant les jeunes plants (voir Vatonne,
_Mission de Ghâdamès_, p. 303, etc.).]
[Note 37 : Draa, mesure de longueur variant de 0m,47 à 0m,67. Ces
mesures sont celles de Tunis. Le _draa-arbi_, en usage pour les tissus
de coton, est de 0m,47 ; il s’agit donc ici d’une pièce de 35 mètres.]
[Note 38 : 1/16e d’once de Tunis. Duveyrier l’a évaluée ailleurs à 31
grammes 8. (Notice sur le commerce du Souf dans le Sahara algérien,
_Revue algérienne et coloniale_, novembre 1860.)]
[Note 39 : C’est, en réalité, un bras de l’ancienne zone d’épandage de
l’Igharghar, devenu presque méconnaissable. Les progrès de la dénudation
en ont fait une simple dépression allongée à sol de _reg_. (Cf. Foureau,
_Au Sahara, mes missions de 1892 et 1893_, carte.)]
[Note 40 : C’est la zone des dépôts rouges tertiaires érodés et nivelés
par les eaux quaternaires, celle que M. Flamand nomme _zone d’épandage_
des oueds Igharghar et Mya, et qu’on appelle d’ordinaire _région des
gour_, du nom des buttes (débris de plateau) qui en émergent.]
[Note 41 : Une des forêts de palmiers d’Ouarglă. Le nom d’Aïn est
réservé ici aux puits artésiens qui les arrosent.]
[Note 42 : Ceci ne doit pas surprendre. Ouarglă avait été à la dévotion
du chérif Mohammed-ben-Abdallah ; soumise une première fois en 1853,
elle avait de nouveau fait accueil au chérif lorsqu’il avait reparu
l’année suivante, si bien que, malgré la défaite et la disparition du
chef insurgé (1854) on avait jugé bon d’y envoyer le général Desvaux
avec une colonne en 1856. En somme, l’oasis obéissait aux nomades, qui,
eux, obéissaient aux Ouled-Sidi-Cheikh, dont la fidélité — exception
faite de Si-Hamza — restait toujours douteuse.]