Aujourd’hui je me rendis à Merhaier, la première oasis de l’Oued-Righ,
en venant du nord.
Le cheikh étant absent, je me vis sur le point de manquer de guides pour
traverser le pays désert qui sépare ce point de l’Oued-Souf. Cependant,
heureusement pour moi, le cheikh arriva dans la soirée, et, après avoir
lu la lettre du colonel Séroka, il me dit que le lendemain je pourrais
partir à l’heure qui me conviendrait, avec cinq hommes à pied comme
escorte et un guide à cheval.
Les plantations de palmiers de Merhaier, arrosées par des sources
artésiennes, sont, du moins dans cette saison, très pauvres en produits
de potager. Les arbres fruitiers y sont même fort rares ; c’est à peine
si on y voit un figuier et un pêcher égarés.
Les eaux des fossés abondent en grenouilles.
Les Rouâgha dont la race commence ici, sont remarquables par leur
physique et surtout par leur teint, qui approche beaucoup du type nègre.
Certains d’entre eux sont même plus noirs que les gens du nord du
Haoussa (Madja, etc.). Les femmes se vêtissent de bleu. Elles ne mettent
rien d’autre sur leur tête que leur vêtement ou haïk, absolument comme
on peint la madone. — Mais combien peu d’entre elles pourraient laisser
un doute à ce sujet et jouter de grâce et d’élégance de formes avec les
portraits de Raphaël ! Les femmes me paraissent jouir de la liberté à
laquelle elles ont droit.