AVANT-PROPOS

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Les journaux de route de Duveyrier, c’est-à-dire les volumes de notes

d’où a été tiré le livre des _Touareg du Nord_, étaient restés inédits.

Duveyrier lui-même, ses écrits l’attestent, avait eu l’intention de les

publier quelque jour[1]. L’irrémédiable atteinte portée à sa santé par

les fièvres fezzaniennes ne lui en a sans doute pas laissé la force.

M. Charles Maunoir, dont la haute science avait, pendant trente ans,

armé pour le succès tant de missions géographiques françaises, voulut

faire revivre la profonde érudition, la noble conscience de celui dont

il avait été l’ami le plus cher. Il publia, en 1902, le _Journal d’un

voyage dans la province d’Alger_, que Duveyrier écrivit à dix-sept ans.

On y trouve ces choses charmantes : un mérite naissant qui s’ignore et

la première impression de la terre d’Afrique sur l’esprit d’un grand

voyageur. M. Maunoir avait l’intention de compléter cette publication

par celle d’un des principaux journaux de route : celui du 13 janvier-15

septembre 1860, dont le cadre s’écarte le plus de la région envisagée

dans _Les Touareg du Nord_. En tête de ce volume devait paraître la

biographie de son ami, que lui seul pouvait écrire, avec le souvenir de

tant d’années qui les avaient étroitement unis. La mort a interrompu M.

Maunoir avant qu’il eût terminé ces lignes, les dernières qu’ait

rédigées ce grand travailleur.

Mme Maunoir a eu la pieuse pensée de réaliser le dernier vœu de son

mari. Elle a mené à bien cette publication, où l’on voit encore une fois

les deux collaborateurs réunis dans ce culte de la science qui fut leur

vie.

Le texte édité ici a été vu d’abord par M. et Mme Maunoir ; c’est leur

goût très sûr qui a décidé du choix délicat des coupures à faire :

passages et chiffres déjà reproduits dans _Les Touareg du Nord_ ou le

_Corpus Inscriptionum_, détails personnels, sans intérêt pour la

géographie. Mme Maunoir m’a fait le grand honneur de me confier le

manuscrit ainsi défini. Je me suis attaché à le respecter aussi

scrupuleusement que possible, en ne corrigeant que des expressions

évidemment défectueuses, lapsus inévitables d’une rédaction faite au

courant de la plume. Lorsque, par exception, il m’est arrivé de

supprimer une phrase entière, inintelligible, écrite pendant un accès de

fièvre, une note en avertit le lecteur. Pour la transcription française

des noms arabes, à l’exception de ceux consacrés par l’usage, j’ai

adopté partout où cela a été possible celle à laquelle Duveyrier lui-

même s’est arrêté dans _Les Touareg du Nord_. Dans les autres cas j’ai

conservé la leçon manuscrite. Quant à l’orthographe et à la traduction

des citations en caractères arabes, Mme Maunoir a obtenu le précieux

concours de M. le professeur Houdas, qu’aucun service à rendre aux

études africaines ne laisse indifférent[2].

L’extrême dispersion des renseignements est inévitable dans un ouvrage

comme celui-ci. J’ai tâché d’en rendre la consultation plus facile par

un index des noms géographiques et des principales matières. Les

indications botaniques m’ont semblé mériter une attention particulière :

elles seront une nouvelle addition au tableau de la répartition

géographique des plantes sahariennes, dressé en 1881 par le professeur

Ascherson[3]. On en trouvera la liste dans un index spécial, avec la

synonymie botanique, d’après les catalogues existants et les rapports de

mission ultérieurs.

Les notes que j’ai ajoutées au bas des pages ne représentent qu’un

minimum indispensable de commentaire. Elles indiquent seulement les

principaux documents anciens ou modernes qui m’ont semblé confirmer ou

modifier, en quelque chose d’essentiel, les faits et théories énoncés

par l’auteur. Une note additionnelle renvoie à quelques publications

capitales, survenues au cours de l’impression. On n’en verra pas moins

combien ces références présentent d’imperfections et de lacunes. Le

lecteur compétent m’excusera peut-être, s’il songe que pour le mettre

complètement au courant de toutes les questions touchées ici, il eût

fallu ajouter un second volume et changer le caractère de l’ouvrage.

Ce caractère de journal quotidien, on devait le lui conserver au

contraire, car c’est cette variété concise, ce langage plein de saveur

qui en font le mérite et le charme. Duveyrier s’y révèle plus vivant que

dans le cadre sévère des _Touareg du Nord_, plus personnel aussi que

dans cette encyclopédie qu’il a écrite sous le contrôle d’un autre, et

où l’on risque de trouver parfois l’écho d’une pensée qui n’est pas la

sienne. Si riche que soit devenue la géographie de l’Afrique du Nord, la

critique remerciera Mme Maunoir d’avoir poursuivi la publication d’un

livre qui apporte encore du nouveau après 45 ans de découvertes ; il

fait honneur à la mémoire du savant qui l’a fait connaître comme au

grand voyageur qui l’a écrit.

Henri SCHIRMER.

[Note 1 : _Les Touareg du Nord_. Paris, 1864, in-8, Introduction, p.

XII.]

[Note 2 : Toutes les notes et corrections de M. Houdas sont marquées des

initiales (O. H.).]

[Note 3 : En appendice dans Rohlfe, _Kufra_, Leipzig, 1881, in-8, p.

386-560.]

Journal de route de Henri Duveyrier · 第 3 / 241 题