Cette semaine, au moment où s'achèvera le présent numéro, un accident,
qui causa une profonde émotion, aura son épilogue devant le tribunal
d'Évreux.
Le 4 juin dernier. M. Aristide Briand, ancien président du Conseil, se
rendait en automobile, avec son collègue et vieil ami Albert Willm,
député de la Seine, à une petite maison des champs qu'il possède à
Cocherel (Eure). Ils allaient arriver à Pacy-sur-Eure. Leur voiture
suivait, à allure modérée, la droite de la grand'route de Paris à
Cherbourg quand une autre automobile, lancée à toute vitesse,
qu'essayait ce «metteur au point» d'une maison de construction, vint la
heurter par l'arrière, la jetant à demi broyée contre un arbre de
l'accotement.
Péniblement, MM. Aristide Briand et Albert Willm parvinrent à se
dégager.
[Illustration: Sur le lieu de l'accident: M. Aristide Briand et ses
«écraseurs».]
L'ancien président du Conseil, blessé à la tête, à l'épaule, la main
ensanglantée, souffrait cruellement. Le chauffeur, qui avait été projeté
hors de la voiture, ne se plaignait que de contusions. Les auteurs de
l'accident conduisirent leurs victimes à Pacy-sur-Eure. Sommairement
pansé, M. Aristide Briand, qui avait conservé toute son habituelle belle
humeur, plaisantait avec verve.
Mais, à l'examen, les médecins constatèrent que les deux blessés étaient
bien plus grièvement atteints qu'ils ne l'avaient cru tout d'abord. M.
Aristide Briand avait le bord de l'épaule gauche fracturé. Il leur
fallut, à l'un comme à l'autre, de longues semaines pour se remettre.
Aujourd'hui, ils ne conservent guère de cette aventure de route que le
mauvais souvenir,--et aussi, agréable compensation, le volumineux
dossier des lettres et des télégrammes par lesquels leurs amis leur
exprimaient leur sympathie.
[Illustration: A Pacy-sur-Eure, après le premier pansement à la
pharmacie.]
[Illustration: Les débris de l'automobile de M. Briand.--En avant, M.
Alexandre Duval qui ramena à Paris les victimes.]