Paul Mirot fut pendant plus de trois semaines très grièvement malade. Le
docteur Dubreuil, que l'avait installé dans une chambre du logement
qu'il occupait avec sa soeur, le soigna comme un frère, et ce fut grâce
à ces soins de tous les instants qu'il réussit à le ramener à la santé
et à le sauver de la folie, que le médecin redoutait surtout au début de
la maladie.
Jacques Vaillant et sa femme étaient venus bien des fois s'asseoir au
chevet du malade. Ces deux fidèles amis ne partirent pour New-York
qu'après avoir reçu du docteur Dubreuil l'assurance formelle que Mirot
ne courait plus aucun danger. La convalescence serait un peu longue,
leur avait-il dit, mais la guérison certaine. Le jeune homme devait
quitter la ville aussitôt que son état le permettrait, et aller passer
quelques mois à la campagne, dans le calme le plus absolu. Ensuite, son
ami Vaillant pourrait l'inviter à le rejoindre à New-York, comme il en
avait l'intention.
Un événement imprévu retarda quelque peu le départ de Paul Mirot pour
Mamelmont. Un certain Hyacinthe Nitouche, un _Paladin_, reporter à
_l'Éteignoir_, l'ayant insulté publiquement un jour qu'il se rendait
chez son éditeur, rue Saint-Paul, pour terminer le règlement de ses
affaires avant de partir, il s'en suivit une prise de corps en pleine
rue et les deux combattants furent arrêtés. Paul déposa une plainte
contre Nitouche et le dix-sept mars, la cause s'instruisit devant un
magistrat de police. Des témoins établirent que le _Paladin_ avait été
l'agresseur et le juge le condamna à vingt sous d'amende ou une heure de
prison.
Le terme de la Cour du Banc du roi était ouvert depuis deux jours. Avant
de quitter le palais, le jeune homme eut la curiosité d'assister à la
séance de la cour d'assises. Son avocat lui avait dit qu'à cette séance,
le juge devait prononcer la sentence dans l'affaire de la femme Jobin,
trouvée coupable la veille par le jury, en même temps que son complice
Dumas. Ces noms de Jobin et Dumas le frappèrent et il voulut voir ce que
c'était. Il s'agissait d'un vol sur la personne, compliqué d'un
détournement de mineure. La femme Jobin tenait un magasin de tabac et de
liqueurs douces, avec le nommé Dumas, qui était le souteneur de
l'établissement. En arrière de la boutique on louait des chambres à tout
venant, des chambres garnies... c'est-à-dire pourvues de femmes
habituées du lieu. Un homme de la campagne avait été amené à cet endroit
par Dumas et livré aux entreprises hardies de la femme Jobin et d'une
fille mineure, qui l'avaient soulagé de tout son argent. La victime,
d'abord, et les parents de la petite fille, ensuite, s'étaient plaints
en justice, et de là l'arrestation des tenanciers de ce mauvais lieu.
Paul Mirot causait avec Luc Daunais, le reporter de la police au
_Populiste_, lorsqu'on introduisit les prisonniers. Par un sentiment de
curiosité déjà en éveil, il leva les yeux sur eux, et les traits des
deux misérables, quoique bien changés, lui rappelèrent ceux de son
ancienne institutrice à Mamelmont, et du vilain camarade avec lequel il
s'était battu à l'école. Quand le juge les désigna par leurs noms et
prénoms et fit quelques remarques sur leurs antécédents il n'y eut plus
de doute possible pour lui. D'ailleurs, l'ancienne institutrice avait
conservé quelques vestiges de sa beauté, malgré les flétrissures du
[Illustration] temps et de la débauche. Quant au petit Dumas, c'était un
Dumas plus grand, mais avec la même figure bestiale, le même regard
stupide et méchant. La misère et le vice avaient réuni ces deux êtres,
si différents autrefois. La _blonde_ du beau pierre Bluteau, vieillie et
perdue, s'était fait de l'élève ignorant et bête, un soutien et un
pourvoyeur de clients que pouvaient tenter encore ses charmes avilis et
fanés.
Le jeune homme n'entendit pas la fin des remarques du président des
assises ni le prononcé de la sentence, car il n'était plus au palais de
justice, mais à l'école. L'institutrice allait bientôt l'interroger et,
sournoisement, le petit Dumas lui faisait la grimace en l'appelant
_Pique_. Depuis des années, il l'avait oublié ce surnom et, cependant,
il était resté _Pique_ comme autrefois. Son caractère n'avait pas
changé, il demeurait, malgré l'âge et l'expérience, l'enfant tendre et
sensible, fier et enthousiaste, attiré par la lumière et la beauté comme
le papillon vivant de soleil et butinant la fleur. Petit, il s'était
heurté à la sottise et il s'y heurtait encore; petit, il avait souffert
par le coeur et l'esprit, et il souffrait de même aujourd'hui. Depuis
qu'il avait échangé la culotte contre le pantalon, qui est la robe
virile des temps modernes, il s'était battu avec bien d'autres Dumas.
Pour se défendre, en guise de bâton armé d'un clou pointu, il avait
manié la plume. Comme au temps où il était écolier, s'il eut voulu
s'incliner bien bas et faire sa cour aux personnages détenant le
pouvoir, choyé, comblé d'éloges, il eut récolté de beaux prix. Mais
lorsqu'on avait tenté de le contraindre à dissimuler ses sentiments, son
geste avait toujours été le même que lorsqu'il jeta par terre l'adresse
enrubannée, devant monsieur le curé et les commissaires d'écoles ahuris.
Le lendemain, Paul Mirot partit pour Mamelmont, terminer sa
convalescence. L'oncle Batèche et la tante Zoé le trouvèrent bien
changé. La tante pensa tout de suite à la mauvaise femme, et chaque fois
que son vieil époux voulait faire allusion à celle qu'il avait considéré
un instant comme sa future nièce, elle lui faisait signe de se taire.
Bientôt ce fut la saison des _sucres_, puis le printemps radieux avec sa
verdure et ses oiseaux. Après un mois de cette vie au grand air, le
jeune homme se sentit de nouveau fort et courageux. C'est alors qu'il
envisagea froidement le problème de l'avenir. Retourner à Montréal,
reprendre le métier de journaliste, il ne fallait plus y penser. Il
avait bien la ressource de demeurer à la campagne, de s'intéresser à
l'agriculture; mais il n'était pas encore à l'âge où l'on renonce avec
joie à l'existence fiévreuse et passionnante des villes, un fois qu'on y
a goûté. Son ami Vaillant, dont il avait reçu plusieurs lettres, le
pressait de plus en plus d'aller le rejoindre à New-York où il
trouverait tout de suite amitié et situation. Flora joignait ses
instances à celles de son mari et lui promettait de lui faire épouser la
plus belle et la plus riche de ses compatriotes. Son coeur et sa raison
le convainquirent que c'était là le parti le plus sage à prendre.
De Germaine Pistache il n'avait pas eu de nouvelles [Illustration] depuis
la terrible épreuve qui avait failli lui coûter la vie, lorsqu'un jour,
en lisant le journal, il apprit son mariage avec Pierre Ledoux, le
bourbonien. Une lettre de Marcel Lebon, qu'il reçut le lendemain, lui
donna des détails plus complets concernant ce mariage. Lebon racontait
que le rédacteur de _La fleur de Lys_ paraissait bien chaste en se
rendant à l'autel unir sa destinée à celle de la jeune fille qu'il
s'était juré d'arracher aux frivolités du monde pour en faire une
sainte. Il avait orné le revers de sa redingote, pour cette circonstance
solennelle, de nombreux insignes de piété en _celluloïde_. Lebon
assistait à la cérémonie et il avait remarqué que la sémillante Germaine
paraissait bien triste. Ce mariage, du reste, avait surpris tout le
monde, et on affirmait que c'était à la suite d'un chagrin d'amour et
sur les instances de son oncle, le jésuite, que la jeune fille avait
consenti à épouser _La Pucelle_.
Ce furent une tristesse et un regret de plus pour Paul Mirot, que de
savoir celle qui lui avait inspiré un bien tendre sentiment, à laquelle
il eut déclaré son amour le soir du bal du Windsor, s'il avait été
libre, enchaînée pour la vie à ce visqueux personnage.
Et c'est ce qui le décida, définitivement, à s'en aller au plus tôt
refaire sa vie sur une terre étrangère.
Une fois la chose résolue, il régla immédiatement ses affaires. Un
acquéreur se présentait pour sa ferme, il la vendit, avec l'assentiment
de l'oncle Batèche qui désirait depuis longtemps aller vivre de ses
rentes au village où la tante Zoé pourrait se rendre à l'église tous les
jours, autant de fois que cela lui ferait plaisir. Seulement, ces
vieilles gens qui l'avaient élevé, regrettaient de le voir partir pour
aller si loin. Il les consola en leur disant qu'on lui offrait une
situation magnifique qu'il ne pouvait refuser, et qu'il reviendrait les
voir avant longtemps, quand il serait aussi riche que le roi
d'Angleterre.
Trois semaines après la vente de sa ferme de Mamelmont, ayant réalisé en
espèces tout ce qu'il possédait, Mirot retourna à Montréal où il devait
demeurer deux ou trois jours avant son départ pour les États-Unis. Il
n'y avait que quelques personnes auxquelles il tenait à faire ses
adieux: Marcel Lebon, le peintre Lajoie, le docteur Dubreuil, le
sénateur Boissec et le député Charbonneau. Quant à mademoiselle Louise
Franjeu, elle ne pourrait lui demander de la rappeler au souvenir de son
ancienne élève de McGill, car elle venait de partir pour la France.
La veille de son départ, il se rendit au cimetière [Illustration] de la
Côte des Neiges, déposer quelques fleurs sur la tombe de celle qu'il
avait tant aimée. Après avoir longtemps cherché, il trouva le petit
tertre isolé sur lequel il s'inclina longtemps, revivant toute leur vie
intime jusqu'au dénouement fatal. Puis, il revint par les sentiers
ombragés de la montagne où des familles goûtaient sur l'herbe verte, où
des couples à l'écart échangeaient des serments éternels que la brise
printanière [Illustration] emportait. Là-bas c'était la mort et l'oubli,
ici la vie dans toute sa beauté et sa puissance créatrice. A ce
contraste, il comprit le grand enseignement de la nature qui veut que
l'homme vive dans l'avenir et non dans le passé afin que le présent soit
fécond. Le soir, il alla à _L'Extravaganza_ où, pour la première fois,
il avait aperçu la silhouette charmante de Simone. Le spectacle était le
même et la vue des jolies danseuses lui fit oublier un instant que des
figures étrangères seules l'entouraient, qu'à la sortie du théâtre il ne
verrait pas la personne dont le souvenir l'avait ramené en ce lieu.
La journée du lendemain, il la passa à faire ses malles, qu'il fit
transporter à la gare où il les soumit à l'examen de la douane, après
avoir acheté son billet pour New-York. A six heures, tout était terminé.
Le [Illustration] train du Delaware & Hudson, dans lequel il avait retenu
une place de wagon-dortoir partait de la gare Bonaventure à sept heures
et demie.
Il lui restait donc une heure et demie pour aller prendre un bon repas
avant de partir. Mais, lorsqu'il fut attablé dans un restaurant voisin
de la gare, c'est en vain qu'il essaya d'avaler quelques bouchées. La
fièvre du départ, le malaise qui s'empare de celui qui s'en va en
songeant à tout ce qu'il laisse et qu'il ne reverra peut-être jamais.
C'était un beau soir de fin de mai, un de ces soirs inspirant des vers
tendres au poète, un soir que la nature semblait avoir créé tout exprès
pour donner à celui qui allait quitter la terre natale, un souvenir
glorieux de son pays. Car, c'était sans doute en signe d'adieu que les
rayons du soleil descendu vers l'horizon faisaient resplendir avec tant
d'éclat les clochers [Illustration] et les dômes des édifices,
incendiaient les immenses fenêtres de la gare. Du moins, ce fut
l'impression attendrissante qu'en éprouva Paul Mirot en revenant du
restaurant.
Sur le quai, les employés se hâtaient de transporter les bagages; les
voyageurs allaient et venaient, affairés. Il y avait de jolies femmes de
gracieuses fillettes, des messieurs fort bien mis, des gamins à l'allure
décidée, parlant l'anglais, de vrais petits américains. Parmi tous ces
voyageurs, on découvrait quelques canadiens-français se rendant à
Saint-Lambert ou à Saint-Jean, les deux seuls endroits où le train
devait s'arrêter avant de franchir la frontière. Monter dans ce train,
c'était déjà mettre le pied sur la terre étrangère. Sept heures et
demie. Les colosses nègres, casquettes avec plaque en métal et tuniques
à boutons [Illustration] jaunes, postés à l'entrée des vagons Pullman,
répétèrent pour la dernière fois, de leur voix de basse profonde:
_Sleeping for New-York!_ Puis le chef du train passa en criant: _All
aboard!... All aboard!..._ A l'avant l'énorme locomotive pouffait et
laissait échapper de ses flancs des jets de vapeur sifflante,
concentrant ses forces pour s'élancer à toute vitesse sur les rails
mesurant l'espace immense à parcourir. Paul Mirot eut une minute
d'hésitation, puis, abandonnant son sac de voyage au nègre qui
l'invitait à monter, il s'élança sur le marchepied, le coeur gros, une
larme au coin de la paupière. Il était temps, le train se mit aussitôt
en mouvement.
Par la fenêtre près de laquelle il s'était assis, le jeune homme
s'emplit les yeux de toutes ces choses du pays qui défilaient rapidement
au passage du train, comme des images cinématographiques sur une toile.
A cette heure, tout lui paraissait splendide, même les vilaines
constructions enfumées longeant la voie. Devant les gares de Saint-Henri
et de la Pointe Saint-Charles, le train passa à toute vitesse, pour
s'engager ensuite sur le pont Victoria. Que l'immense Saint-Laurent
était majestueux et calme par ce beau soir d'été! Sur ses eaux
tranquilles on n'apercevait, au loin, que deux goélettes à voiles
blanches et le bateau de Laprairie revenant vers la ville, tachant la
limpidité du ciel d'une longue colonne de fumée noire.
Un arrêt de quelques minutes à Saint-Lambert, puis le train s'élança en
pleine campagne. Partout de la verdure, des arbres feuillus, et çà et
là, comme des grains de sel semés sur le tapis vert, des blanches
maisonnettes, demeures paisibles et rustiques de l'homme des champs. Des
troupeaux de vaches laitières des juments avec leurs poulains relevaient
la tête au passage bruyant de la locomotive vomissant de la fumée et des
charbons en feu. Paul rêvait maintenant de la vie au grand air, des
joies saines du robuste paysan. Pourquoi n'était-il pas resté à
Mamelmont, cherchant dans les rudes travaux de la terre la paix et
l'oubli?
[Illustration]
Mais le train filait toujours et, après avoir passé Brosseau et Lacadie,
on arriva à Saint-Jean. Un arrêt de cinq minutes. Il eut envie de
descendre, mais il n'en fit rien, redoutant un défaillance de sa volonté
sous le coup d'une émotion qu'il avait peine à contenir. Devant la gare,
des officiers de cavalerie mêlaient, dans le soir tombant, le rouge de
leurs uniformes aux robes blanches des femmes. Il y avait là toute une
joyeuse jeunesse, venue à la rencontre de quelques amis, qui, tantôt,
irait valser au _Yacht Club_ dont on apercevait la façade illuminée, sur
le bord de la rivière, entre les arbres du parc public, voisin de
l'école militaire. Cette petite ville où il n'était jamais venu, avait
l'air d'un immense bosquet mystérieux, troué seulement par des clochers
d'églises et quelques cheminées d'usines, qui, seuls enlevaient
l'illusion que ce ne fut un véritable paradis terrestre. Le train
reparti, le jeune homme ne vit plus rien. La nuit avait noyé toutes
choses dans ses ombres indécises. Et ce fut à ce moment-là qu'il se
sentit vraiment seul et malheureux plus que jamais. Sous l'étreinte de
la douleur, il eut conscience qu'un homme nouveau allait naître en lui.
Il s'en épouvanta. La jeune mère sentant ses entrailles se tordre dans
les souffrances de l'enfantement doit éprouver une angoisse pareille.
Cet enfant qu'elle va mettre au monde et à qui elle a attribué d'avance
toutes les qualités, pourrait être, par un caprice de la nature, bossu,
boiteux, ou bien idiot, méchant. Elle a rêvé pour lui une brillante
destinée; qui sait ce que la vie lui réserve? A cet autre lui-même
qu'adviendrait-il? se demandait Mirot. Serait-il un rêveur, un utopiste,
ou bien un de ces hommes se marchant sur le coeur et pesant leurs
actions au poids de l'or, bref, un homme pratique, réfractaire à tout
sentiment généreux? Celui-là, qui n'aurait pas connu Simone, aimerait-il
une autre femme, fonderait-il un foyer au pays qui vit naître George
Washington et Edgar Poe?
Et pourtant plus que jamais, à cette heure, il le chérissait ce passé
plein de rêves, d'espoirs trompeurs, d'élans enthousiastes, de baisers
gourmands, de larmes et de souffrances aussi. C'est que toutes ces
émotions juvéniles, toute cette sensibilité vibrante qui font si
exquises les heures, par cette facilité qu'on a, à l'époque de la vraie
jeunesse, d'aimer et de souffrir voluptueusement, il sentait bien qu'il
ne les retrouverait plus, que c'était fini d'être jeune de cette façon.
Ses larmes, désormais, s'il lui advenait de pleurer, seraient amères, et
ses joies moins constantes et moins profondes. Celles qu'il lui
arriverait d'aimer n'auraient plus cette auréole poétique que les beaux
adolescents mettent au front de la femme.
A dix heures, le nègre à la disposition des voyageurs du wagon dans
lequel il se trouvait, le nègre qui s'était emparé de son sac de voyage
au départ de Montréal, avec un bon sourire entrouvrant ses lèvres
lippues sur ses dents blanches, vint préparer son lit. Paul, après
l'avoir considéré attentivement, se fit cette réflexion de noyé qui
s'accroche à quelque grossière épave: "Que je voudrais être nègre,
satisfait de bête comme celui-là." Il lui glissa un dollar dans la main
en lui demandant:
--_Where do you come from?_
Le nègre lui répondit:
--_From old Tennessee!_
Et un reflet de tristesse passa dans le yeux de ce simple enfant d'une
race avilie par l'esclavage et méprisée. Lui aussi regrettait sa terre
natale, et peut-être même le fouet du maître qui courbait ses ancêtres
sur les champs de cotonniers.
Toutes ces émotions avaient brisé le corps robuste du voyageur s'en
allant vers l'inconnu, et il espéra mettre fin à sa souffrance morale en
cherchant la quiétude dans le sommeil.
La frontière était franchie. Au moment où il s'étendait sur son matelas
le train avait dépassé Plattsburg. Mais le sommeil ne vint pas lui
fermer les paupières, et jusqu'à l'aube, il entendit résonner à ses
oreilles, à chaque arrêt du train, comme le glas espacé de sa jeunesse
morte, ces paroles brèves, au timbre étranger:
_All aboard! All aboard!_
[Illustration]
COMBIEN D'AUTRES SONT PARTIS
QU'ON N'A JAMAIS VUS
REVENIR
[Illustration]